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dimanche 3 février 2019

VE 9-4 Distorsion € Totale


Le VE : Innovation pérenne ou rêve écologiste ?
« Dans un monde inondé d’informations sans pertinence, le pouvoir appartient à la clarté. »  Yuval Noah Harari





Les distorsions « soft » : Infox


VE 9.4 - Distorsion de concurrence totale €

Au final, 4 distorsions de concurrences majeures, s’additionnent en faveur des VE :

9.4.1. Bonus  /Malus

Il amène l’acheteur d’un VE à recevoir au minimum 6 000 € de bonus, éventuellement majoré par l’absence de malus que le VT concurrent aurait pu supporter. Une prime à la conversion jusqu’à 2 500 € peut s’y ajouter.

9.4.2. TICPE

L’absence de taxes routières spécifiques (hors taxe carbone) réduit le coût d’utilisation du VE de 5 520 € par rapport à un VT consommant 4,6 Kg de carburant aux 100 km (5,4 le de gazole ou 6,3 l d’essence) sur les 160 000 km sur sa durée de vie. Ainsi, le VE ne participera ni aux infrastructures routières, ni à la dépense publique.

9.4.3. Norme UE

A partir de 2021, La norme UE pénalisant de 95 € par gramme de CO2 et par véhicule, émis au-delà de 115 gr/km WLTP (réduit à 98 g en 2025 et 75 g en 2030) contraint les constructeurs à vendre des VE pour réduire leur moyenne en dessous de la norme. Chaque VE vendu réduit la pénalité de 10 925 €. Par surcroît, le double comptage des VE prévu en 2021 et 2022 double aussi ce montant à 21 850 €.


9.4.4. Déploiement du réseau de recharge

La création d'un très grand nombre de points de recharge collectifs, dans les lieux publics, les voies routières, les commerces pour leurs clients, et les entreprises pour leurs salariés, est presque toujours à la charge des la collectivité locale, de la société autoroutière, du distributeur et de l'employeur. Leur amortissement n'est pratiquement pas répercuté dans le prix de l'énergie électrique, alors que les stations services sont financées par la vente des carburants et produits dérivés. Difficile à chiffrer, cette distorsion est loin d'être négligeable.

9.4.5. Distorsion de concurrence totale :

Dans le cas le plus défavorable, le VE bénéficie d’un avantage initial de :
  • 33 370 € en 2021 et 2022
  • 22 445 € ultérieurement


9.4.6. Commentaires
  • Les aides au VE sont, et seront durablement, un avantage dont le montant est supérieur à la valeur totale du VT concurrent ! L’hypothèse d’une réduction de ces dispositions est :
    • Plausible, mais incertaine, pour le Bonus /Malus qui est d’ordre national, donc aisément modifiable.
    • Très improbable pour la TICPE, problème commun à tous les pays, car il n’est techniquement pas simple de prélever de la TICPE sur une recharge électrique, ou de poser un compteur de TICPE sur chaque VE.
    • Presque impossible pour la norme UE qui résulte de longues négociations entre pays au niveau de l’UE.
  • Les distorsions de concurrence analysées doivent donc être considérées comme pérennes. Elles expliquent parfaitement les efforts et investissements de constructeurs pour promouvoir le VE en dépit de ses atouts qui apparaissent initialement limités.
  • Toutefois, la norme fixant un plafond à la moyenne des émissions WLTP des véhicules (VT ou VE) de chaque constructeur, derrière son apparente logique, est en réalité utopique, car fondée sur la même pondération de tous les véhicules, VT ou VE. En réalité, ceux-ci ne sont pas interchangeables :
    • Les VE, peu adaptés aux grands trajets, seront utilisés en milieu urbain, et ne  compenseront donc pas les longs trajets des VT.
    • La norme UE ne prend pas en compte la trace carbone de fabrication des VE, beaucoup plus élevée que celle des VT
  • Cette norme ne prend pas en compte non plus la trace carbone de l’énergie électrique, qui est très élevés dans la plupart des pays d’Europe, sauf la France.



samedi 2 février 2019

VE 9-2 Distorsion € TICPE


Le VE : Innovation pérenne ou rêve écologiste ?
« Dans un monde inondé d’informations sans pertinence, le pouvoir appartient à la clarté. »  Yuval Noah Harari



VE 9.2. - Distorsion due à la TICPE et à la Taxe Carbone (TC)
  • L’automobile comporte de nombreuses « Externalités », c’est-à-dire effets indésirables non directement pris en compte :
    • Infrastructures (sauf autoroutes concédées, 1% du réseau en kilomètres, et 15% du trafic, source URF)
    • Epuisement des ressources naturelles,
    • Pollutions,
    • Emissions de CO2,
    • Accidents, leurs conséquences, et leur prévention,
    • Bruit,
    • Encombrements…
  •  Ces externalités justifient l’existence de taxes spécifiques :

TICPE (Taxe Intérieure sur la Consommation de Produits Energétiques)(Source : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/fiscalite-des-energies)
  • Elle remplace l’ancienne TIPP (Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers),
  • Qui avait elle-même remplacé la TIP (Taxe Intérieure Pétrolière) crée en 1928, donc bientôt séculaire.
  • Une TC (Taxe Carbone) s’y est ajoutée, équivalente à une augmentation de la TICPE, à ceci près qu’elle s’applique à d’autres produits et notamment au fioul domestique, et au GNR (Gazole Non Routier utilisé en agriculture et travaux publics). Introduite en 2000, la hausse programmée devait amener la TC à 55 €/t de CO2 en 2019. Les manifestations des « Gilets jaunes » ont amené le retrait de cette hausse et au maintien de la TC du niveau de 2018, à savoir 44,60 €/t
  • La TICPE, y compris sa composante de TC, est considérée comme une « Valeur Ajoutée », et donc incluse dans l’assiette de la TVA au taux de 20%





Structure prix et taxes fioul, gazole, et essence
  

 Le fioul est un produit identique, techniquement interchangeable avec le gazole :
    • Avant taxations spécifiques, mais avec sa TVA incluse, le fioul est plus cher (0,68 €/l) que le gazole (0, 65 €/l), car il est livré à domicile, et moins concurrencé.
    • Sa TICPE+TVA est de 0,22 €/Kg.
    • On le prend comme référence
  •  Les carburants supportent une TICPE+TVA de 
    • 0,83 €/Kg pour le gazole
    • 1,11 €/Kg pour l’essence
    • Et on note au passage que l’égalité des taxations entre le gazole et l’essence est bien loin d’être réalisée  quand parle de taxation au Kg, la seule qui ait un sens puisque l’énergie (PCI/Kg) de ces deux liquides est pratiquement identique.

