vendredi 6 novembre 2015

Remplacement du charbon par le gaz

Table des matières du blog www.8-e.fr

Sous la plume d’Anne Feitz, le quotidien « Les Echos » nous annonce une bonne nouvelle, que cependant il sous-estime : le remplacement en cours du charbon par le gaz.

Notons d’abord qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que nos trois grands énergéticiens, EDF, GDF-Suez devenu ENGIE, et TOTAL cherchent à remplacer le pétrole par le gaz : aucun des trois n’est actif dans la production de charbon, tous ont le charbon comme concurrent « low cost », EDF exploite des centrales électrothermiques au charbon mais ne voit aucun inconvénient à lui substituer du gaz, ENGIE a le gaz pour métier principal, et donc tout intérêt à demander le relèvement du prix du carbone émis, afin de réduire la compétitivité du charbon.

Pour ne pas être désintéressée, leur position est néanmoins réellement écologique, même si ce n’est peut-être pas leur motivation première. La convergence entre l’économie et l’écologie est très importante, car elle permet de faire plus, plus vite et pour moins cher : c’est la première bonne nouvelle, même si elle n’est pas vraiment nouvelle.

Quand la journaliste écrit que « une tonne de charbon consommée émet 3,5 tonnes de CO2, contre 2,3 pour le gaz et 2,7 pour le pétrole », son appréciation, quoique exacte et favorable, laisse croire que le gain en émissions de CO2 n’est que de :
  • 1 – 2,7 / 3,5 = 23% pour le pétrole.
  • 1 – 2,3 / 3,5 = 34% pour le gaz
Ses comparaisons sont effectuées à masse primaire constante, alors qu’elles devraient être effectuées à énergie calorifique constante, à savoir, typiquement :
  • Charbon :            25 MJ/Kg
  • Pétrole :              42 MJ/Kg
  • Gaz naturel :      50 MJ/Kg
Nous  introduisons dans le tableau comparatif ci-dessous :
  • Colonne 2 : les émissions de CO2 par masse de combustible (Source « Enerdata » citée par Les Echos)
  • Colonne 3 : l’énergie calorifique (enthalpie) des différents combustibles
  • D’où en colonne 4 l’énergie calorifique obtenue par Kg de CO2 émis, et en colonne 5 leur comparaison, charbon base 100%. Le gaz émet presque 3 fois moins que le charbon pour les applications thermiques !
  • En colonne 6, le rendement (selon Carnot Clausius) de la conversion de l’énergie thermique en énergie électrique, la ligne gaz étant relative à une centrale à gaz à cycle combiné, ce qui est le cas de toutes les centrales récentes, mais pas de toutes les centrales existantes en France.
  • D’où, en colonne 7, l’énergie électrique obtenue par Kg de CO2 émis.
  • Et en colonne 8, la comparaison, toujours charbon base 100%. Le gaz émet presque 4 fois moins que le charbon pour les applications électrothermiques !





Energie thermique
Energie électrothermique
Combustible
CO2 Kg/Kg
EnergieMJ/Kg
MJ/ Kg de CO2
Comparais. émiss. CO2
Rendemt. conversion
MJ/Kg de CO2
Comparais. émiss. CO2
Charbon
3,5
25
7,1
100%
45%
3,2
100%
Pétrole
2,7
44
16,3
44%
45%
7,3
44%
Gaz naturel
2,3
50
21,7
34%
58%
12,6
26%

En termes d’émissions de CO2, le passage au gaz est une amélioration énorme  par rapport au charbon, et très significative par rapport au pétrole, dans toutes les applications thermiques, et plus encore dans les centrales électrothermiques au gaz.

