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mardi 12 janvier 2016

Perfomance énergétique batiment : affichage biaisé

Chacun connaît l’affichage de la performance énergétique d’un logement selon le barème  ci-dessous :


Il donne la consommation annuelle exprimée en kilowattheures par mètre carré  (KWh/m²). Chacun peut ainsi juger de la consommation annuelle en chauffage du logement qu'il envisage d’acheter ou de louer. Ainsi, pour un appartement de 70 m² évalué à 204 KWH/m², et donc classé « D »,  la consommation annuelle sera : 204 x 70 = 14 300 KWh
  • Or 1 000 KWh électrique coûtent environ 93 € TTC en heures creuses, ou 136 € TTC en heures pleines, soit un prix moyen de 115 € TTC, conduisant à un coût annuel de 115 x 14,3 = environ 1 640 €, hors abonnement.
  • Ou encore, 1000 KWh gaz coûtent environ 45 € TTC, conduisant à un coût annuel de 45 x 14,3 = environ 640 €, hors abonnement.

 Ainsi, l’affaire est claire : l’électricité est 2,6 fois plus chère que le gaz. Or cette conclusion commune est archi-fausse, car la norme d’affichage comporte un piège énorme :

Les performances sont exprimées non pas en énergie consommée par l’utilisateur, dite « énergie finale » (KWhEF) mais en « énergie primaire équivalente » (KWhEP).
Ce tout petit replacement en indice d’une lettre « F » par une lettre « P » introduit un biais énorme :
  • Aucun changement pour le gaz, puisqu’on utilise directement le gaz importé « primaire ».
  • Un coefficient « conventionnel » de 2,58 pour l’électricité, au prétexte que si on avait produit l’électricité à partir d’énergie thermique « primaire » (charbon, fioul ou gaz), il aurait fallu utiliser 2,58 KWh thermique pour produire 1 KWh électrique. Ceci oublie simplement que:
    • L’utilisateur paye l’énergie finale dont il doit pouvoir comparer les prix, et non l'énergie primaire.
    • Ce coefficient n’a aucun sens, car 8% seulement de l’énergie électrique en France est produite à partir d’énergie thermique fossile.
En réalité, pour l’utilisateur :
  • Le chauffage  électrique est à peu près au même prix que le chauffage au gaz.
  • L’appartement pris pour exemple est en réalité à  79 KWhEF/m², et devrait être classé « B ».
  • Le coût de la consommation électrique sera de l’ordre de 635 €/an.
  • S’il est préoccupé par le changement climatique, son chauffage électrique émettra environ 4 fois moins de CO2 qu’un chauffage au gaz.
Ce coefficient 2,58 absurde a été adopté au « Grenelle de l’environnement » sous l’influence des écologistes politiques viscéralement opposés à l’énergie nucléaire, même au prix d’une augmentation des émissions de CO2, risque pourtant bien plus grave selon les scientifiques du monde entier réunis dans le GIEC.

Rappelons que les consmmations ci-dessus sont toutes basées sur les températures "recommandées" très fraîches. Dans la pratique, elle seront nettement supérieures, selon le confort qe chacun souhaite, et sans changer la comparaison entre les deux énergies possibles.



mardi 8 décembre 2015

Electricité et CO2 : Le contre-exemple allemand



Résumé :

Le contraste entre les politiques française et allemande en matière de production électrique est beaucoup plus violent qu’on ne l’imagine, avec des résultats très inattendus : malgré le dictionnaire, les « Grunen » ne sont pas verts du tout !

En lisant ce message vous apprendrez que le développement des énergies photovoltaïque et éolienne en Allemagne a nécessité 350 milliards d’Euros d’investissements, mais n’a abouti qu’à baisser la production nucléaire décarbonée, et non les énergies primaires fossiles. A l’arrivée, le MWh consommé en Allemagne émet 10 fois plus de CO2 que son homologue français, et coûte 53% plus cher à la production, et 87% plus cher au détail.

Cette situation désastreuse s’explique par le fait que, en raison de leur facteur de charge très faible (13% et 18% respectivement) les puissances nominales installées en solaire et éolien sont monstrueuses (35 GW et 55 GW respectivement), très supérieures à la puissance moyenne requise par le pays. Quand les conditions (soleil et vent) sont favorables, l’opérateur de réseau n’a pas d’autre choix que de les brader à l’export. Quand elles ne le sont pas, la production au lignite augmente ! Dans les deux cas, l’abonné allemand paye…

Dans ce contexte, des véhicules à batteries ou à hydrogène n’apportent évidemment aucune baisse d’émissions de CO2, mais plutôt une aggravation ! Il faudrait finir par comprendre que l’écologie ne pourra être efficace que si elle veut bien envisager l’aspect économique des problèmes… Le prix Nobel d'économie Jean Tirole arrive exactement aux mêmes conclusions.