  • Le supplément spécifique d’utilisation routière (qui est l’écart par rapport au fioul) est de :
    • 0,61 €/Kg pour le gazole
    • 0,89 €/Kg pour l’essence,
    • Soit une moyenne de 0,75 €/kg pour ces 2 carburants
    • sur 160 000 km x 4,6 kg/100 km = 7 360 Kg de carburant
    • dont la taxe spécifique s’élève à 7 360 x 0,75 = 5 520 €
  • En comparaison, la recharge VE s’effectue sur le tarif EDF abonné sans supplément routier.
  • L’avantage concurrentiel ainsi consenti au VE est de : 5 520 €.


VE 11 - Conclusion sur le VE


Le VE : Innovation pérenne ou rêve écologiste ?
« Dans un monde inondé d’informations sans pertinence, le pouvoir appartient à la clarté. »  Yuval Noah Harari



VE 11- Conclusion sur le VE

A court terme : les distorsions de concurrence seront maintenues, avec peu de changement de l’image des VT :

  • On assistera à un développement assez rapide du VE dans les grandes métropoles et leur périphérie, en tant que seconde voiture d’utilisateurs « CSP+ » et d’entreprises, tous disposant d’emplacements de parking à leur domicile ou sur leur lieu de travail. Ces clients seront souvent les actuels utilisateurs de VT hybrides.
  • Malgré un habitat assez favorable, le développement du VE sera plus lent dans les villes de province où les revenus sont moins élevés.
  • En dépit d’un habitat très favorable, il sera très lent dans les villages et les campagnes, en raison de revenus bas, mais aussi des distances plus élevées indispensables, car un VE permet parfois un aller et retour sans recharge à la préfecture, mais pas à la capitale régionale.
  • Il sera exceptionnel chez les locataires d’HLM, dans les centres-villes sans parking privatif, et chez ceux qui ne peuvent pas accéder à la multi-motorisation, car le VE ne remplace pas le VT pour partir en vacances…
A plus long terme, au-delà de 10 ans

Des évolutions plus lourdes, mais contradictoires, se produiront, qui modifieront probablement les règles du jeu.

Evolutions favorables au VE :

  • La taxe carbone (TVA incluse) augmentera progressivement jusque vers 100 €/T de CO2, soit 0,27 €/litre de gazole.
  •  L’opinion publique se montrera de plus en plus intolérante aux nuisances réelles ou supposées dues aux VT.
  •  Les batteries suivront leur courbe d’expérience qui en fera baisser leur coût de 10% à 20% pour chaque doublement de la qualité cumulée produite (courbe d’expérience du Boston Consulting Group), tout en améliorant leur longévité et leur densité énergétique dans des proportions difficiles à évaluer.
  •  Une réglementation routière coercitive réduira l’agrément de conduite à bien peu de chose, ne justifiant plus la puissance surabondante des moteurs actuels, qui baissera donc.
  •  Les véhicules autonomes parachèveront cette évolution avec des puissances limitées à 30 KW largement suffisantes pour assurer leur fonction.
  •  Le nombre de bornes de recharge publiques et privées augmentera progressivement.
  •  Une Tarification variable de l’électricité par tranche horaire en « yield management » serait favorable aux recharges nocturnes.
Evolutions défavorables au VE :
  • Au prix d’une architecture bien différente, des VT hybrides légers, aux antipodes des SUV actuels, capables de circuler aux vitesse licites en toutes circonstance avec une motorisation hybride (thermique + électrique) limitée à  35 KW, aboutissant à limiter leur consommation à 3 litres d’essence aux 100 km sur autoroute, et  leur trace carbone de fabrication à moins de la moitié d’un VE.
  • La fin en 2022 de la double pondération des VE dans le calcul de la moyenne des émissions selon les normes UE réduira quelque peu la distorsion de concurrence :
    •  « L’évasion fiscale » du VE en matière de TICPE finira par prendre fin : En France aucun gouvernement n’acceptera de perdre 37 G€ par an (hors TVA sur le produit).
    •  La pérennité du Bonus / Malus est incertaine, mais sa neutralité budgétaire reste assurée. Si la part du VE augmente au détriment du VT, son bonus ne pourra que devenir dérisoire,
  • Après quelques années, les usagers comprendront qu’une batterie n’est pas éternelle, et que son remplacement vers 1 500 cycles (200 000 km) est très coûteux.  Si les batteries louées, selon la pratique de Renault, se répand, elle aboutit à répartir le risque avec un coût qui se rapproche d’un budget carburant.
  • Le problème complexe du recyclage des batteries restera problématique et pourra altérer l’image verte du VE.
  • Une forte croissance de VE posera inévitablement la question de nouveaux moyens de production électrique décarbonée, faute desquels le VE perdrait son caractère écologique. L’opinion publique et les militants écologistes comprendront-il que le nucléaire est préférable au CO2 ?
  • L’indispensable développement de la comptabilité carbone mettra en évidence la trace carbone élevé des VE ce qui altérera leur image et réduira leur préconisation.
  • Cette comptabilité carbone mettra aussi en évidence qu’il est plus simple et moins cher de réduire le CO2 en commençant par la production électrique et le chauffage, et qu’il vaut mieux utiliser les hydrocarbures là où ils sont :
    • Irremplaçables : la pétrochimie 
    • Presque irremplaçables : les avions
    • Extrêmement difficiles à remplacer : les poids lourds et les bateaux
    • Difficiles à remplacer : les véhicules particuliers.





vendredi 2 janvier 2015

Véhicules alternatifs : Quels scénarios pour le futur?

Table des matières du blog www.8-e.fr

Résumé

La transformation du parc routier actuel en véhicules alternatifs, à hydrogène, batterie ou caténaire, tous basés sur l’énergie électrique, aboutirait à un énorme besoin supplémentaire. Or les évolutions  prévisibles relatives à l’énergie, sont pour la plupart défavorables :
  • Raréfaction des hydrocarbures fossiles et restrictions d’émissions de CO2, donc substituts à trouver pour les carburants, le chauffage et la production électrothermique.
  • Stagnation probable de l’énergie hydraulique, et faible développement des énergies éoliennes et photovoltaïque du fait de leur intermittence.
  • Améliorations de l’efficacité énergétique  des véhicules, et du bâtiment (isolation et apports thermiques solaires).
  • Probable introduction de tarifs variables et de réseaux intelligents pour gérer les pointes de consommation
Dans ce contexte, l’abandon de l’énergie électronucléaire poserait des problèmes difficilement surmontables. Un EPR produit autant que 4 000 éoliennes de 2 MW ou que les 4 départements 75, 92, 93, 94 entièrement recouverts de panneaux solaires, dont les productions sont par surcroît intermittentes !
  • La création de stations de stations de recharge est  simple dans les parkings préexistants (habitation, entreprise, urbain, commerciaux) mais assez onéreuse sur les autoroutes (puissance élevée pour limiter de très grandes surfaces de recharge).
  • La production d’hydrogène serait plutôt décentralisée dans chaque station qui pourrait assurer la production selon la demande et le prix (variable) de l’électricité grâce à un stock aval.
  • D’éventuelles caténaires constitueraient un investissement lourd, mais bien inférieur au génie civil d’une autoroute, et éviterait les stations de recharge.
  • La perception de la TICPE assujettie à la TVA, qui est la contrepartie des infrastructures de transport et non un impôt écologique, amènerait quelques complications, notamment pour les stations de recharge privatives.
  • L'autonomie est un paramètre critique des véhicules alternatifs, sauf s’ils sont alimentés par caténaires. Sauf progrès imprévisible, les véhicules à batterie resteront urbains, et l’autonomie des véhicules routiers à hydrogène n’excéderait pas 400 Km au prix d’un alourdissement de 200 à 300 Kg.
  • Les véhicules conventionnels continueront à s’améliorer à se différencier selon leur usage. Des solutions intermédiaires se développeront avant les véhicules alternatifs, notamment des hybrides série et/ou des véhicules au gaz naturel qui apporte, à masse égale réservoir inclus, 3 fois plus d’énergie que l’hydrogène.
  • Dans une évolution aussi complexe et techniquement incertaine, le législateur doit s’abstenir de faire des choix appuyés par des mesures fiscales ou incitatives, et laisser le marché juger de la pertinence des solutions proposées par les acteurs, constructeurs et équipementiers.



