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samedi 11 juin 2016

LAMPIRIS : une électricité verte ?





Ce distributeur fait actuellement beaucoup de publicité pour son énergie verte. Sur son site, il se présente :
« Lampiris est un fournisseur indépendant d’électricité renouvelable et de gaz naturel. Il est actif sur le marché belge depuis 2005 et y est aujourd’hui le troisième acteur derrière GDF-SUEZ et EDF.
Fort de 200 000 compteurs en France, Lampiris y commercialise depuis novembre 2011, du gaz naturel et de l’électricité 100% renouvelable aux particuliers et aux professionnels à des prix très compétitifs.
Avec Lampiris, les énergies renouvelables sont la solution d'avenir, sur le plan écologique, mais aussi économique! »

Ses publicités comportent en petites lettres, illisibles sur leur site, mais lisibles sur les affiches, des précisions juridiques importantes :
« *Electricité 100% verte = Electricité 100% renouvelable d’origine française produite à partir d’installation hydraulique : la totalité de l’électricité vendue aux clients Lampiris est couverte par des garanties d’origine achetées en fin d’année civile. A l’aide de ce mécanisme, Lampiris garantit que de l’électricité d’origine renouvelable a été produite et injectée sur le réseau en quantité équivalente à la consommation des clients de Lampiris. Détails sur lampiris.fr . »

Que faut-il en penser ?

Mix énergétique

L’énergie électrique de réseau ne pouvant pratiquement pas être stockée (à l’exception des STEPs limitées par les sites possibles), la production injectée dans le réseau est simultanément consommée de façon indifférenciée par l’ensemble des utilisateurs. L’excellent site « eco2mixrte » de l’opérateur de réseau RTE donne en temps réel, par pas de ¼ d’heure, tous les détails du mix énergétique français et des transferts entre régions,  avec leur historique sur plusieurs années.

A chaque instant, la production est assurée par de nombreuses filières auxquelles l’opérateur de réseau fait appel selon la consommation constatée, dans un ordre bien déterminé :
  • D’abord l’éolien et le photovoltaïque, fatales puisqu’on ne maîtrise pas leur production, qui bénéficient d’une priorité d’écoulement en dépit d’un prix garanti très élevé,
  • Puis les énergies dont le coût est le plus bas : hydraulique au fil de l’eau et nucléaire,
  • Puis, si nécessaire, les énergies utilisant des énergies fossiles : charbon, fioul, gaz et aussi les centrales hydrauliques de pointe (haute chute) ou éclusées (basse chute).
  • Sans oublier des disparités régionales dues aux coûts et aux limites de capacité de transport du réseau.

 Contractuellement vert ou pas ?

Le caractère vert de ces filières est très différentié :
  • Les énergies fossiles émettent beaucoup de CO2, particulièrement le charbon, le gaz étant de loin meilleur, mais pas exempt.
  • Le nucléaire n’en n’émet pas, il est « décarboné », mais pas tout à fait renouvelable car les réserves mondiales d’uranium ne sont pas infinies, quoique de très longue durée à travers des variantes techniques (surgénérateurs, thorium).

Si l’on veut être strictement vert, il ne reste plus que quatre filières :
  • L’hydraulique, en partie aléatoire
  • L’éolien, aléatoire et peu prévisible
  • Le photovoltaïque, contra-cyclique et dont la prévisibilité n'est limitée que par  la nébulosité.
  • La géothermie profonde, encore balbutiante, et limitée à certaines régions favorables.
Malheureusement, mêmes prises toutes ensemble, elles ne peuvent assurer ni le volume, ni même la continuité de la production. Dans ce contexte, prétendre ne vendre que de l’énergie électrique verte est une gageure ! Comment fait Lampiris ?

La réponse est simple : il ne le fait pas, car il ne s’est pas engagé à la faire !

Relisons attentivement son engagement :
« *Electricité 100% verte = Electricité 100% renouvelable d’origine française produite à partir d’installation hydraulique : la totalité de l’électricité vendue aux clients Lampiris est couverte par des garanties d’origine achetées en fin d’année civile. A l’aide de ce mécanisme, Lampiris garantit que de l’électricité d’origine renouvelable a été produite et injectée sur le réseau en quantité équivalente à la consommation des clients de Lampiris.

Cet engagement est clair, mais limité : une production verte équivalente a été injectée sur le réseau, mais il n’est dit nulle part que cette injection ait été simultanée avec la consommation. Il ne dit pas non plus que l’électricité vendue au client est verte, mais seulement qu’elle est couverte par de l’électricité d’origine hydraulique, supposée verte, injectée antérieurement dans le réseau.

Lampiris tient certainement ses engagements contractuels ainsi rédigés, qui sont trop subtils pour être compris par le particulier. Ce système de couverture pourrait être vert  uniquement si :
  • L’énergie électrique était stockable, ce qui n’est pas nullement le cas,
  • Ou si le mix énergétique était constant, ce qui n’est pas le cas non plus, et de loin.
Les consommations et les mix énergétiques sont constamment variables selon les circonstances (température, activité, hydrologie, vent, soleil, marées…) et selon les régions. Les différents producteurs injectent leur puissance dans un réseau unique. Le pompage, en France ou en Suisse, utilise l’énergie nucléaire française pour produire un supplément d’énergie hydraulique (verte ?). Seuls les chiffres globaux ont un sens, et aucun distributeur ne peut alléguer que son électricité, qui vient du réseau unique, est plus verte que celle de ses concurrents : tout dépend du moment et du lieu de consommation par l’utilisateur, ce dont le distributeur ne peut pas préjuger !