Message

Le CO2, ou dioxyde de carbone, n’est pas à proprement parler un polluant, puis qu’il est au cœur de la vie par la photosynthèse, au même titre que l’eau, et sans aucun danger direct pour l’homme. Mais le GIEC a largement démontré que l’augmentation de son taux dans l’atmosphère est quand même le principal responsable de l’effet de serre qui conduit au dérèglement climatique, le plus grave risque environnemental actuel. La réduction des émissions mondiales de CO2 est donc l’objectif prioritaire majeur.

Bien que notre blog soit consacré à la France, il est intéressant d’analyser l’exemple allemand pour évaluer les résultats économiques et écologiques obtenus par une politique largement dictée par les écologistes politiques, les « Grunen », qui privilégiant à outrance les énergies renouvelables par a priori antinucléaire largement diffusé dans leur opinion publique.

Production Allemagne : valeurs annuelles

L’historique de la production électrique allemande annuelle est donné par le graphique suivant :



Du bas vers le haut, en production annuelle :

  • L’hydraulique est constante et faible : il y a peu de montagnes en Allemagne.
  • Les « Autres » sont renouvelables (principalement biométhane)
  • La production nucléaire, décarbonée, est en chute rapide conformément à des décisions politiques.
  • Les énergies vertes (éolien et photovoltaïque) sont en croissance massive et produisent 26% du total. Elles ont nécessité un investissement de 350 milliards d’euros, qui a abouti essentiellement à réduire le nucléaire de 43%. Leur production reste intermittente, avec des conséquences importantes (voir ci-dessous).
  • Les énergies fossiles assurent 54% de la production, chiffre très élevé, dont seulement 10% pour le fioul et le gaz, mais 43% pour le charbon et le lignite, les pires émetteurs. Curieusement, on note que cette production fossile n’a baissé que de 6% en 15 ans.

Production France : valeurs annuelles

Comparons avec la situation en France, toujours en production annuelle, avec le même code de couleurs :



  • L’hydraulique est plus importante : en France, il y a beaucoup de montagnes.
  • Les « Autres » renouvelables sont très bas (principalement la biomasse)
  • La production nucléaire, décarbonée, est énorme et à peu près constante sur la période qui n’a connu ni mise en service, ni arrêt de réacteur.
  • Les énergies vertes (éolien et photovoltaïque) sont en croissance lente et ne produisent que 4% du total.
  • Les énergies fossiles n’assurent que 5% de la production, dont 2% pour le charbon, très émetteur, et 3% pour le fioul et le gaz. On note avec satisfaction que cette part, quoique déjà faible au départ, fortement baissé (- 45%) malgré un investissement modéré dans les énergies vertes.
Production : Comparaison Allemagne / France

Au global, les moyenne annuelles des émissions de CO2 par mégawattheure produit sont de
  • Allemagne :    500 Kg/MWh
  • France :          50 Kg/MWh
Soit un facteur 10 !

La comparaison des coûts est également édifiante :
€/MWh
France
Allemagne
Ecart All / Fra
Production
53,8
82,2
+53%
Consommateur final
138,9
260,3
+87%

Consommation électrique - Exportation

Comparons maintenant les exportations
Exportations
2000 (TWh)
2014 (TWh)
2014 (% production)
France
69
67
12 %
Allemagne
0
35
5,7 %

On constate que les exportations allemandes croissent avec le développement des énergies vertes très coûteuses, mais subventionnées par l’abonné, pendant que les exportations, françaises, logiquement plus élevées  en raison de la compétitivité de l’électronucléaire, sont stables. Pourquoi ?