5 . Comparaison des architectures

Le tableau ci-dessous reprend et complète les éléments des trois messages précédents pour tenter une synthèse des avantages et inconvénients des six architectures de véhicules alternatifs sans émission locale ni carburants fossiles envisagés précédemment. Toutes sont basés sur l’énergie électrique utilisée soit directement, soit via le vecteur hydrogène produit par électrolyse.



5.1. Infrastructures d’énergie électrique – Situation générale

5.1.1. Selon l’architecture utilisée, le besoin énergétique du parc routier national est donné ci-dessous. Ses ordres de grandeur monstrueux parlant peu, il est préférable de les exprimer de façon plus concrète :
  • En 3ème ligne, en pourcentage d’augmentation de la production électrique nationale actuelle. Selon les cas, elle est susceptible de doubler.
  • En dernière ligne, en nombre de réacteurs nucléaires EPR de 1,9 Gw (à construire) utilisés à 80% sur une année complète. 

5.1.2. De tels ordres de grandeur posent beaucoup de questions sur l’avenir général de l’énergie. Sans traiter ici ce sujet beaucoup trop vaste et complexe, rappelons les principales évolutions probables en France, positives ou négatives :
  • Raréfaction des hydrocarbures fossiles, liquides et gazeux, par épuisement et renchérissement progressif.
  • Selon le GIEC, nécessité de réduire les émissions de CO2 conduisant à des restrictions d’usage de tous les combustibles fossiles carbonés, charbon et lignite en tête.
  • En conséquence des précédents, substituts à trouver, non seulement pour carburants routiers, mais aussi pour le chauffage domestique et industriel, et pour la production électrique par centrales à gaz ou à vapeur.
  • Croissance de la population,  du parc de logements et de la demande de transport de personnes et de marchandises.
  • Possible réduction des biocarburants en concurrence avec l’alimentation humaine qui est en croissance qualitative et quantitative
  • Peu de développement significatif de l’énergie hydraulique et de sa variante réversible (STEP), faute de sites équipables. Les moyens de stockage énergétique resteront donc limités et locaux.
  • Amélioration de l‘efficacité énergétique dans tous les domaines : chauffage (isolation, pompes à chaleur actuellement méconnues), éclairage (technologies), moteurs (aimants et commutation électronique).
  • Apports thermiques solaires directs dans le bâtiment (chauffe-eau en toiture, baies au sud)
  • Développement limité des énergies éoliennes et photovoltaïques, malheureusement fatales et plus ou moins prévisibles, contra-cyclique pour le photovoltaïque, qui nécessitent des centrales hydrauliques ou thermiques en veille, prêtes à prendre le relais.
  • Développement de la biomasse, du biogaz, pour une part limitée et en partie fatale.
  • Les  tarifs variables, selon les principes du « yield management » couramment appliqués notamment aux  transports aériens, s’imposeront : ils incitent à la réduction des pointes de consommation, et évitent l’installation de moyens de production de  pointe, impossibles à amortir.
  • Les réseaux intelligents, compléments nécessaires de la tarification variable, pourront contribuer à réguler la consommation en la liant au tarif et à la production. Mais ils ne produiront rien, et l’intérêt de moyens de production électrique décentralisés ne saute pas aux yeux : la variabilité diminue, les coûts baissent et les rendements s’améliorent quand la puissance croît. par mutualisation des moyens de production.
Avant de statuer sur l’évolution de l’énergie électronucléaire, dont les inconvénients et risques sont connus, mais qui demeure la seule marge de manœuvre significative,  les décideurs seraient bien inspirés d’analyser attentivement les évolutions ci-dessus en dépit d’une minorité militante… Une décision positive suppose de trouver des sites, très probablement au bord de la mer, compte tenu de la puissance thermique à évacuer des condenseurs, et de la saturation des fleuves et notamment de la Loire. Quel gouvernement osera relancer le projet de centrale à Plogoff (Sud-Finistère), site naturel idéal ? Quel site pourra éviter de se transformer en ZAD ? Mais les faits sont têtus : un EPR produit autant que 4 000 éoliennes de 2 MW, ou que toute la surface de la ville de Paris et de ses trois départements limitrophes, couverte de panneaux solaires, avec l’avantage énorme d’une production continue.



5.2. Réseau de distribution d’hydrogène

La production centralisée d’hydrogène n’offrirait probablement pas d’effet d’échelle pouvant la justifier en compensant des prix élevés de transport, soit par « hydroducs » haute pression à créer, soit par camions citernes haute pression dont la capacité énergétique, limitée par le poids du réservoir, n’atteindrait que le 1/5 de celle d’un camion de gazole. Il est donc probable que chaque station de recharge disposerait de ses propres moyens de production raccordés au réseau ERDF.

Pour chaque station,  une optimisation sera à réaliser entre :
  • La puissance d’électrolyse installée
  • La capacité de stockage
  • Le prix (variable) de l’énergie électrique
On peut ainsi envisager trois tendances, entre lesquelles le marché tranchera :
  • à un extrême, une production tirée par la demande, donc avec très peu de stock, mais nécessitant une puissance d’électrolyse capable de suivre les pointes de consommation, et nécessitant l’énergie électrique au moment voulu, sans tenir compte de sa disponibilité, ni de son coût,
  • au milieu, une production continue, donc de puissance optimisée, avec stockage aval permettant de filtrer les pointes de consommation,
  • à l’autre extrême, une production poussée par l’offre d’énergie électrique en heures creuses, au meilleur coût énergétique, mais requérant une puissance d’électrolyse supérieure, puisque discontinue, et un stockage aval plus important qui doit faire face à la fois aux fluctuations de l’offre et à celles de la demande.