La publicité de Lampiris est critiquable en ceci que la définition « sur mesure » citée plus haut de « L’électricité 100% verte » ne correspond pas au sens commun : dans le texte ci-dessous, aucun utilisateur ne comprendra que l’énergie qui lui sera vendue n’a rien à voir avec elle qui a été acheté par Lampiris : elle sera au contraire évidemment fournie par un réseau dont le mix est ce qu’il est au moment de la consommation, y compris pendant les pointes au cours desquelles les filières fossiles tournent à plein, et l’électricité importée est issue de filières généralement pas vertes. Par surcroît, l’origine 100% française sera alors inexacte. Aucun lecteur ne remarquera que la garantie porte sur "chaque MWh produit" (avant et ailleurs), et non pas "vendu"!


Que faire ?

Ceci étant, l’électricité revendue par Lampiris n’est pas non plus moins verte que celle de ses concurrents, et l’utilisateur préoccupé par la planète pourra donc s’abonner chez eux après avoir vérifié l’avantage compétitif mis  en avant par Lampiris, ce que nous n’avons pas cherché à faire. Il se consolera en se rappelant que le MWh français  est le moins émetteur de CO2 de la planète, et notamment 10 (DIX) fois moins émetteur qu’un MWh allemand, malgré les énormes parcs éolien et photovoltaïque de ce pays. Il peut donc être consommé sans se poser trop de questions !

Pour accroître la part d’électricité verte de sa consommation, l’écologiste intégriste devra :
  • Habiter en France,
  • Mais ni en Bretagne, ni en PACA dépourvues de centrales nucléaires et donc plus émettrices de CO2,
  • Avoir en permanence le graphe du mix énergétique RTE sur l’écran de son ordinateur
  • Couper tous ses consommateurs dès que la part fossile dans le mix dépasse un seuil qu’il aura lui-même fixé (évidemment à moins de 8% qui est la moyenne annuelle nationale)
  • Accepter de consommer de l’électricité nucléaire toujours majoritaire en France, ou  résilier son abonnement !
Bon courage !

mardi 8 décembre 2015

Electricité et CO2 : Le contre-exemple allemand



Résumé :

Le contraste entre les politiques française et allemande en matière de production électrique est beaucoup plus violent qu’on ne l’imagine, avec des résultats très inattendus : malgré le dictionnaire, les « Grunen » ne sont pas verts du tout !

En lisant ce message vous apprendrez que le développement des énergies photovoltaïque et éolienne en Allemagne a nécessité 350 milliards d’Euros d’investissements, mais n’a abouti qu’à baisser la production nucléaire décarbonée, et non les énergies primaires fossiles. A l’arrivée, le MWh consommé en Allemagne émet 10 fois plus de CO2 que son homologue français, et coûte 53% plus cher à la production, et 87% plus cher au détail.

Cette situation désastreuse s’explique par le fait que, en raison de leur facteur de charge très faible (13% et 18% respectivement) les puissances nominales installées en solaire et éolien sont monstrueuses (35 GW et 55 GW respectivement), très supérieures à la puissance moyenne requise par le pays. Quand les conditions (soleil et vent) sont favorables, l’opérateur de réseau n’a pas d’autre choix que de les brader à l’export. Quand elles ne le sont pas, la production au lignite augmente ! Dans les deux cas, l’abonné allemand paye…

Dans ce contexte, des véhicules à batteries ou à hydrogène n’apportent évidemment aucune baisse d’émissions de CO2, mais plutôt une aggravation ! Il faudrait finir par comprendre que l’écologie ne pourra être efficace que si elle veut bien envisager l’aspect économique des problèmes… Le prix Nobel d'économie Jean Tirole arrive exactement aux mêmes conclusions.

Message

Le CO2, ou dioxyde de carbone, n’est pas à proprement parler un polluant, puis qu’il est au cœur de la vie par la photosynthèse, au même titre que l’eau, et sans aucun danger direct pour l’homme. Mais le GIEC a largement démontré que l’augmentation de son taux dans l’atmosphère est quand même le principal responsable de l’effet de serre qui conduit au dérèglement climatique, le plus grave risque environnemental actuel. La réduction des émissions mondiales de CO2 est donc l’objectif prioritaire majeur.

Bien que notre blog soit consacré à la France, il est intéressant d’analyser l’exemple allemand pour évaluer les résultats économiques et écologiques obtenus par une politique largement dictée par les écologistes politiques, les « Grunen », qui privilégiant à outrance les énergies renouvelables par a priori antinucléaire largement diffusé dans leur opinion publique.

Production Allemagne : valeurs annuelles

L’historique de la production électrique allemande annuelle est donné par le graphique suivant :



Du bas vers le haut, en production annuelle :

  • L’hydraulique est constante et faible : il y a peu de montagnes en Allemagne.
  • Les « Autres » sont renouvelables (principalement biométhane)
  • La production nucléaire, décarbonée, est en chute rapide conformément à des décisions politiques.
  • Les énergies vertes (éolien et photovoltaïque) sont en croissance massive et produisent 26% du total. Elles ont nécessité un investissement de 350 milliards d’euros, qui a abouti essentiellement à réduire le nucléaire de 43%. Leur production reste intermittente, avec des conséquences importantes (voir ci-dessous).
  • Les énergies fossiles assurent 54% de la production, chiffre très élevé, dont seulement 10% pour le fioul et le gaz, mais 43% pour le charbon et le lignite, les pires émetteurs. Curieusement, on note que cette production fossile n’a baissé que de 6% en 15 ans.