Pour y répondre, il faut se rappeler :
  • que la compétitivité ne s’exprime pas par des prix moyens sur l’année, mais heure par heure sur un prix de marché très variable (0 à 1 000 €/MWh) selon la consommation ET selon la production des énergies fatales à écoulement prioritaire.
  • que les centrales à énergie verte ont un facteur de charge (= production annuelle réelle / production annuelle à pleine capacité) en Allemagne de l’ordre de 13% pour le photovoltaïque , et de 18% pour l’éolien terrestre.
  • En d’autres termes les capacités de production verte installées en Allemagne sont énormes : 55 GW en éolien, et 35 GW de solaire. Leur somme, soit 90 GW, excède la consommation allemande moyenne (70 GW), et a fortiori la consommation minimum, évaluée à 40 GW. Quand le vent est fort, et/ou le soleil brillant, la production verte excède fréquemment la consommation.
  • Face à cette situation, l’opérateur de réseau n’a d’autre choix que d’exporter les excédents de production à un prix bradé pour intéresser ses voisins, fût-il négatif (c’est arrivé !).
  • La différence entre ce prix bradé, et le tarif élevé garanti aux producteurs verts allemands, est à la charge par l’abonné allemand, comme pour la CSPE en France, en plus élevé.
  • Dans le graphe ci-dessous, l’analyse des flux transfrontaliers mensuels montre que,  au cours des mois où le vent en Allemagne a été supérieur à la moyenne, 80% de l’excédent éolien est exporté.
  • L’analyse des flux quotidiens, notamment en été, montre une excellente corrélation entre les exportations et la production solaire, évidemment de jour.
     Graphe origine BC Consult

Le graphe ci-dessus, emprunté à un site favorable au photovoltaïque, est relatif aux conditions particulièrement favorables du 1er au 3 octobre 2013, tous jours ouvrables. Il donne au cours de la période, les 3 courbes de :
  • La production photovoltaïque seule
  • La production totale photovoltaïque + éolienne
  • Le prix de marché de gros du MWh

On y voit clairement que :
  • En journée ouvrable hors pointes du matin et du soir, la corrélation entre la hausse de la production photovoltaïque et la baisse du prix du MWh montre que cette production est excédentaire, et donc majoritairement exportée.
  • La nuit, la corrélation entre une consommation naturellement faible, et la poursuite d’une production éolienne excédant les besoins, et donc exportée, tire les prix à un niveau d’autant plus bas que la demande dans les pays recevant ses exportations est également faible, autour des 20 €/Mwh, en dessous du prix accessible au nucléaire.
  • Les matins et soirs, où se situent les pointes quotidiennes (hors pointes hivernales), la remontée des prix vers 50 à 60 €/MWh, très au-dessus du prix de marché français au même moment montre une consommation nationale, mais celle-ci ne concerne que l’éolien, faute de soleil à ces heures.
  • En d’autres termes, la variabilité rapide et aléatoire des productions vertes ne leur permet pas de satisfaire une consommation également variable. L’ajustement est réalisé par l’exportation, ce qui a évidemment des limites ! On peut ainsi estimer, sans risque d’excès, que plus de la moitié de la production verte allemande est exportée.
  • Il s’en suit que la revendication, fréquemment exprimée, selon laquelle l'énergie électrique consommée en Allemagne résulte pour 22% de l’éolien et du photovoltaïque, est fausse : il s’agit en réalité de l’énergie produite. Partant d’une évaluation modérée selon laquelle 50% de ces énergies sont exportées, faute de pouvoir être consommées, car produites au mauvais moment, le ratio se réduit à environ 10% !

Conclusion : l’écologie ne peut s’affranchir de l’économie

Dans le contexte allemand, des véhicules à batteries n’apportent pas de baisse d’émissions de CO2, et les véhicules à hydrogène, handicapés par le médiocre rendement du cycle hydrogène, apportent une aggravation. 

Il faudrait finir par comprendre que l’écologie ne pourra être efficace que si elle veut bien envisager l’aspect économique des problèmes…

Un investissement de  350 milliards d’euros pour arriver à ces 10% verts pendant que les énergies fossiles assurent 56% de la consommation et maintiennent des émissions de CO2 très élevées, et à un prix de l’énergie électrique proche du double de celui de la France, est évidemment un non-sens. Avec cette somme, il était possible, au choix :
  • De créer un parc électronucléaire à eau pressurisé (le plus sûr) de 20 EPR aux normes « post-Fukushima » d’une puissance dépassant les pointes de consommation allemandes (ce qui est superflu), avec zéro émission de CO2.
  • D’améliorer drastiquement l’isolation thermique de 10 millions de logement pour en diviser par deux la consommation énergétique à raison de 35 000 € par logement.
  • De construire 20 millions de véhicules sobres (hybrides légers de faible section, moteur à essence de cylindrée réduite) consommant 2 litres aux 100 km dans les conditions réelles d’utilisation, de large autonomie, et capables de circuler comme les autres aux vitesses autorisées.
  • Un panachage optimisé des trois suggestions ci-dessus.
Les écologistes sincères doivent comprendre que le coût maîtrisé de la transition énergétique est une condition sine qua non de son efficacité, et de sa vitesse de mise en œuvre réclamée par le GIEC. Il est à craindre que les écologistes politiques, aveuglés par leurs croyances, ne le comprennent pas avant très longtemps. Il vaudrait donc mieux n’écouter ni ces partis très minoritaires, ni les ONG dites écologistes qui ne représentent que leurs propres militants !