5.3. Infrastructure de recharge des batteries et caténaires

Elle est très simple dans les pavillons individuels, plus complexe, mais aisément soluble, dans les immeubles locatifs ou en copropriété, parkings d’entreprises, et parkings urbains ou commerciaux, car toutes ces aires de stationnement préexistent, et seule une ligne basique 2,5 mm² alimentant une prise standard 16 A (3 Kw) est à créer pour chaque emplacement de parking intérieur ou extérieur. La recharge peut s’effectuer pendant le temps de stationnement, et donc être relativement lente. Elle peut, si nécessaire, être facturée par de nombreux moyens automatisés, avec ou sans marge du distributeur sur le coût de l’énergie selon les cas. Ce n’est pas nouveau : les scandinaves ont coutume de connecter leurs véhicules conventionnels stationnant à l’extérieur en hiver, aux fins de préchauffage matinal.

Elle est beaucoup plus onéreuse s’il est nécessaire de créer les surfaces correspondantes, par exemple sur autoroutes, où elles devront être capables d’accueillir TOUS les véhicules qui se présentent et qui ne disposeront pas de marge d’autonomie résiduelle, sous peine de les voir tomber en « panne sèche » sur l’autoroute en provoquant des ralentissements désastreux. Afin de réduire le temps de recharge qui rallonge le voyage et augmente les surfaces dédiées, les postes de recharge seront beaucoup plus puissants, de l’ordre de 20 à 30 KW. L’équilibre économique d’unités dimensionnées en surface et en puissance pour les pointes de trafic, mais le plus souvent largement sous-utilisées, risque d’être problématique, et de conduire à des tarifs très supérieurs à ceux d’ERDF, d’autant qu’elles devront rester disponibles aux heures de pointe électrique.

La création sur autoroute ou voie rapide d’une ou deux voies dans chaque sens munies de caténaires, nécessiterait un investissement important, mais manifestement très inférieur à celui du foncier et du génie civil d’une autoroute. La meilleure efficacité énergétique (trains de véhicules + rendement) compenserait plus ou moins la vitesse plus élevée. Pour un trajet long, la puissance installée serait donc du même ordre de grandeur que celle nécessaire à l’ensemble des stations de recharge sur ce même trajet. Les moyens de production (centrales, lignes HT, transformateurs et distribution seraient donc comparables. Seules les caténaires proprement dites constitueraient un supplément, mais elles permettraient de réduire la taille des batteries et de supprimer les aires de recharge. Nous manquons d’éléments pour conclure sur un éventuel équilibre.

5.4. Fiscalité

Rappelons que la TICPE assujettie à la TVA n’est en rien un impôt écologique, mais, depuis toujours, la contrepartie du coût pour la collectivité des infrastructures routières et des services attachés. Il n’y a donc aucune raison pour que les véhicules alternatifs en soient exemptés. L’Etat ne peut d’ailleurs pas se passer d’une telle ressource.

Il est relativement simple d’assujettir les stations de charge dédiées et les caténaires à la TICPE et de l’intégrer dans le paiement. On peut le faire également chaque fois que le distributeur (parking urbain, commercial ou d’entreprise) qui facture est distinct de l’utilisateur. Mais ça devient très compliqué pour une copropriété ou un pavillon individuel, où il suffirait de changer de prise pour échapper à la taxe. Un compteur scellé sur les véhicules, avec relevé en ligne ? Bon courage !

La production d’hydrogène par électrolyse, tout comme la production de gazole par distillation du pétrole dans une raffinerie, devrait également être soumise à la TICPE. Toutefois, les stations d’électrolyse seront beaucoup plus nombreuses, en fait probablement une par station-service, ce qui risque de compliquer sérieusement le travail des Douanes chargées de collecter cet impôt, actuellement versé par les raffineries. Ajoutons que, contrairement au gazole non routier détaxé, dit « GNR » qui est rose, il ne sera pas possible de colorer en rose l’hydrogène destiné à des applications non routières : difficile d’éviter les fraudes !

Mais ne désespérons pas : le Législateur a largement démontré sa créativité en matière de nouvelles taxes, pas nécessairement très simples !

5.5. Autonomie

C’est le paramètre le plus critique des véhicules alternatifs : comment se passer des 12 KWh/Kg des hydrocarbures qui sont en plus liquides à température et pression ambiantes ?

L’hydrogène comprimé à haute pression requiert des réservoirs lourds en encombrants, en forme de cylindre à calottes hémisphériques, bien loin de la docilité des réservoirs actuels non pressurisés qui peuvent utiliser les espaces perdus ou de formes bizarres. Nous avons analysé ce problème dans notre message sur le stockage stationnaire de l’hydrogène, et admis une puissance spécifique, réservoir allongé inclus, de 0,7 KWh/Kg. Ce chiffre correspond à de l’acier dur sous contrainte effective de 760 GP, très élevée, avec une marge de sécurité réduite. Les composites, aramide/époxy et carbone/époxy,  peuvent augmenter la marge de sécurité, peut-être réduire un peu la masse, mais à un prix beaucoup plus élevé, qui semble peu compatible avec l’automobile. Leurs prix baisseront ils, et de combien ? L’avenir le dira ! Une  percée technologique majeure est peu probable dans ces techniques largement à maturité. Les volumes sont aussi en cause, avec des coffres fortement réduits.

Stockage d'énergie à bord :
  • Dans le véhicule-type actuel, 50 Kg (59 litres) de gazole passant à zéro, soit une masse moyenne de 25 Kg, assurent 1 000 Km d’autonomie. 
  • Dans la version la plus plausible du véhicule alternatif avec pile à combustible et batterie tampon, un réservoir de 140 kg assure 200 Km d’autonomie : c’est peu pour un véhicule routier. Si on double l’autonomie à 400 Km, acceptable, on arrive à 280 Kg : c’est lourd, et reste-t-il un coffre ? Les chiffres communiqués par GM à propos de leur parc de 30 Opel HydroGen4 semblent conformes à la première version. Peu enthousiasmant ! 
  • Dans la version à batterie seule du véhicule alternatif, 280 Kg de batteries assurent seulement 200 Km d’autonomie selon le trajet-type : c’est lourd et cher. Si on revient à l’autonomie moitié,  soit 100 Km, on allège les batteries à 140 Kg : c’est un véhicule urbain qui peut avoir un sens. Ajoutons que les batteries au lithium étant une technologie récente, la probabilité d’un progrès majeur y est plus élevée que pour les réservoirs pressurisés.
  • Un véhicule hybride batterie-caténaires permettait tout à la fois :
    • Une autonomie urbaine identique à la version « moitié » précédente,
    • Une recharge en temps masqué au stationnement et en circulation sous caténaire
    • Une autonomie illimitée et une vitesse élevée sur les voies équipées
    • Ces avantages évidents persuaderont-ils l’utilisateur d’adopter les disgracieux trolleys ? On pourrait imaginer que ce trolley ne soit qu’une option usine, ou même une option après-vente (prévue par le concepteur), permettant de convertir des véhicules électriques existants.
5.6. Conclusion…oh combien provisoire !