Production France : valeurs annuelles

Comparons avec la situation en France, toujours en production annuelle, avec le même code de couleurs :



  • L’hydraulique est plus importante : en France, il y a beaucoup de montagnes.
  • Les « Autres » renouvelables sont très bas (principalement la biomasse)
  • La production nucléaire, décarbonée, est énorme et à peu près constante sur la période qui n’a connu ni mise en service, ni arrêt de réacteur.
  • Les énergies vertes (éolien et photovoltaïque) sont en croissance lente et ne produisent que 4% du total.
  • Les énergies fossiles n’assurent que 5% de la production, dont 2% pour le charbon, très émetteur, et 3% pour le fioul et le gaz. On note avec satisfaction que cette part, quoique déjà faible au départ, fortement baissé (- 45%) malgré un investissement modéré dans les énergies vertes.
Production : Comparaison Allemagne / France

Au global, les moyenne annuelles des émissions de CO2 par mégawattheure produit sont de
  • Allemagne :    500 Kg/MWh
  • France :          50 Kg/MWh
Soit un facteur 10 !

La comparaison des coûts est également édifiante :
€/MWh
France
Allemagne
Ecart All / Fra
Production
53,8
82,2
+53%
Consommateur final
138,9
260,3
+87%

Consommation électrique - Exportation

Comparons maintenant les exportations
Exportations
2000 (TWh)
2014 (TWh)
2014 (% production)
France
69
67
12 %
Allemagne
0
35
5,7 %

On constate que les exportations allemandes croissent avec le développement des énergies vertes très coûteuses, mais subventionnées par l’abonné, pendant que les exportations, françaises, logiquement plus élevées  en raison de la compétitivité de l’électronucléaire, sont stables. Pourquoi ?

Pour y répondre, il faut se rappeler :
  • que la compétitivité ne s’exprime pas par des prix moyens sur l’année, mais heure par heure sur un prix de marché très variable (0 à 1 000 €/MWh) selon la consommation ET selon la production des énergies fatales à écoulement prioritaire.
  • que les centrales à énergie verte ont un facteur de charge (= production annuelle réelle / production annuelle à pleine capacité) en Allemagne de l’ordre de 13% pour le photovoltaïque , et de 18% pour l’éolien terrestre.
  • En d’autres termes les capacités de production verte installées en Allemagne sont énormes : 55 GW en éolien, et 35 GW de solaire. Leur somme, soit 90 GW, excède la consommation allemande moyenne (70 GW), et a fortiori la consommation minimum, évaluée à 40 GW. Quand le vent est fort, et/ou le soleil brillant, la production verte excède fréquemment la consommation.
  • Face à cette situation, l’opérateur de réseau n’a d’autre choix que d’exporter les excédents de production à un prix bradé pour intéresser ses voisins, fût-il négatif (c’est arrivé !).
  • La différence entre ce prix bradé, et le tarif élevé garanti aux producteurs verts allemands, est à la charge par l’abonné allemand, comme pour la CSPE en France, en plus élevé.
  • Dans le graphe ci-dessous, l’analyse des flux transfrontaliers mensuels montre que,  au cours des mois où le vent en Allemagne a été supérieur à la moyenne, 80% de l’excédent éolien est exporté.
  • L’analyse des flux quotidiens, notamment en été, montre une excellente corrélation entre les exportations et la production solaire, évidemment de jour.
     Graphe origine BC Consult

Le graphe ci-dessus, emprunté à un site favorable au photovoltaïque, est relatif aux conditions particulièrement favorables du 1er au 3 octobre 2013, tous jours ouvrables. Il donne au cours de la période, les 3 courbes de :
  • La production photovoltaïque seule
  • La production totale photovoltaïque + éolienne
  • Le prix de marché de gros du MWh

On y voit clairement que :
  • En journée ouvrable hors pointes du matin et du soir, la corrélation entre la hausse de la production photovoltaïque et la baisse du prix du MWh montre que cette production est excédentaire, et donc majoritairement exportée.
  • La nuit, la corrélation entre une consommation naturellement faible, et la poursuite d’une production éolienne excédant les besoins, et donc exportée, tire les prix à un niveau d’autant plus bas que la demande dans les pays recevant ses exportations est également faible, autour des 20 €/Mwh, en dessous du prix accessible au nucléaire.
  • Les matins et soirs, où se situent les pointes quotidiennes (hors pointes hivernales), la remontée des prix vers 50 à 60 €/MWh, très au-dessus du prix de marché français au même moment montre une consommation nationale, mais celle-ci ne concerne que l’éolien, faute de soleil à ces heures.
  • En d’autres termes, la variabilité rapide et aléatoire des productions vertes ne leur permet pas de satisfaire une consommation également variable. L’ajustement est réalisé par l’exportation, ce qui a évidemment des limites ! On peut ainsi estimer, sans risque d’excès, que plus de la moitié de la production verte allemande est exportée.
  • Il s’en suit que la revendication, fréquemment exprimée, selon laquelle l'énergie électrique consommée en Allemagne résulte pour 22% de l’éolien et du photovoltaïque, est fausse : il s’agit en réalité de l’énergie produite. Partant d’une évaluation modérée selon laquelle 50% de ces énergies sont exportées, faute de pouvoir être consommées, car produites au mauvais moment, le ratio se réduit à environ 10% !