Jean TIROLE, prix Nobel d'économie 2015, fait dans son remarquable ouvrage "Economie du bien commun", le commentaire suivant, page 278: "Les Etats dépensent parfois jusqu'à 1000 € par tonne de carbone évitée (c'est le cas notamment de l'Allemagne, pays peu ensoleillé, avec des l'installation de photovoltaïque de première génération), alors que d'autres émissions pourraient être réduites à un coût de 10 € la tonne. Il s'agit d'une politique qualifiée d'écologiste par une vaste majorité d'observateurs, mais qui ne l'est pas vraiment : pour un coût identique, on aurait pu réduire les émissions de 100 tonnes au lieu d'une seule!"


lundi 23 novembre 2015

Réduire vite et beaucoup le CO2 en France




Bien que le CO2 ne soit pas à proprement parler une pollution, puisqu’il est au cœur de la vie par la photosynthèse, et sans danger direct pour l’homme, le GIEC a largement démontré qu’il est quand même le principal responsable de l’effet de serre qui conduit au réchauffement climatique, lequel est le plus grave risque environnemental actuel, loin devant les diverses pollutions qui sont en forte régression en France et dans la plupart des pays de l’OCDE. La réduction des émissions mondiales de CO2 est donc l’objectif prioritaire majeur, le seul qui soit vraiment indispensable.

A cet effet, dans quelques jours, la COP21 va commencer et tenter d’obtenir des engagements de réduction, ou de moindre progression, des émissions de CO2 anthropique de la part les pays participants, presque tous. En France, où la situation en matière de CO2 est bien plus favorable que celle de la plupart des pays comparables, de nombreuses voies  de forte réduction existent néanmoins.

Elles peuvent être classées en quatre familles promues par trois incitations économiques :
  • Substituer entre eux des combustibles fossiles : parmi eux (charbon, pétrole, gaz), préférer le gaz, et réduire prioritairement le charbon.
  • Rechercher l’efficacité énergétique dans toutes les applications.
  • Substituer l’énergie électronucléaire, permanente, aux combustibles fossiles
  • Envisager des véhicules alternatifs, électriques ou à hydrogène.
  • Mettre en place ou renforcer les incitations économiques générales :
    • La taxe carbone pour réduire la compétitivité des énergies fossiles et particulièrement du charbon.
    • Le « yield managment » de la tarification de l’énergie électrique, pour réduire les crêtes en anticipant ou reportant certaines consommations
    • La suppression de l’absurde coefficient 2,58 appliqué au chauffage électrique selon la norme RT 2012


Les solutions 1 à 3, peu onéreuses et faciles à mettre en œuvre, permettent de gagner du temps en réduisant très vite les émissions. Il s’en suit que les nouvelles énergies vertes (photovoltaïque, éolien terrestre ou maritime, hydrolien) n’y figurent pas : très coûteuses et fatales, handicapées par le coût élevé et le rendement déplorable du stockage qu’elles nécessitent en raison de leur intermittence, elles ne sont jamais compétitives à un horizon prévisible par rapport aux mesures 1. à 3. ci-dessus, et constitueraient donc plus une entrave qu’un avantage, compte tenu des ressources limitées disponibles à cette fin. Ceci n’empêche évidemment pas d’utiliser les installations qui existent déjà et sont donc devenues contractuelles.

La production délocalisée qui nécessite des « smart grids » (réseaux intelligents), très tendance, n’y figurent pas non plus, pour deux raisons majeures :
Le coût de 1 000 000 installations individuelles de production électrique de 1 KW (quelles s’elles soient) sont beaucoup plus onéreuses et ont une trace carbone très supérieure à celle d’une installation centralisée de 1 Gw. En outre leur rendement est beaucoup moins bon.
La variabilité de la consommation diminue évidemment quand on la considère globalement, puisque les consommations de base, très dispersées entre zéro et la puissance de l’abonnement, n’interviennent que par leur moyenne. Vouloir créer des installations de production au niveau le plus aval donc à une puissance installée finalement beaucoup plus élevée, avec un facteur de charge très bas. Dans l’exemple ci-dessus, il faudrait avoir 1 000 000 d’installations individuelles non pas de  KW mais probablement plutôt de  5 KW…

Les étapes

Pour la clarté de l’exposé, les étapes  1 à 4 sont considérées successivement. Il va de soi qu’elles peuvent largement se superposer, ce qui n’en modifie pas le résultat final.