Compte tenu des sérieux inconvénients et du prix des véhicules alternatifs, il faudra que le prix des carburants augmente de façon colossale, ou que les restrictions d’émissions deviennent drastiques, pour que ces véhicules  puissent devenir compétitifs sans subvention massive (telle que le bonus écolo) ou biais fiscal majeur (TICPE et TVA par exemple).

Encore faudrait-t-il que l’infrastructure électrique le permette, ce qui impose pratiquement le développement de l’électronucléaire, très controversé. A défaut, on aboutira à faire rouler des véhicules « zéro émission » avec l’électricité produite par des centrales au charbon ou au lignite : l’Allemagne est en bonne voie sur la route de l’absurdité!

Face à ces difficultés majeures, il est probable que les véhicules basés sur les carburants fossiles n’ont pas dit leur dernier mot. La réduction des cylindrées, l’optimisation du point de fonctionnement par l’hybridation, une segmentation accrue du marché des VP par type d’utilisation, l’allègement et la récupération d’énergie cinétique des véhicules urbains, la réduction de la section des véhicules routiers, la conduite automatisée de trains de véhicules très proches les uns des autres pour réduire leur traînée, etc. peuvent encore réduire largement les consommations au prix d’inconvénients mineurs par rapport à ceux des véhicules alternatifs, et à moindre coût d’investissement et d’utilisation.

L’utilisation transitoire du gaz naturel comprimé, plus pérenne que le pétrole, comme carburant, est envisageable selon des architectures proches de l’hydrogène (moteur thermique ou pile à combustible avec reformage), avec le double avantage d’une énergie spécifique 3 fois supérieure due à sa masse volumique 8 fois supérieure, et d’un prix actuellement beaucoup plus bas.

Les hybrides rechargeables, parallèles, puis série (prolongateur), pourraient évoluer simultanément.

Des avancées technologiques majeures sont possibles dans tous les domaines, mais surtout, l’addition dans la culture automobile de la conception, des méthodes de production, de l’analyse de la valeur, de la production d’équipements en grande série, peut encore changer la donne, sans que l’on puisse deviner si ce sera au profit ou au détriment des véhicules alternatifs.

Il est essentiel que la pertinence des innovations technologiques soit jugée par le marché, et non par le Législateur. L’expérience a montré que ses décisions techniques ont presque toujours été erronées. Les choix relatifs à l’énergie et à son application aux transports routiers sont trop complexes et importants pour être laissés à des politiques !


mardi 1 avril 2014

Le "carburant électrique" est-il moins cher?


Table des matières du blog www.8-e.fr

Résumé

Contrairement à un préjugé courant, l’énergie électrique est loin d’être compétitive si on la compare, hors taxes et subventions, et coût de batterie inclus, à celle des carburants.

Sur la base du brut à 108 $/baril, le prix du Kwh thermique issu du  gazole hors TVA et TICPE est de 0,063 €. Il croît avec le prix du brut sans lui être proportionnel car ce prix intègre un terme fixe d’environ ¼ correspondant au raffinage, traitements et transports.
  
Malgré la variété des contrats proposés par ERDF aux particuliers, le prix moyen du Kwh électrique pour l’usager ressort pratiquement à 0,12 €HT qui intègre une part d’abonnement de 0,02 €HT. Les réseaux dédiés à la recharge des véhicules seront plus onéreux, car ils comporteront inévitablement un montant élevé d’amortissement de leur création. L’usage de caténaires sur autoroute, pas du tout en vogue, présente des avantages spectaculaires en contrepartie d’une infrastructure lourde et d’une utilisation contraignante.

Les batteries lithium-ion ont un coût élevé et une durée de vie limitée. Le coût d’utilisation d’un véhicule électrique est donc la somme de deux termes, ici ramené au KWh :
  • Le coût de l’énergie électrique, évalué à 0,12 €/Kwh
  • Le coût de la batterie divisé par le nombre de cycles avant remplacement, ou le coût de location de batterie divisé par le nombre mensuel de recharges
Actuellement, le second terme est largement prépondérant, et le reste même si l’on double le nombre cycles tout en divisant le prix de la batterie prix par deux. Ceci est le principal frein au développement des véhicules électriques. Les prix élevés de location des batteries en sont la conséquence.

La technologie LMP (Bolloré) est performante, mais nécessite un maintien de la batterie à une température élevée qui se traduit par une dissipation thermique faible, mais permanente, fournie par le réseau, inacceptable pour le grand public, mais appropriée pour des Autolib'.

La comparaison thermique / électrique pour un véhicule doit s’effectuer après prise en compte des rendements.
  • Sur autoroute,  la vitesse est constante, les forces aérodynamiques sont prépondérantes et les forces de roulement sont significatives. La puissance relativement élevée autorise un rendement correct des diesels. Ordre de grandeur des rendements 
    • Electrique : 80% (batterie) x 90% (moteur) = 72%
    • Thermique : 36% pour un moteur diesel moderne. 
  • En fonctionnement urbain, très complexe, les forces aérodynamiques sont négligeables, les forces de roulement significatives, mais la principale utilisation des moteurs est la création d’énergie cinétique. Or celle-ci finit par revenir à zéro soit par action des freins  (dissipation thermique), soit par récupération partielle par le moteur électrique vers la batterie, soit par ralentissement naturel du véhicule (transformation en énergie de roulement). Dans cette utilisation urbaine, les rendements se dégradent un peu pour le moteur électrique (de 90% à 77%) et beaucoup pour le diesel (de 36% à 15%).
Dans l’état actuel des prix et des technologies, la comparaison HT est toujours en faveur du gazole. Des hypothèses de forte augmentation du brut accompagnée d’une moindre augmentation de l’électricité avec un doublement de la durée de vie des batteries et une baisse de moitié de leur prix amène la compétitivité de l’énergie électrique en ville, mais le gazole reste le plus compétitif sur autoroute, sauf à y installer des caténaires qu'il ne faut peut-être pas être éliminer trop vite.

Une sortie du nucléaire entraînant une hausse de prix supplémentaire de 56% sur l’électricité, rendrait presque impossible son utilisation dans les véhicules. Les écologistes devront choisir leur doctrine!

Bases de comparaison : le prix hors taxes

                                                   Image « 20 Minutes »

Il est communément admis que l’énergie électrique utilisée pour la propulsion des véhicules revient beaucoup moins cher que les carburants conventionnels. Une analyse plus fine montre que ce lieu commun s’appuie sur des chiffres biaisés, et cache une réalité complexe, le plus souvent opposée !