Conclusion : l’écologie ne peut s’affranchir de l’économie

Dans le contexte allemand, des véhicules à batteries n’apportent pas de baisse d’émissions de CO2, et les véhicules à hydrogène, handicapés par le médiocre rendement du cycle hydrogène, apportent une aggravation

Il faudrait finir par comprendre que l’écologie ne pourra être efficace que si elle veut bien envisager l’aspect économique des problèmes…

Un investissement de  350 milliards d’euros pour arriver à ces 10% verts pendant que les énergies fossiles assurent 56% de la consommation et maintiennent des émissions de CO2 très élevées, et à un prix de l’énergie électrique proche du double de celui de la France, est évidemment un non-sens. Avec cette somme, il était possible, au choix :
  • De créer un parc électronucléaire à eau pressurisé (le plus sûr) de 20 EPR aux normes « post-Fukushima » d’une puissance dépassant les pointes de consommation allemandes (ce qui est superflu), avec zéro émission de CO2.
  • D’améliorer drastiquement l’isolation thermique de 10 millions de logement pour en diviser par deux la consommation énergétique à raison de 35 000 € par logement.
  • De construire 20 millions de véhicules sobres (hybrides légers de faible section, moteur à essence de cylindrée réduite) consommant 2 litres aux 100 km dans les conditions réelles d’utilisation, de large autonomie, et capables de circuler comme les autres aux vitesses autorisées.
  • Un panachage optimisé des trois suggestions ci-dessus.
Les écologistes sincères doivent comprendre que le coût maîtrisé de la transition énergétique est une condition sine qua non de son efficacité, et de sa vitesse de mise en œuvre réclamée par le GIEC. Il est à craindre que les écologistes politiques, aveuglés par leurs croyances, ne le comprennent pas avant très longtemps. Il vaudrait donc mieux n’écouter ni ces partis très minoritaires, ni les ONG dites écologistes qui ne représentent que leurs propres militants !

Jean TIROLE, prix Nobel d'économie 2015, fait dans son remarquable ouvrage "Economie du bien commun", le commentaire suivant, page 278: "Les Etats dépensent parfois jusqu'à 1000 € par tonne de carbone évitée (c'est le cas notamment de l'Allemagne, pays peu ensoleillé, avec des l'installation de photovoltaïque de première génération), alors que d'autres émissions pourraient être réduites à un coût de 10 € la tonne. Il s'agit d'une politique qualifiée d'écologiste par une vaste majorité d'observateurs, mais qui ne l'est pas vraiment : pour un coût identique, on aurait pu réduire les émissions de 100 tonnes au lieu d'une seule!"


samedi 17 octobre 2015

Electricité solaire compétitive ?




Résumé :

Le prix garanti de 70 €/MWh annoncé pour les futures centrales solaires de forte puissance (plusieurs centaines de MW) est compétitif par rapport au fioul, mais reste supérieur au nucléaire, au charbon et au gaz. Le prix de marché, très fluctuant selon la demande et les moyens disponibles, n’est supérieur aux 70 €/MWh que lors de pointes de consommation qui se produisent généralement en hiver et en soirée, c’est-à-dire quand la filière solaire ne produit pas !

Le prix garanti fixe accompagné de l'obligation de rachat par les opérateurs de réseau permet aux producteurs de se désintéresser complètement du prix de marché, et d'optimiser leurs installations selon leur propre intérêt, c'est à dire de maximiser la production, fût-elle en été. Cet effet pervers est finalement à la charge du consommateur via la CSPE. Pour aider une filière non encore mature, il serait grandement préférable de remplacer ces avantages actuels par un simple  abondement x%, par exemple 50%, sur le prix facturé. Ceci rétablirait, sans charge publique supplémentaire, le lien entre demande et prix de marché, et inciterait ainsi les producteurs à optimiser leurs panneaux pour la production en hiver, et en matinée et soirée, contrairement à ce qu’ils font actuellement sous l’influence du prix constant sur l’année.



Dans son article du 12 octobre 2015, le quotidien « Les Echos », sous la plume d’Anne Feitz, nous annonce que « le solaire photovoltaïque devient compétitif en France ». Cette annonce de première importance mérite une analyse.

Saluons sans arrière-pensée la baisse de prix très importante qui aboutit à pouvoir vendre au prix contractuel garanti de 70 €/MWh pour les nouveaux contrats de plusieurs centaines de MW.  Elle nous amène à ajouter cet élément (entouré en rouge, à droite) sur notre tableau ci-dessous, établi en 2013, de comparaison des filières : le progrès est spectaculaire.



Ce tableau montre non seulement le coût du MWh par filière en ordonnées logarithmiques, mais aussi sa disponibilité en abscisses. Le problème de la production électrique n’est nullement de produire une certaine quantité sur l’année pour satisfaire la demande, mais bien de satisfaire cette demande à chaque instant tout au long de l’année.

La concurrence entre filières ne s’exerce donc pas sur des prix moyens, mais sur les prix instantanés, d’autant plus élevés que la demande est forte et nécessite ainsi de mobiliser des moyens plus coûteux, notamment énergies fossiles. Examinons sous cet angle cette nouvelle compétitivité…

Dans les pays du sud non producteurs de pétrole :
  • L’ensoleillement supérieur, la nébulosité inférieure et la latitude plus basse permettent une production supérieure, et moins fluctuante sur l’année, pour le même investissement, donc un prix encore plus bas.
  • Les filières nucléaire et hydraulique sont généralement inexistantes.
  • Les pointes de consommation dues aux climatisations sont en journée et surtout en été.
  • La filière photovoltaïque est compétitive par rapport à du pétrole importé
Malgré la variabilité de la production solaire, et parce qu’elle est plus ou moins en phase avec la consommation, cette filière permet une réduction des émissions de CO2 et une économie de combustibles fossiles. C’est l’application idéale. Le recours aux énergies fossiles restera nécessaire pour assurer la production de nuit, et plus encore en soirée, mais elles pourraient devenir minoritaires.