Substitution de combustibles (Voir détails par secteur et par combustible)

A pouvoir calorifique égal le charbon émet 64% de plus que le pétrole, et le gaz 21% de moins. La substitution du gaz au charbon et au pétrole est :
  • Possible en agriculture, industrie et chauffage, dès que le réseau de gaz est présent, et hors applications de mobilité
  • Facile en production électrique
  • Difficile ou impossible en sidérurgie, dans les transports et en chimie

Cette substitution permet ainsi à elle seule une baisse de 6% des émissions de CO2 à consommation énergétique constante par définition, et ce rapidement et au moindre coût. Elle se produira spontanément grâce à une taxe carbone suffisamment élevée qui pénalise beaucoup plus le charbon, et un peu plus le pétrole, que le gaz.

Efficacité énergétique (Voir détails par secteur et par combustible)

C’est en principe la voie à privilégier : obtenir le même résultat en utilisant moins d’énergie. Pratiquement impossible en sidérurgie, elle peut en revanche être significative en agriculture, industrie et chauffage, et aussi dans la production électrique grâce au meilleur rendement des nouvelles centrales au gaz. Elle se poursuivra dans les transports, surtout par la modification des usages (covoiturage et autocar) et l’apparition de véhicules économes.

L’efficacité énergétique permet d’envisager un gain de 23% sur l’énergie fossile consommée sans révolution majeure, donc assez vite. S’ajoutant aux substitutions du § 1. , la réduction des émissions est de 27%, déjà très appréciable. Elle sera renforcée par la taxe carbone qui vient renchérir les prix des énergies fossiles.

Substitution électronucléaire (Voir détails par secteur et par combustible)

L’électronucléaire peut apporter une solution majeure à toutes les applications de chauffage (agriculture, industrie, résidentiel et tertiaire) qui peuvent être électriques avec une meilleure efficacité énergétique, grâce à un rendement naturel de 100%, voire beaucoup plus avec des pompes à chaleur. Grâce à ces dernières, la substitution peut se faire à parc nucléaire constant ou faiblement croissant.

Cette substitution aboutit à elle seule une réduction de 28% supplémentaires de l’énergie fossile consommée et de des émissions de CO2, ce qui est énorme. Elle aboutit à une baisse cumulée des émissions de CO2 de 45%, ce qui excède l’engagement français de -40% en 2030. Elle nécessite, outre la taxe carbone, la mise en place de la tarification variable de l’électricité pour anticiper ou reporter les consommations de crête par un tarif dissuasif en crête.

Aller plus loin : les véhicules (Voir détails par secteur et combustible)

L’objectif prévu par la loi française de -75% en 2050 nécessiterait d’aller vraiment plus loin, par une évolution profonde des transports qui représentent 63% du pétrole consommé dans l’hypothèse 2030 ci-dessus.

Le passage de 60% des véhicules sur source électrique, soit via des batteries, soit via l’hydrogène, soit par des caténaires, est absolument inenvisageable avec des énergies fatales dont la production initiale est déjà très coûteuse, et dont l’intermittence impose un stockage requérant des investissements lourds dont la durée de vie est limitée (batteries) et/ou dont le rendement est médiocre (hydrogène).

Il faut donc être conscient de ce que le passage à 60% de véhicules alternatifs, bien loin d’être rapide et peu onéreux, serait un bouleversement industriel majeur nécessitant l’achat par les utilisateurs de 20 millions de ces véhicules, avec des impacts lourds sur les constructeurs, les équipementiers, les réseaux d’énergie (électrique et hydrogène), le parc électronucléaire à augmenter lourdement, l’industrie des batteries, la pétrochimie, la production d’hydrogène électrolytique. Ce serait aussi un problème fiscal car il serait évidemment impossible à l’Etat de subventionner ces véhicules alternatifs (2 millions par an = 13 milliards d’euros par an au bonus actuel) alors même qu’il perdrait les énormes ressources de la TICPE et de la TVA afférente (29 milliards d’Euros par an), soit un trou de 42 milliards d’euros.

Ceci étant dit, cette transition de 60% des véhicules vers l’énergie électrique aurait un impact considérable sur les émissions de CO2 : une réduction de 24% des sources fossiles, s’ajoutant aux précédentes pour aboutir à une baisse  cumulée des émissions de 58% par rapport à la situation actuelle.