La TICPE, ex TIPP fort ancienne, s’appliquant aux carburants, n’a jamais cessé d’être la contrepartie de la mise à disposition par l’Etat des infrastructures et services utilisés par les transports routiers. Elle n’a jamais été un impôt écologique, qui ne pourrait qu’être qu’une taxe carbone applicable à tous les combustibles fossiles, quel qu’en soit l’objet, déjà envisagée, mais jamais décidée. Il n’y a donc aucune raison pour que les véhicules hybrides rechargeables ou électriques soient dispensés d’une taxe équivalente à la TICPE, puisqu‘ils ont recours aux mêmes infrastructures et services.

Les taux de TVA varient selon les énergies : 
  • Les carburants supportent le taux de 20% qui s’applique également sur la TICPE ainsi considéré comme une « valeur ajoutée », et aussi sur les consommations électriques. 
  • Curieusement, les abonnements restent soumis au taux réduit de 5,5%, pas même porté à 7,0%.

L’énergie électrique supporte actuellement deux taxes :
  • La CSPE (contribution au Service Public de l’Electricité) destinée à compenser les pertes  d’ERDF dans la vente, au prix tarif, des énergies vertes (éolienne et photovoltaïque) achetées à un prix préférentiel fixé par les Pouvoirs Publics.
  • La TCFE (Taxe sur le Consommation Finale d’Electricité), qui est un impôt local.
  • Une CSSE (?) (Contribution au Service Social de l’Electricité) destinée à financer les réductions de prix des abonnés jugés défavorisés, apparaîtra en application de la loi Brottes votée en 2013, dont on attend (peut-être pour longtemps !) les décrets d’application.

Il va de soi que ces distorsion d’origine politique n’ont de sens ni technique, ni économique à long terme, et que seule, la comparaison hors-taxes (TVA, TICPE et autres) est pertinente. Nous y procédons ci-dessous.

Filière thermique



L’énergie des carburants

Rappelons que le pouvoir calorifique, ou enthalpie de combustion, de l’essence et du gazole par unité de masse est la seule unité pertinente à l’exclusion du volume utilisé pour des raisons pratiques de comptage. Il est égal à 44,8 Mj/Kg, soit 12,4 Kwh/Kg

La distillation du pétrole brut donne de nombreux produits, dont l’essence et le gazole, dans des proportions qui dépendent de l’origine du brut. La distillation a un coût qu’il est impossible d’attribuer à un de ses produits plutôt qu’à un autre. Dans ces conditions, l’essence et le gazole ont, en sortie de distillation, le même coût au Kg. Les traitements complémentaires, les échanges et transports dus aux particularités de marchés nationaux, peuvent altérer cette symétrie, mais de façon relativement faible et peu significative. Le marché peut évidemment différencier les prix indépendamment des coûts, selon l’offre et la demande

Aussi, pour simplifier nos comparaisons, nous ne traiterons ci-dessous que du gazole, en sachant que l’essence n’a pas de différence significative.

L’énergie thermique peut se transformer en énergie mécanique dans un moteur thermique soumis au principe de Carnot-Clausius, c’est-à-dire avec un rendement,  mauvais dans l’absolu, qui varie entre 15% et 43% suivant les conditions d’utilisation d’un moteur diesel moderne.

Nous baserons les comparaisons sur un rendement utile du moteur thermique de 36% sur autoroute, car cette utilisation correspond à un point de fonctionnement du moteur proche de l’optimum.

Le cas du trafic urbain, complexe et beaucoup moins favorable, est analysé plus loin.

Le prix des carburants

Le tableau ci-dessous donne la structure des prix actuels depuis celui du pétrole brut en dollars par baril jusqu’à celui du Kwh thermique en Euros.
Il ne fait aucun doute la demande de pétrole va croître plus vite que l’offre, et que son prix va inéluctablement monter, ce qui amène à mettre dans le tableau ci-dessous deux stades d’évolution aboutissant à un doublement du prix, les autres facteurs étant constants, et les taxes éliminées.

Le coût du raffinage et du transport n’étant pas prépondérant, le prix HT du gazole à la pompe ne double pas, mais augmente quand même de 76%.

Bien entendu, nous ne prenons pas le risque d’une prévision de délai, et nous limitons à analyser les effets de ces situations  sur la compétitivité du gazole.



Filière électrique


Prix HT d’approvisionnement au réseau domestique ERDF

La situation est complexe en raison de la multiplicité des tarifs domestiques ERDF, qui en commercialise actuellement trois :
  • Le tarif de Base, pour des puissances jusqu’à 15 KVA, avec un prix unique du Kwh
  • Le tarif Jour / Nuit,  de 6 à 36 KVA, qui différencie un peu les prix entre les 14 heures de jour et les 10 heures de nuit.
  • Le tarif Tempo, de 9 à 36 KVA, qui, en plus, différencie fortement trois types de jours, dits Bleus (300 jours), Blancs (43 jours) et Rouges (22 jours), la couleur étant connue la veille à 20h pour la journée et la nuit suivantes, soit un préavis de 10 heures. Le tarif « Jour rouge » est très dissuasif, dans un facteur 6,5 par rapport au minimum « Nuit bleue ».

Chacun de ces tarifs comporte :
  • Un abonnement, dont le prix est plus que proportionnel à la puissance souscrite, avec une rupture à 20 KVA pour des raisons mystérieuses.
  • 1, 2 ou 6 niveaux de prix du Kwh.
La logique de l’ensemble ne saute pas aux yeux, mais les tarifs s’imposent quand même. Deux graphiques résument ces tarifs HT (TVA 5,5%):


Les points ci-dessus représentent les tarifs d’abonnement. Le trait bleu, le modèle simplifié que nous utiliserons ci-dessous.
  • De 3 à 18 KVA, l’abonnement annuel ressort à 13,00 €/KVA
  • De 24 à 36 KVA, il atteint 19,50 €/KVA

Les abonnements à partir de 24 KVA étant rares, nous adopterons pour nos comparaisons le prix de 13,00 €HT/KVA.

Les tarifs HT (TVA 20%) du Kwh sont résumés par le graphique suivant :

Le calcul du prix moyen nécessite de prendre en compte dans le tableau ci-dessous :
  • La pondération des trois tarifs. Estimée, elle est incertaine, mais leurs moyennes sont peu différenciées et le rouge Tempo est très dissuasif.
  • L’occurrence de chaque tranche à l’intérieur de chaque tarif, très précise
Nous adopterons évidemment 0,10 €HT/Kwh qui correspond au trait noir horizontal sur le graphique à colonnes.