Dans les pays pétroliers tels qu’Emirats et Arabie Saoudite, bénéficiant  d’un prix d’extraction de l'ordre de 10% à 20% du prix de marché actuel, le solaire n’est jamais compétitif, sauf si le pays concerné considère le manque à gagner à l’exportation plutôt que le coût d’extraction. Il rejoint alors le cas précédent. Cette dernière approche les amène aussi à envisager aussi du nucléaire.

Mais la situation de la France, avec ses 43° à 50° de latitude nord et ses 92% d’électricité décarbonée, est fortement différente :
  • La production solaire est contra-cyclique: forte  à la mi-journée et en été, faible en hiver, nulle la nuit, alors que la consommation est faible en été, forte en hiver, avec des pointes au début ou à la fin des longues nuits hivernales.
  • Malgré cela, le tarif contractuel constant de rachat de l’électricité solaire incite les producteurs à choisir une faible inclinaison des panneaux pour optimiser la production estivale prépondérante, au détriment de la production hivernale beaucoup plus faible.
  • Malgré ses progrès spectaculaires, la filière solaire n’est devenue compétitive que par rapport à l’éolien et au fioul (tableau ci-dessus).
  • Sa « compétitivité » n’est donc réelle que lorsque :
    • Le nucléaire est saturé
    • L’hydraulique aussi
    • Les centrales à gaz et à charbon aussi
Une telle occurrence est rare, de l’ordre de 10% du temps au plan national. Elle peut être plus fréquente dans les régions dépourvues de centrale nucléaire (Bretagne et PACA). Mais ces occurrences sont presque toujours en hiver et de nuit…


Autrement dit, si une centrale solaire devait écouler sa production photovoltaïque à 70 €/MWh sur un marché parfaitement concurrentiel, elle ne serait capable de vendre qu’aux moments où elle ne peut pas produire !

Le stockage, déjà largement traité dans notre blog, est toujours un facteur d’augmentation important des coûts, en raison de son propre coût, toujours élevé en dehors des STEPs, et de son rendement, toujours inférieur à 100%. Il n’est donc pas de nature à améliorer une compétitivité insuffisante.

Bien entendu, dans les faits, la réglementation impose aux opérateurs de réseau d’absorber prioritairement les productions éoliennes et solaires au prix contractuel. Elle assure ainsi la viabilité de ces filières, et répercute les surcoûts à l’abonné par la CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité), au détriment de sa compétitivité ou de son pouvoir d’achat.

Il n’est pas pour autant absurde de vouloir aider une filière nouvelle. Mais il faudrait le faire en se rapprochant des conditions réelles de marché, en supprimant le prix forfaitaire du rachat obligatoire actuellement en vigueur, et en le remplaçant par un abondement par rapport au prix de marché : le producteur solaire reçoit en sus de sa facturation au prix de marché, un abondement égal, par exemple, à 50% de sa facturation, mais ne bénéficierait plus de la garantie d’écoulement.

Le niveau de l’abondement pourrait être ajusté pour que sa charge ne soit pas supérieure à celle du tarif garanti, et aboutisse donc à la même CSPE. Il aurait l’énorme avantage de faire prendre en compte le moment de la production, ce qui amènerait des progrès dans la disposition des panneaux :
  • Panneaux plus inclinés pour privilégier l’hiver (prix de marché plus élevé) par rapport à l’été
  • Panneaux pivotants sur un axe incliné de 45° (latitude) pour suivre le soleil en journée, et augmenter ainsi les productions matinale et vespérale, pour la même raison.




samedi 1 février 2014

Volants d'inertie


 Table des matières du blog www.8-e.fr

Historique

Ils constituent une forme très ancienne et très répandue de stockage de l’énergie. Ils ont  été utilisés sur les tours de potiers depuis l’antiquité, et chaque moteur thermique en comporte au moins un :




Ils ont pour objet de stocker l’énergie mécanique sous forme d’énergie cinétique en rotation quand ils accélèrent, et de restituer cette énergie quand ils ralentissent. Dans la plupart des applications, et notamment pour les moteurs thermiques, leur objet est de régulariser cette rotation malgré les variations périodiques ou aléatoires du couple moteur et/ou du couple résistant. Les transferts d’énergie sont très fréquents et de faible amplitude : ainsi, pour un moteur 4 cylindres 4 temps, soit 2 explosions par tour, tournant à 3 000 t/min, la période de charge / décharge du volant est de 10 millisecondes. Le « stockage » est donc très bref.

Il est aussi utilisé à grande échelle dans les jouets, pour deux applications principales : les petites voitures appelées à tort « à friction », et les toupies. Ces dernières existent aussi sous une forme plus élaborée, dite gyroscope, aux propriétés déconcertantes, quoique parfaitement modélisées par la Mécanique rationnelle, parfois utiles (guidage inertiel), parfois indésirables (couple de précession, dite « effet gyroscope ») :






Principe de fonctionnement d’une unité de stockage

Le volant d’inertie comporte sur son axe une machine électrique réversible.
  • Pendant l’entrée en stock, la machine fonctionne en moteur : elle consomme l’énergie électrique du réseau et la transforme en énergie cinétique par accélération du volant jusqu’à sa vitesse maximum.
  • En stockage, la machine n’exerce aucun couple. Le volant tourne à vitesse constante, aux dissipations près.
  • Pour la restitution, la machine fonctionne en génératrice qui ralentit le volant et transforme son énergie cinétique en énergie électrique restituée au réseau.