Conclusion

Ce résultat, excellent mais très coûteux, reste très en deçà des engagements (heureusement révocables) pris par le Gouvernement en vue d’une réduction de 75% à l’horizon 2050. L’écart entre les émissions selon cette dernière et selon l’objectif ci-dessus, est de 42%/25%, soit un coefficient 1,68. Certes, beaucoup de choses peuvent se passer en 35 ans, mais qu’en l’état actuel des connaissances et des ressources, on ne peut qu’affirmer,  cet objectif ne sera pas tenu parce qu’il ne peut pas l’être, sauf à accepter une régression considérable avec toutes ses conséquences économiques et sociales.

On peut même s’interroger préalablement sur la pertinence des véhicules alternatifs en France: le problème du CO2 étant mondial, et absolument pas local, l’optimum économique mondial est de procéder d’abord à la réduction des émissions de CO2 résultant de toutes applications possibles hors véhicules, AVANT de passer aux véhicules alternatifs qui sont coûteux et contraignants. Les véhicules, et plus encore les avions, sont en effet l’application des énergies fossiles qui est la plus difficilement substituable. Il vaut donc mieux commencer par  tout le reste, pour aller plus vite, dépenser moins et réduire davantage les émissions de CO2.


Autrement dit, il est moins coûteux et plus efficace pour la France de subventionner des réductions d’émissions hors de ses frontières, en commençant par les centrales électrothermiques au charbon, ou pire au lignite comme en Allemagne, que de faire rouler des véhicules alternatifs sur ses routes ! Une telle organisation internationale reste à élaborer, mais pourrait s’inspirer des droits d’émission négociables.

jeudi 10 septembre 2015

Transition énergétique : une loi pertinente?


Table des matières du blog www.8-e.fr

Sujets connexes sur la transition énergétique
Faisabilité des engagements recentrés (en construction)

Résumé

Selon le GIEC, l'urgence est la réduction mondiale des émissions de gaz à effet de serre, et donc du CO2, principal concerné. 

De ce fait, des engagements  de réduction d'émissions ont été pris aux niveaux européen puis au niveau français, aux fins de contribution et d'exemplarité, ce qui ne peut qu'être approuvé dans le principe.

Mais ces engagements lourds ont été "complétés" par d'autres engagements fort peu pertinents, soit redondants et insuffisants, comme la réduction des combustibles fossiles qui va de soi, soit inutiles et hors du sujet comme la réduction de la consommation énergétique finale, ou la part des renouvelables dans la production électrique, soit même nuisibles comme la limitation de la part du nucléaire (décarboné) dans la production électrique.

Il est nécesaire de recentrer cette loi  sur le seul sujet incontestable: la réduction des émissions de CO2, qu'il n'est pas nécessaire de détailler davantage, car elle ne pourra être obtenue que par une réduction de la consommation de charbon, de pétrole et de gaz, le premier étant de loin le plus émetteur.

Les objectifs de réduction des émissions de CO2, très lourds, ne pourront pas être tenus si on y ajoute des difficultés supplémentaires considérables d'origine idéologique, telles que la sortie du nucéaire. L'Allemagne, qui remplace ses centrales nucléaires décarbonées par centrales à lignite très émettrices et polluantes est un parfait contre-exemple! 

Développement

Les émissions de CO2 en France

Les recommandations du GIEC, qui résultent de modèles trop complexes pour être vérifiés, et que nous acceptons donc en l’état, portent exclusivement sur la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre, parmi lesquelles le CO2 anthropique (émis par l’homme) est le plus important. C’est évidemment un problème mondial majeur, mais en rien une pollution locale : rappelons que le CO2 est, à travers la photosynthèse, à l’origine de toute vie végétale. Il y a donc lieu d’orienter la politique énergétique nationale dans ce sens aux fins d’exemplarité, et de contributions aux efforts collectifs qui sont encore loin d’être universels.

Sachant qu’il n’y a pas de déforestation en France,  et que tous les projets de captation du CO2 ont été abandonnés, seule la réduction de consommation de ces trois énergies fossiles peut réduire directement l’émission de CO2.

Toutefois, pour un même apport énergétique, ces énergies fossiles amènent des émissions  très différentes: le charbon émet 64% de plus que le pétrole, et le gaz 21% de moins. Entre le charbon et le gaz, il y a plus qu’un facteur 2. Quand c’est possible, remplacer le charbon par le gaz permet de parcourir plus de la moitié du chemin vers une suppression des émissions, et ceci peut souvent être fait rapidement et pour un coût modique.



