lundi 24 décembre 2012

Norme RT 2012: Quand la politique prime la logique!



La norme RT 2012 définit l’énergie maximum annuelle nécessaire au chauffage d’un logement.  Elle impose que, pour les permis de construire postérieurs au du 1er janvier 2013, l’énergie annuelle de chauffage n’excède par 50 kWh par m² et par an. Cette norme, qui doit s’appliquer jusqu’au 1er janvier 2020, est très ambitieuse. Elle signifie que l’on devra pouvoir chauffer un logement de 100 m² pendant une année avec 5 MWH thermiques, équivalents environ à 0,1 litres de gazole par heure, ou la même masse de gaz, ou encore à une puissance électrique moyenne de  1 KW, pendant une période de chauffe de 7 mois.
  

Cette définition comporte, notamment sur le site du ministère repris ci-dessous, une importante distinction : La norme s’entend en énergie primaire (Fioul, GPL, gaz naturel, bois). Si l’on recourt à une énergie finale telle que l’électricité, alors l’énergie maximum utilisée devra être divisée par 2,58, au motif allégué que la production de 1 KWh de cette énergie finale nécessiterait 2,58 KWh d’énergie primaire. Ce coefficient est toutefois qualifié de « conventionnel », ce qui cherche à éliminer les contestations de sa valeur.


Ce coefficient aboutira à une quasi-interdiction du chauffage électrique qui serait ainsi limité à une puissance électrique moyenne de 390 W, insignifiante. Mais d’où sort de 2,58 ? Une convention n’est pas une justification !

Si l’électricité était fabriquée exclusivement à partir de centrales thermiques conventionnelles (charbon/vapeur, fioul/vapeur ou turbine à gaz) le coefficient résulterait en effet d’un rendement de conversion de 1 /2,58 = 39 % qui est plausible pour le charbon et le fioul, mais pessimiste pour le gaz à cycle combiné. On peut donc penser que le normalisateur s’est placé dans cette hypothèse, qui correspond  à des émissions de 250 à 280 kg de CO2 par MWH électrique.
  • L’ennui est que cette hypothèse est archi-fausse. ERDF publie chaque année la teneur moyenne en CO2 de l’énergie distribuée, qui ressort pour 2011 à 72 kg de CO2 par MWH électrique. D’où vient cette différence ? Tout simplement du fait que la production 2011 a été assurée à 89 % par des filière non émettrices de CO2 : nucléaire (76%), hydraulique (9% particulièrement basse pour cause de sécheresse), renouvelables (4%), ne laissant que 11% à la production à partir d’énergie primaire fossile. Selon cette approche, à émissions de CO2 constantes, l’énergie électrique devrait être affectée d’un coefficient 0,27 ! 
  • Une autre approche est de considérer que le chauffage ne sera utilisé que par grands froids, ce qui est partiellement vrai, et qu’il y a donc lieu de considérer les émissions de CO2, non pas en moyenne sur l’année, mais au cours des pointes. Acceptons ce raisonnement assez orienté, et calculons ses conséquences. Au cours des pointes (les 500 heures les plus hautes dans l’année) la part d'énergie électrique produite à partir d’énergie primaire fossile monte à 17%, ce qui justifierait un coefficient  de 0,42. 
  • Une dernière approche, qui peut être qualifiée d’extrémiste, reposerait sur le raisonnement  marginal suivant s’ajoutant au précédent : l’équipement de nouveaux logements en chauffage électrique viendra augmenter le besoin en énergie électrique global. Comme l’hydraulique n’est pas extensible, qu’il n’est pas question (car ce serait politiquement incorrect) de développer le parc nucléaire, que l’éolien est faible et « fatal » (survenance aléatoire), et le solaire négligeable, ce supplément de puissance ne pourra venir que des centrales thermiques. Ce raisonnement est faux pour trois raisons :
    • Quand un parc de production hétérogène est utilisé pour plusieurs utilisations simultanées, rien ne permet d’affecter le moyen le moins bon à une utilisation plutôt qu’à une autre.
    • L’amélioration de l’efficacité énergétique du parc de logements et des moyens de chauffage compensera, et au-delà,  l’augmentation du parc de logements, d'autant que les nouveaux logements seront beaucoup moins consommateurs.
    • L’utilisation du chauffage dans un logement très bien isolé peut facilement être différé hors des pointes puisque la baisse des températures y est plus lente qu’ailleurs.
    • Calculons néanmoins quelles en seraient les conséquences, par curiosité. Les centrales thermiques actuellement crées (en suivant le raisonnement marginal abusif) sont généralement du type « CGCC » (Centrale à Gaz à Cycle Combiné), dont le rendement est particulièrement élevé, atteignant 58%. Le coefficient devrait être ici 1/58% = 1,72 et non pas 2,58.
Pourquoi 2,58, et non pas 0,27 ou 0,72 ? Il n’existe aucune raison logique d’ordre technique ou économique. Il existe en revanche une explication écolo-politique : si on bannit l’énergie nucléaire pour des raisons sectaires, alors il faut dissuader la consommation électrique à tout prix, encore plus pour de l’habitat écologique symbole d’avenir, et ce, même au prix d’une augmentation des émissions de CO2. Ce 2,58 n’est rien d’autre qu’une concession faite par les gouvernements successifs à la mouvance écolo-politique, notamment au cours du « Grenelle de l’environnement », aux antipodes d’une réflexion sensée sur l’avenir écologique et économique de mes petits-enfants et de toute leur génération.

« La démocratie est le pire moyen de gouvernement, à l’exclusion de tous les autres » (Sir Wiston Churchill).