La puissance d’entrée, souvent, mais pas nécessairement, égale à la puissance de restitution, est celle de la machine électrique avec son électronique de commande à vitesse variable. Les rendements sont très bons.

Théorie des volants d’inertie

Cylindre creux mince (r >> Δr)

Il est facile (formules établies par l’auteur) de modéliser un volant d’inertie réalisé sous forme d’un cylindre creux de rayon moyen r et de faible épaisseur Δr, avec les notations usuelles (unités ISO) :
  • Volume : v = π r Δr h
  • Masse : m = ρ v
  • Moment d’inertie : J = m r2 = ρ v r2
  • Vitesse périphérique : vp = r ω
  • Nombre de Mach en périphérie : M  = vp/c = r ω/c
  • Energie cinétique : E = J ω2/2 = ρ r2 ω2 v/2  
  • Contrainte de traction tangentielle : σ = ρ r2 ω2
  • En éliminant ρ r2 ωentre les 2 lignes précédentes : E / v  = 0,5 σ
  • On note aussi que, en éliminant (ω r), la vitesse périphérique peut s’écrire : vp = (σ/ρ)1/2 

Il s’en suit que l’énergie cinétique stockée par unité de volume est égale à la contrainte, à un coefficient k près appelé coefficient de forme, ici égal à 0,5. Ce résultat, selon lequel l’énergie volumique ne dépend pas de la masse volumique, ni des dimensions du cylindre, mais seulement de la contrainte maximum, peut apparaître surprenant. Ce paradoxe s’explique par le fait qu’à contrainte égale, un cylindre léger pourra tourner plus vite, et emmagasiner finalement la même énergie. L’intérêt des matériaux légers n’est toutefois pas aussi élevé qu’on pourrait le penser, car ils sont aussi généralement moins résistants…

Il en résulte aussi que la vitesse périphérique ne dépend que du matériau caractérisé par sa résistance pratique et par sa masse volumique, et est indépendante des dimensions du cylindre. Ceci traduit le fait qu’un cylindre plus gros devra tourner (vitesse angulaire) plus lentement.

On notera que dans un cylindre mince, les contraintes sont uniquement tangentielles, les contraintes radiales étant pratiquement nulles.

Pour un cylindre creux épais et isotrope (métal par exemple)

La rotation rapide d’un cylindre creux épais crée un champ de contraintes de symétrie axiale, donc uniquement fonction du rayon courant r, avec rm ≤ r ≤ rM , selon deux composantes radiales et tangentielles σr et  σt .
On trouvera en annexe à la fin du message, le calcul complet d’un cylindre dans le cas général, avec prise en compte du coefficient de Poisson (qui caractérise la striction sous contrainte de traction).
Le passage d’un cylindre mince à un cylindre épais présente :
  • Un inconvénient en ceci que le rapport J/m (Moment d’inertie / Masse) est un peu moins favorable, car la matière située loin de la périphérie a une vitesse linéaire plus faible et stocke donc moins d’énergie cinétique.
  • Un avantage dans le champ de contrainte : les contraintes radiales aboutissent à réduire les contraintes tangentielles de la périphérie en augmentant celles des plus petits rayons, avec une répartition plus favorable du champ de contraintes qui autorise ainsi une vitesse angulaire légèrement supérieure. Ceci compense en partie l’inconvénient précédent.


Les graphiques ci-dessous donnent les contraintes radiales et tangentielles dans un cylindre en acier de un mètre de diamètre. En gris, les contraintes tangentielles s’il n’y avait pas de contrainte radiale, par exemple en raison d’une structure anisotrope telles qu’un enroulement d’une fibre synthétique unidirectionnelle très peu élastique enrobée de résine beaucoup plus élastique. On constate sans étonnement que quand rm se rapproche de rM, les contraintes radiales se réduisent, pendant que les contraintes tangentielles deviennent prépondérantes et tendent vers la valeur limite de l’anneau mince. Les graphiques correspondent respectivement à rm = 0,20 et rM = 0,50




Ces éléments aboutissent à un coefficient de forme k inférieur à 0,5 et à une vitesse angulaire légèrement augmentée quand le ratio rm /rM diminue, selon le graphique suivant :



Il existe un modèle de volant d'inertie en forme de disque épais au centre et s’amincissant en fonction de la croissance du rayon, dit « disque iso-contrainte », dont le coefficient de forme est de 1. Mais son intérêt est surtout théorique, car il a quelques  défauts :
  • Son rayon est infini…, ce qui oblige à le limiter, et ainsi, il n’est plus iso-contrainte !
  • Son moyeu large entouré d’un disque mince est plus encombrant qu’un cylindre
  • Sa surface, élevée par rapport à son volume, est génératrice de pertes aérodynamiques importantes qui interdisent l’usage hors d’une enceinte vide d’air.
  • Contrairement à un cylindre creux, sa motorisation ne peut pas être placée à l’intérieur du disque.
Le cylindre épais se différentie du modèle du cylindre mince par :
  • Le coefficient de forme reliant l’énergie volumique à la contrainte maximum est un peu inférieur à 0,5
  • La vitesse linéaire périphérique est un peu supérieure
  • Mais, à une petite approximation près, les principes surlignés en bleu et jaune demeurent valides.