Les consommations de combustibles en France en 2013 (source SOeS) sont les suivantes :


Les émissions correspondantes de CO2 sont les suivantes :
 




Les engagements de l’Europe pris en 2007 étaient les suivants :

Emission de gaz à effet de serre (base 1990)
1 : -20% en 2020
Consommation énergétique finale (base 2012)
3 : -20% en 2020
Part des renouvelables dans la product. électrique
5     20% en 2020

Emission de gaz à effet de serre : 

L’engagement « 1 » résulte directement des recommandations du GIEC. Il est indiscutable dans son principe. Il a en plus un sens économique, car en dépit d’une récente baisse inattendue et sans doute passagère, les prix du pétrole et du gaz augmenteront inéluctablement à moyen et long terme, en conséquence d’une probable pénurie. Le report sur le charbon, dont le risque de pénurie est encore lointain, et dont le coût dépend principalement de l’extraction, est donc un risque écologique majeur qui renforce le sens à cet engagement.

Consommation énergétique finale : 

L’engagement « 3 », heureusement non juridiquement contraignant, peut être obtenu de deux manières :
  • Par amélioration de l’efficacité énergétique (isolation, pompes à chaleur, covoiturage, rendement des moteurs et de l’éclairage...), qui est souhaitable, mais n’est finalement qu’un un moyen de tenir l’engagement « 1 »
  • Par réduction des prestations (baisser le chauffage, voyager moins, réduire l’éclairage …), soit une régression du niveau de vie qui n’est pas souhaitable, ou une régression de la population, encore moins souhaitable.

Cet engagement « 3 » ouvre la porte à la pénurie délibérée en tant que moyen de réduire les émissions de CO2, ce qui est difficilement acceptable si l’on remarque que (Statistiques mondiales 2011):
  • Un résident français émet 40% de moins qu’un allemand, et 68% de moins qu’un américain. 
  • La France n’émet que 1% du CO2 anthropique mondial

Relatif aux moyens, et non au résultat, il n’est ni équitable, ni nécessaire, et peut être supprimé.

Part des renouvelables dans la production électrique: 

L’engagement « 5 », strictement interne, n’a aucune relation avec les objectifs du GIEC. La production électrique française est décarbonée à 94%, cas unique dans le monde, et exemple à suivre.  La production électrique française est à 79% du nucléaire, 12% hydraulique, et 3% pour la biomasse ou de l’incinération des déchets, tous décarbonés. Si les 6% manquants pour arriver à 20% doivent résultent des énergies dites « vertes » dont la production est aléatoire (éolien) ou contra-cyclique (photovoltaïque) au détriment du nucléaire, on aboutira, comme en Allemagne, a un accroissement de la production thermique (actuellement 6%) assurant le relais, ce qui va dans le sens contraire des recommandations du GIEC. Cet engagement résulte en réalité de positions idéologiques et politiciennes. N’étant pas juridiquement contraignant non plus, cet engagement doit être supprimé.


La loi française sur la transition énergétique

Elle a complété et relevé ces engagements comme ci-dessous :

Emission de gaz à effet de serre (base 1990)
1 : -40% en 2030
2 : -75% en 2050
Consommation énergétique finale (base 2012)
3 : -20% en 2030
4 : -50% en 2050
Part des renouvelables dans la production électrique
5 :   23% en 2030
6 :   40% en 2050
Consommation de ressources fossiles (base 2012)
7 :  -30% en 2030
Part du nucléaire dans la product. électrique 2025 (78% en 2014)
8 :   50% en 2025

La loi française sur la transition énergétique comporte 8 engagements, dont 3 (n° 1, 3 et 5) sont repris de l’engagement européen antérieur auxquels s’ajoutent les engagements 2, 4, 6, 7 et 8.

Emission de gaz à effet de serre :

L’engagement «1 » à : -40% en 2030 est renforcé par un engagement « 2 » extrêmement ambitieux, à -75% en 2050.  Mais les deux sont conformes aux recommandations du GIEC, et sans doute nécessaires, mais ne seront utiles que si les principaux pays émetteurs (USA, Chine, Allemagne…) font un effort important, sinon équivalent. Ces engagements ne peuvent être tenus qu’à la condition nécessaire, mais pas suffisante, de ne pas fabriquer de difficulté supplémentaire, notamment d’origine idéologique.