Abonnement

Pour en évaluer l’impact, considérons un véhicule électrique utilisé en milieu urbain parcourant 30 km par jour, et ce, 300 jours par an, soit 9 000 km par an. Son autonomie pratique est de 90 km. Il doit donc recevoir l’équivalent de 9 000 / 90 = 100 recharges complètes qui nécessitent 6 heures chacune, soit une durée totale de charge de 600 heures. Selon ces chiffres, l’impact de l’abonnement sur le prix du Kwh est de :
13,00 €/an  / 600 Kwh/an =  0,02 €/Kwh
Il peut varier notablement selon le taux d’utilisation, comme pour tout appareil électrique. Mais ses variations affecteront peu le coût complet du Kwh que nous prendrons en compte :
0,10  €/Kwh (variable) +0,02 €/Kwh (fixe) = 0,12 €/Kwh (complet)

Réseaux électriques dédiés

On ignore tout du prix de l’énergie électrique  dans les réseaux publics dédiés à la recharge des véhicules électriques dans l’espace public, puisqu’il n’en existe qu’un en France : le réseau Autolib’ dans lequel l’énergie électrique fait partie des prestations annexes à la mise à disposition du véhicule, laquelle est facturée à l’heure en sus d’un petit abonnement. On ne connaît donc pas le coût de la recharge qui n’est d’ailleurs que très vaguement quantifiée par la jauge de batterie.

Néanmoins, si demain des réseaux de recharge publics venaient à être développés pour les véhicules particuliers, le prix de l’énergie y serait nécessairement beaucoup plus élevé que le prix ERDF à l’abonné, pour trois raisons :
  • Amortissement d’une nouvelle structure très coûteuse
  • Longue durée des recharges interdisant une rotation rapide
  • Marché captif, notamment sur autoroute
Faute d’autres éléments, la suite de l’étude est donc limitée aux prix ERDF.

Prix du Kwh mécanique utile d’origine électrique

Le rendement d’un moteur électrique avec son électronique de commande associée est bon. Sans rentrer dans les détails des différentes technologies et conditions d’utilisation, nous considérerons un rendement de 90%, incomparablement supérieur à celui d’un moteur thermique.

Par surcroît :
  • Le moteur est réversible, et les électroniques de commande modernes le sont aussi : il permet (dans la limite de son couple) de freiner le véhicule en récupérant, sous forme électrique, l’énergie cinétique résultant du ralentissement du véhicule, au rendement près.
  • Il ne consomme rien à l’arrêt.
  • L’énergie qu’il consomme est toujours utile, et ne sert qu’à vaincre les forces de roulement et aérodynamiques. Son rendement est bon partout. S’il pouvait utiliser directement l’énergie du réseau, le moteur électrique serait la solution idéale.
Malheureusement, les automobiles sont…mobiles ! Il faut donc :
  • Stocker l’énergie avant le départ
  • Ou utiliser des caténaires
Stocker l’énergie dans une batterie chargée avant le départ et déchargée en cours d’utilisation. C’est l’unique solution actuellement considérée. Mais ces batteries, malgré leurs progrès impressionnants, ont des gros défauts. Nous citerons ici uniquement ceux qui impactent le coût :
  • Un rendement de l’ordre de 80%
  • Un coût élevé
  • Une durée de vie limitée par le nombre de cycles

                                                  Image Toyota : Batterie Lithium-Ion

Utiliser des caténaires, comme les trolleybus d’antan. Cette solution est actuellement ignorée, peut-être à tort. Elle nécessite une infrastructure lourde, introduit des contraintes d’utilisation, mais présente aussi des avantages considérables :
  • Une technologie simple et éprouvée.
  • En biphasé 400 volts (basse tension), 1 cheval (756 w) par ampère.
  • Autonomie ilimitée et possibilité de rouler à vitesse élevée,
  • Compatibilité avec des véhicules hybrides thermique/caténaire ou batterie/caténaire, ces derniers pouvant être rechargés en temps masqué.
  • Réellement propre, contrairement à l’industrie des batteries.
  • Possibilité de d’organiser la circulation en « trains virtuels » de véhicules proches les uns des autres en pilotage automatique (dessin ci-dessous).
  • Réduction de la consommation par l'amélioration de l’efficacité énergétique (50%?) due à ces trains, et par élimination du rendement de batterie (80%), soit une éduction totale de l'ordre de 60%.
  • Grâce à ces trains, augmentation du débit des autoroutes à génie civil inchangé.
  • Confort et maintien de la liberté des horaires et de l’autonomie du véhicule individuel qui va de porte à porte sans rupture de charge, contrairement aux transports en commun.


Dans le tableau de comparaison, nous introduisons l’amortissement de l’infrastructure par un prix de l’énergie électrique majoré de 50%. Ce chiffre est évidemment discutable ! Cette énergie pourrait être décomptée, ou incluse dans le péage autoroutier.

Technologie LMP : Lithium Métal Polymère

Pour cette technologie, la nécessité de maintenir en permanence la batterie  à une température donnée (de l’ordre de 70°C) entraîne une déperdition d’énergie thermique faible, mais permanente. Nous l’avons définie par la durée pendant laquelle la capacité de la batterie permet de la maintenir en température. Pour une Bluecar (Autolib’ de Bolloré) une source journalistique donne le chiffre de 72 heures pour ¾ de charge perdue, extrapolée à 4 jours pour une charge complète. Ceci correspondrait à :
  • 365 / 4 ≈ 90 charges par an dissipées en chaleur.
  • Equivalent à 10 watts dissipés en permanence par Kwh de capacité de batterie. Ce chiffre dépend évidemment de la température extérieure.
Ces chiffres sont plausibles, mais demanderaient à être confirmés. Par prudence, nous adopterons 6 jours de maintien, soit 365 / 6 ≈ 60 charges dissipées par an, nettement plus favorable.

L’impact de cette perte sur le coût de l’énergie électrique dépend essentiellement de la durée d’utilisation des véhicules. Elle est tout à fait acceptable pour un taxi Autolib’ en libre-service qui est constamment connecté en dehors de son temps d’utilisation, et pourrait l’être pour les autobus électriques sur batterie LMP que la RATP envisage.
  • Pour un véhicule particulier parcourant 9 000 km/an et ayant une autonomie pratique de 90 Km, c’est-à-dire nécessitant l’équivalent de 100 recharges complètes par an, le rendement sur l’énergie de charge est de 100 / (100+60) = 62%
  • Pour un véhicule professionnel (taxi, livraison…) parcourant 18 000 km/an, soit 200 recharges, ce rendement monte à  200/(200+60) = 77%
Les tableaux de comparaisons sont basés sur un coefficient de 62%. La réduction de ce coefficient est peut-être possible selon deux axes :
  • Réduction de la température de fonctionnement
  • Amélioration de l’isolation
A défaut d’information à ce sujet, nous partirons de l’hypothèse d’un allongement de la durée de maintien de 50% par stade d’évolution, c’est-à-dire à des rendements de charge portés de 62% à 71%, puis 79%.