 Choix du matériau du volant

Le tableau ci-dessous donne six matériaux typiques, dont trois métalliques et trois composites, classés par masse volumique décroissante. En raison de leurs coûts, ceux mentionnés en rouge sont a priori peu envisageables dans des applications de stockage de masse.
La littérature donne souvent, selon les sources, des valeurs très dispersés des contraintes maximum de travail effectif par matériau. Les valeurs ci-dessous sont plutôt prudentes. Celles des composites viennent du fabricant Hexcel et sont relatives à des pré-imprégnés unidirectionnels. Les énergies volumique et massique sont basées sur un coefficient de forme k = 0,5.

Matériaux
Masse volumique
Contrainte maxi réelle
Energie volumique
Energie massique
Vitesse périphérique
Kg/m3
MP
Kwh/m3
Kwh/tonne
Nbr de Mach
Acier dur
7 800
700
97
12
0,9
Alliage alumin. HR
2 800
400
56
20
1,1
Titane
4 400
600
83
19
1,1
Verre Epoxy UD
2 000
400
56
28
1,3
Carbone HR UD
1 500
800
111
74
2,1
Aramide Epoxy UD
1 400
400
56
40
1,6

Une batterie de 10 à 20 volants de 1 m3 chacun est donc capable de stocker 1 Mwh, ce qui reste modeste à l’échelle d’un réseau, mais envisageable. Ce stockage est peu volumineux. Pour la même capacité, une STEP de 1 000 mètres de dénivellation (ce qui est déjà beaucoup) doit stocker 360 m3, soit 18 à 36 fois plus. Mais la STEP stocke de l’eau gratuite dans un lac en partie naturel, sans mécanique sophistiquée…

Comme disent les américains : « Devil is in the details »

Les principes simples des volants d’inertie s’accompagnent de nombreuses contraintes de conception :
  • Faire tourner à grande vitesse un volant d’inertie soumis à des contraintes élevées, avec une marge de sécurité réduite, impose de prendre en compte le risque d’éclatement du volant.  Pour cantonner ce risque à des dégâts matériels limités à cette seule unité, il y a lieu de placer le volant dans une enceinte de haute résilience (comme en nucléaire !) capable d’absorber l’énergie cinétique du volant, et de l’enterrer. Ci-dessous : crash d’un volant.

  • Selon son matériau, la vitesse périphérique du volant peut atteindre ou dépasser largement la vitesse du son dans l’air, ce qui engendre des turbulences importantes, c’est à dire une dissipation d’énergie sous forme aérodynamique, et finalement thermique, qui entraîne un ralentissement du volant. Pour éviter totalement cette dissipation, la seule solution est de faire un vide assez poussé dans l’enceinte de sécurité.
  • Afin d’éviter les fuites, les frottements et l’usure propres à des joints d’étanchéité, il sera souhaitable de placer dans la même enceinte vide :
    • Les paliers du volant
    • Le moteur, ou au moins son rotor, l’étanchéité pouvant être faite dans son entrefer, selon sa conception.
  • Ces paliers doivent supporter une charge lourde en rotation très rapide, et ce, avec une longue durée de vie. On pourrait penser à un axe vertical, avec une butée inférieure plate hydrodynamique, centrée par des roulements à billes ou à rouleaux. Mais ces solutions sont à éliminer, car elles nécessitent une lubrification incompatible avec le vide requis. Il faut recourir à des paliers magnétiques actifs, complexes, coûteux et consommateurs d’énergie…
  • La machine électrique conditionne les puissances d’entrée et de sortie de l’unité, ainsi que son rendement, ce qui est classique. Mais son rotor est placé dans le vide. Il s’en suit qu’il ne pourra dissiper ses pertes thermiques que par rayonnement, la convection étant nulle dans le vide, et la conduction impossible en l’absence de contacts. Il y aura donc lieu d’utiliser une machine de type synchrone, dans laquelle les champs magnétiques vus du rotor sont fixes (pas de pertes fer), et à aimants permanents, ou avec un flux d’excitation issu de l’extérieur via un entrefer supplémentaire (pas de pertes cuivre).
  • L’électronique de commande, extérieure à l’enceinte, devra être « réversible, 2 quadrants », c’est-à-dire un seul sens de rotation, mais couple positif ou négatif, et ce à vitesse variable, ce qui a un coût, mais ne pose pas de problème particulier.
  • Citons un problème qui aurait pu se poser, mais qui est en fait à peine perceptible : l’effet gyroscope résultant de la rotation terrestre. En effet :
    • Le calcul montre que pour une énergie cinétique de 100 Kwh, et dans le cas le plus défavorable (axe perpendiculaire à celui de la terre), le couple de précession exercé sur les paliers n’excède pas 80 Nm, ce qui est négligeable.
    • On pourrait aussi installer les volants avec leur axe parallèle à celui de la terre (soit inclinés  de 45° vers le nord sous nos latitudes) pour qu’il n’y ait pas de précession, mais ce serait une contrainte supplémentaire inutile.
    • Mais dans d’autres applications, telles les véhicules susceptibles de rotations rapides selon chacun des 3 axes (tangage, roulis, lacet), ce problème serait bien réel !