Consommation énergétique finale

L’engagement « 3 » : -20% en 2030 est reporté de 10 ans, mais renforcé par un engagement « 4 » très ambitieux à -50% en 2050. Diviser par 2 la consommation énergétique finale avec une population croissante (+10% selon l’INSEE) suppose de multiplier l’efficacité énergétique par environ 2,2, ce qui ne pourra se faire qu’avec des investissements énormes (bâtiment, automobile, certaines industrie…) qui devront compenser les secteurs ou peu de progrès sont possibles (sidérurgie, avions…), entraînant une augmentation des coûts qui répartiront la pénurie.  La condition ci-dessus est encore plus valide, et la faisabilité reste à démontrer. Cet engagement porte sur les moyens, alors que seul le résultat (émettre moins de CO2) compte : qu’importe que cette consommation énergétique finale demeure élevée si elle est décarbonée ? Cet engagement, hors du sujet, peut être supprimé sans inconvénient.

Part des renouvelables dans la production électrique  

L’engagement « 5 », sans aucun lien avec les objectifs du GIEC et strictement français, se trouve un peu augmenté à 23%, mais  retardé à 2030, et complété par l’engagement « 6 » à 40% en 2050. Les effets pervers de cet engagement, déjà mentionnés ci-dessus, se trouvent ainsi lourdement aggravés, sans l’excuse d’une influence des « Grunen » d’outre-Rhin. C’est donc l’activisme d’une petite minorité française d’écologistes, qui a obtenu un tel engagement, concédé pour des raisons politiciennes, qui n’apporte rien et doit donc absolument être supprimé.

Consommation de ressources fossiles

Le très surprenant engament « 7 » ne prévoit qu’une réduction de 30% de la consommation de combustibles fossiles d’ici 2030. Comme TOUTE l’émission de CO2 résulte de l’utilisation de combustibles fossiles, on voit mal comment ce 30% pourrait se traduire par une réduction de 40% des émissions de CO2 à la même date. Le seul écart entre consommation et émission est le captage de CO2, tellement coûteux et incertain que tous les projets sérieux ont été abandonnés. Cet engagement est à la fois insuffisant par rapport à l’engagement « 1 », et inutile puisque redondant avec lui. Il doit donc être supprimé.

Part du nucléaire dans la production électrique

C’est l’engagement 8 qui limite cette part à 50%. Elle est actuellement de l’ordre de 79%. Cette spécificité française n’est en rien un inconvénient : le coût de l’uranium en tant que source d’énergie thermique étant est très bas, la France a bénéficié d’une énergie électrique beaucoup moins chère que celle des pays comparables, et notamment de l’Allemagne. Son exploitation n’émet pas de CO2. Sans être à proprement parler renouvelable, les stocks connus d’uranium permettent plusieurs siècles d’exploitation selon les technologies et dans les volumes actuels, et énormément plus avec des surgénérateurs. La filière au thorium, plus chères, mais encore plus sûre car à sécurité positive (toute panne provoque l’arrêt naturel de la réaction) exploiterait des ressources qui sont pratiquement illimitées. Les risques potentiels d’exploitation et de stockage des déchets sont parfaitement maîtrisés dans la technologie des réacteurs PWR (Westinghouse / Areva / EDF), seule utilisée en France (Voir développement ci-dessous).

Dans ce contexte, ramener la production nucléaire de 79% à 50% n’a aucun sens : la réduction de la production n’entraîne pas automatiquement une réduction proportionnelle du nombre de centrales. Mais surtout, comment remplacer les 29% perdus ? Outre leur prix extravagant, les énergies vertes fatales et contra-cycliques  en sont incapables, car les seuls moyens réellement possibles de stockage de l’énergie électrique sont les STEPS (centrales hydrauliques réversibles) limitées en capacité, et seulement dans les zones proches des montagnes. La seule « solution » est celle utilisée en l’Allemagne : on ferme des centrales nucléaires et on construit des centrales au charbon, très émettrices de CO2, ou pire, au lignite avec le même inconvénient plus des quantités monstrueuses de poussières imbrûlées. Cet engagement est évidemment aux antipodes des recommandations du GIEC et doit impérativement être supprimé.

Loi sur un objectif recentré

Les analyses ci-dessus montrent que les émissions de CO2 seront plus facilement réduites si la loi sur la transition énergétique se recentre sur deux étapes d’un même objectif très ambitieux :

Emission de gaz à effet de serre (base 1990)
1 : -40% en 2030
2 : -75% en 2050

Tous les autres sont en effet insuffisants (7), inutiles (3, 4, 5 et 6) ou nuisibles (8).
Ainsi formulée, la loi devient plus claire et moins coûteuse, donc plus réaliste car le coût est toujours un obstacle à l’action et un frein au développement économique.

Un message en préparation évaluera la faisabilité de ces objectifs recentrés. En première analyse, le 1 est difficile, mais peut-être pas hors de portée, alors que le 2 est totalement irréaliste.