Trafic urbain

La comparaison des rendements des véhicules thermiques ou électriques en trafic urbain nécessite une analyse plus fine de ce trafic, car les rendements varient du tout au tout selon les phases du cycle. Elle ne peut donc se faire que pour un cycle déterminé, que l’on doit choisir :
  • aussi proche que possible d’une réalité qui est d’ailleurs mal connue,
  • simple, pour mettre en relief les différences de comportement entre le thermique et l’électrique au cours de ses différentes phases.
Notre exemple est constitué de :
  • une accélération de 1,4 m/s² de 0 à 14 m/s (50 km/h)
  • une vitesse constante pendant 240 m
  • une décélération « naturelle » de 0,2 m/s² pendant 240 m
  • un freinage de 2m/s² jusqu’à l’arrêt.
  • un arrêt de 1 minute

Au total, 574 m parcourus en 112 secondes (arrêt inclus), soit une vitesse moyenne de 19 km/h selon le profil du graphe ci-dessous.

Le tableau ci-dessous donne les valeurs et les résultats de calculs.

La partie « Dynamique » est commune aux deux familles. Les forces aérodynamiques, très minoritaires en dessous de 50 km/h n’y sont pas prises en compte. Elle montre que pour parcourir le cycle, le moteur (quel qu'il soit) doit fournir 158 Kj pour vaincre les forces de roulement sur les 574 mètres, et éliminer au freinage final 64 Kj d’énergie cinétique excédentaire, soit sous forme de chaleur perdue dans les freins, soit sous forme de récupération électrique partielle.

Le moteur thermique assure un bon rendement (40%) pendant l’accélération qui peut être effectuée au régime approprié (autour de 2000 t/min) et ce avec un couple suffisamment élevé. Ce rendement se dégrade fortement (25%) dans la phase de maintien en raison d’un point de fonctionnement éloigné de l’optimum.
Il n’a pas de sens (0/0) pendant la décélération et le freinage (accélérateur relevé sur un rapport long) : le roulement ralentit naturellement le véhicule pendant que le moteur n’est plus alimenté). Il est nul pendant l’arrêt final, car le moteur, au ralenti, continue à consommer sans rien produire.
Au total il a consommé 1026 Kj thermiques, soit un rendement de 15%

Le moteur électrique est supposé avoir un rendement constant de 90% par rapport à l’énergie sortant de la batterie. La récupération d’énergie cinétique est faite à travers une cascade de rendements : 90% pour le moteur agissant en génératrice, puis 80% pour la batterie, puis à nouveau 90% pour le moteur, soit 80% x 90%² = 65%. Le moteur ne consomme rien en décélération naturelle, ni à l’arrêt. Au total, il n’a consommé que 205 Kj net après récupération de 65% de l’énergie cinétique excédentaire, soit un rendement de 77%, cinq fois supérieur à celui du moteur thermique.

Comparaison des prix thermique / électrique



 Le tableau ci-dessus part des prix HT du Kwh thermique ou électrique, leur applique les rendements qui ont été évalués plus haut et débouche sur des prix du Kwh utile, celui qui sert à vaincre les forces de roulement en ville, et aérodynamiques sur autoroute, puis du Kwh complet incluant la quote-part de batterie.


Il en ressort que l’énergie électrique des batteries est très loin d’être compétitive, même en ville malgré la supériorité évidente du moteur électrique dans cette application. Même l’alimentation par caténaire sur autoroute reste un peu plus chère que le gazole.

Si l’on avait pris en compte le coût réel de location de batteries tel que proposé par Renault sur ses Zoé et Twizy, l’impact de la batterie atteint 2,7 à 10 fois le coût de l’électricité par charge. Les hypothèses du tableau ci-dessus sont donc optimistes.


Les scénarios « Evolution 1 » et « Evolution 2 » se différencient de  l’ « Actuel » par la prise en compte, en deux évolutions successives :
  • D’une division par 2 du prix des batteries
  • D’un doublement de leur durée de vie
  • D’un doublement du prix du pétrole brut, vu ci-dessus,
  • D’une augmentation de 44% de l’électricité, ou de 125% en cas de sortie du nucléaire.
Ces scénarios sont à nouveau optimistes quant à l'évolution des batteries. Ils aboutissent aux comparaisons suivantes :

Evolution 1 : La baisse de 29% du prix des batteries composée avec l’augmentation de 41% de leur durée de vie divise le prix du stockage par 2. Le brut augmente de 41%, et l’électricité de 20% seulement. Les batteries deviennent compétitives en ville, sans plus. Elles sont très loin de l’être sur autoroute.

Evolution 2 : La division par 2 du prix des batteries composée avec le doublement de leur durée de vie divise par 4 le prix du stockage. Le brut double. L’électricité augmente de 44% seulement. Les batteries s’imposent pour l’usage urbain, mais demeurent plus chères que le gazole pour les longues distances qu’elles ne permettent pas de faire sans recharge. Les véhicules électriques s’imposent en ville, mais y demeurent cantonnés, car les éventuels caténaires n’apportent pas d’économie significative, sauf à réaliser les trains virtuels en conduite automatisée qui apportent une forte baisse des forces aérodynamiques, mais cette amélioration n’est pas liée à la motorisation électrique.

Evolution 2 avec sortie du nucléaire : Ce scénario est simultané et identique au précédent sauf en ceci que la France renonce au nucléaire. Entre des énergies renouvelables coûteuses et fatales et des énergies fossiles de plus en plus chères, le prix de l’électricité est évalué à 56% au-dessus du précédent. La compétitivité des véhicules électriques en ville demeure sans être écrasante, et l’usage de l’électricité sur autoroutes est loin d’être compétitif, même avec des caténaires.

Conclusion sur la comparaison hors taxes et subventions

Sans étonnement, on constate que le développement des véhicules électriques dans un marché libre et neutre reste conditionné par :
  • Des progrès importants des batteries en termes de coût et de durée de vie pour réduire le « coût de batterie » qui s’additionne à celui de l’énergie électrique.
  • La réduction des pertes thermiques des batteries LMP.
  • Le maintien d’un prix de l’électricité raisonnable malgré les risques de hausse :
    • Impact des énergies fossiles sur le marché global de l’énergie dont les segments sont interdépendants.
    • Directives de l’Union Européenne augmentant la part des énergies dites « vertes ».
    • Normes « Post Fukushima » augmentant le coût du nucléaire
    • Risque de sortie totale ou partielle de l’énergie nucléaire sous la pression d’une opinion publique inquiète.
  • A l’inverse, l’adoption du « yield management » pourrait déboucher sur une baisse des prix du Kwh en heures creuses, favorable à la charge des batteries de véhicules.
On peut s’attendre voir les véhicules se développer dans des applications strictement urbaines, en particulier professionnelles, mais pas sur les longs trajets, notamment autoroutiers. Ce manque de polyvalence laisse présager un bel avenir aux véhicules hybrides, rechargeables ou non, qui améliorent les rendements et réduisent les coûts et inconvénients des moteurs thermiques en ville, tout en conservant l’autonomie.

La sortie du nucléaire est incompatible avec le développement des véhicules électriques, sauf à accepter une augmentation massive des émissions de CO2. 

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