  Conclusion

Les volants d’inertie constituent un moyen de stocker l’énergie électrique avec des avantages certains:
  • Excellent rendement d’entrée et de restitution.
  • Pas de contrainte géographique, contrairement aux STEPs.
  • Capacité inégalable à entrer en service instantanément.
  • Très faible dissipation d’énergie dans une enceinte vide d’air, donc très bon rendement de stockage.
  • Energie volumique et massique compétitive.
  • Puissance massique très compétitive.
  • Longue durée de vie.
Ils ont aussi quelques inconvénients :
  • Les complications liées à leur fonctionnement dans une enceinte blindée et vide d’air, entraînent des technologies sophistiquées.
  • Prix très élevé résultant de ces technologies, et encore plus si l’on recourt à des matériaux légers et résistants tels que fibre de carbone HR ou titane permettant d’améliorer leurs performances.
  • Peu adaptés à un stockage de masse.
Pratiquement, on trouve actuellement ce type de stockage dans deux types d’applications :
  • Des groupes électrogènes de secours instantanés, plus performants que des batteries d’accumulateurs électriques, capables de se substituer instantanément à un réseau défaillant pour des utilisations sensibles. Ci-dessous, une baie Socomec de 200 Kw, mais seulement 1 Kwh, soit une autonomie de 18 secondes, en transition vers des batteries ou un groupe électrogène thermique.
  • Des batteries de volants liées au réseau pour compenser les fluctuations rapides de la consommation afin d’améliorer la qualité de ce réseau en tension et en fréquence, avec un objet similaire à celui du volant d’inertie d’un moteur thermique. Ci-dessous batterie de 200 volants de 100 kw, soit 20 Mw installée près de New-York par Beacon Power. La capacité n’est pas donnée, probablement assez courte pour ce type d’application.





Prospective

Au vu de ce qui précède, et dans l’hypothèse où, dans un futur lointain, un stockage, même à prix élevé, était rendu indispensable par un développement important des énergies renouvelables fatales au détriment du thermique et du nucléaire, il y aurait peut-être une solution à un stockage de masse en faisant appel aux techniques suivantes :
  • Volants d’inertie en acier dur, lourds, d’inertie très élevée, montés sur des butées et roulements à rouleaux (poids) et à billes (centrage axial) conventionnels,
  • Enceinte en légère surpression par rapport à l'atmosphère, remplie d’hydrogène ou de l’hélium, gaz légers réduisant les pertes aérodynamiques qui sont proportionnelles à la masse volumique. Les étanchéités sont ainsi simplifiées, les pertes sont réduites, la machine électrique peut être dans ou en dehors de l’enceinte. L'hydrogène (H2=2) présente la meilleure diffusivité thermique, donc le meilleur refroidissement de la machine électrique si elle est dans l'enceinte. Il est couramment utilisée dans les gros alternateurs de réseaux. L'hélium (He=4) est monoatomique, d'où l'avantage d'un "gamma"(=Cp/Cv) plus élevé, d'où un célérité du son plus élevée de 9%. Le choix reste à faire...
  • Effet d’échelle : la capacité énergétique est proportionnelle au volume, alors que les pertes aérodynamiques (à vitesse linéaire constante, ce qui est le cas), ne sont proportionnelles qu’à la surface, c’est-à-dire à la puissance 2/3 du volume : un doublement des dimensions réduit le taux de pertes de 20%.
 Mais seule une étude beaucoup plus poussée que le présent message permettrait de valider ces idées de l’auteur et de conclure.

Annexe : Calcul d’un volant d’inertie en forme de cylindre creux épais (cas général) :

Les formules des contraintes radiales et tangentielles en fonction du rayon sont tirées d’un cours de résistance des matériaux de l’ensmp. http://mms2.ensmp.fr/mmc_paris/annales/corrige2006.pdf


Paramètre
Symbole / Formule
Unité
Dimension
ISO
Géométrie
Rayon maximum
rM
m
L
0,50
Rayons courants
r9


0,47
r8


0,44
r7


0,41
r6


0,38
r5


0,35
r4


0,32
r3


0,29
r2


0,26
r1


0,23
Rayon minimum
rm
m
L
0,20
Hauteur
h
m
L
1,00
Volume
v = π (rM²- rm²) h
m3
L3
0,660
Matériau
Masse volumique
ρ
kg/m3
M L-3
7 800
Résistance pratique
σM
Mp
M L-1 T-2
700
Coefficient de Poisson
ν
Nombre
1
0,33
Dynamique
Masse
m = ρ v
kg
5 145,9
Moment d'inertie
J = ρ v (rM2 + rm2)/2
kg m2
M L2
746,2
Vitesse angulaire
ω
rad/sec
T-1
646,4


t/min

6 172,7
Energie cinétique
E = J ω2/2 =  ρ v (rM2 + rm2)/4
Mj
M L2 T-2
155,9


Kwh

43,3
Contraintes
Contrainte radiale maxi
σr = - ρω2(3+ν)(r2-rM2) (r2-rm2) /(8 r2)
Mp
M L-1 T-2
122,0
Contrainte tangentielle maxi
σt = ρr2ω2[(3+ν)[rM2 rm2/r4 + (rM2 + rm2)/r2]- (1+3ν)]/8
Mp
M L-1 T-2
700,1
Contrainte résultante maxi
σM = (σr2 + σt2)1/2
Mp
M L-1 T-3
700,1
Coefficient de forme
k = E / v σM
Nombre
1
0,337
Aérodyn.
Vitesse périphérique
vp = rM ω
m/sec
L T-1
323,2
Célérité du son à 20°C
c
m/sec
LT-1
343,1
Nombre de Mach
M 
Nombre
1
0,94
Gyro.
Vitesse de précession
Ωp
rad/sec
T-1
7,3E-05
Couple sur le gyroscope
τ = J Ωp ^ ω
N^m
M L2 T-2
35,1