     Centrale à gaz à cycle combiné –Photo Engie
 

Ces dernières ont des avantages propres :
  • Beaucoup moins chères que des centrales nucléaires, beaucoup plus vite construites, beaucoup moins contestées, ayant une trace carbone d’investissement limitée, elles ont aussi très peu d’inertie, avec une capacité à passer de 0 à 100% en quelques minutes, et une disponibilité totale, 24 heures par jour, 365 jours par an. Ce sont les centrales de pointes idéales, et sont tout à la fois capable de produire en continu.
  • Plus souples, capables de travailler à puissance réduite, elles les complètent très bien les centrales nucléaires qui doivent éviter les puissances réduites (usure hétérogène des barres de combustible) et dont les variations de puissance sont lentes.
  • En outre, elles complètent bien les énergies « fatales » qui produisent de façon aléatoire (éolienne, marémotrice, hydraulique au fil de l’eau), voire contra-cyclique (photovoltaïque). Elles sont préférables aux solutions de stockage envisagées à tort pour stocker les énergies vertes, solutions toutes très coûteuses et souvent de médiocre rendement (avec l’exception notables des STEPS, stations hydrauliques de haute chute, malheureusement limitées par la géographie).
Comme toutes solutions industrielles, elles ont aussi leurs contraintes et leurs limites :
  • Raccordement indispensable à un réseau gaz de gros débit, mais il est plus simple de transporter de l’énergie sous forme du gaz (par gazoduc) que sous forme électrique (par lignes THT).
  • Proximité d’un fleuve ou de la mer pour le refroidissement des condenseurs, comme toute autre centrale électrothermique ou électronucléaire.
  • Les hauts-fourneaux ne peuvent se passer de coke sidérurgique, obtenu par distillation du charbon, pour produire la fonte, base de l’acier, selon un procédé très émetteur de CO2, mais pour l’instant irremplaçable.
Pour réduire vite et fortement les émissions de CO2, elles constituent la solution la plus efficace, la plus rapide à mettre en œuvre, et la moins chère.

Pour faciliter cette transition énergétique, nul besoin de lourdes subventions ciblées qui faussent la libre concurrence, jettent un doute sur la validité économique des solutions subventionnées, et sont à la charge du contribuable. Non, ici il suffit de réduire les droits d’émissions de CO2 négociables pour faire remonter leur cours d’échange à au moins 30 à 35 €/tonne pour commencer, à augmenter très progressivement, au profit du budget de l’Etat, lequel devrait réduire d’autant la TVA, impôt neutre par excellence, s’il n’était pas aussi impécunieux.

La sagesse populaire l’exprime dans le proverbe :

Le MIEUX (zéro émission des énergies vertes à prix élevé dans un avenir lointain) est parfois l’ennemi du BIEN (gaz = 3 à 4 fois moins d’émissions facilement et à court terme).

samedi 17 octobre 2015

Electricité solaire compétitive ?




Résumé :

Le prix garanti de 70 €/MWh annoncé pour les futures centrales solaires de forte puissance (plusieurs centaines de MW) est compétitif par rapport au fioul, mais reste supérieur au nucléaire, au charbon et au gaz. Le prix de marché, très fluctuant selon la demande et les moyens disponibles, n’est supérieur aux 70 €/MWh que lors de pointes de consommation qui se produisent généralement en hiver et en soirée, c’est-à-dire quand la filière solaire ne produit pas !

Le prix garanti fixe accompagné de l'obligation de rachat par les opérateurs de réseau permet aux producteurs de se désintéresser complètement du prix de marché, et d'optimiser leurs installations selon leur propre intérêt, c'est à dire de maximiser la production, fût-elle en été. Cet effet pervers est finalement à la charge du consommateur via la CSPE. Pour aider une filière non encore mature, il serait grandement préférable de remplacer ces avantages actuels par un simple  abondement x%, par exemple 50%, sur le prix facturé. Ceci rétablirait, sans charge publique supplémentaire, le lien entre demande et prix de marché, et inciterait ainsi les producteurs à optimiser leurs panneaux pour la production en hiver, et en matinée et soirée, contrairement à ce qu’ils font actuellement sous l’influence du prix constant sur l’année.



Dans son article du 12 octobre 2015, le quotidien « Les Echos », sous la plume d’Anne Feitz, nous annonce que « le solaire photovoltaïque devient compétitif en France ». Cette annonce de première importance mérite une analyse.

Saluons sans arrière-pensée la baisse de prix très importante qui aboutit à pouvoir vendre au prix contractuel garanti de 70 €/MWh pour les nouveaux contrats de plusieurs centaines de MW.  Elle nous amène à ajouter cet élément (entouré en rouge, à droite) sur notre tableau ci-dessous, établi en 2013, de comparaison des filières : le progrès est spectaculaire.



Ce tableau montre non seulement le coût du MWh par filière en ordonnées logarithmiques, mais aussi sa disponibilité en abscisses. Le problème de la production électrique n’est nullement de produire une certaine quantité sur l’année pour satisfaire la demande, mais bien de satisfaire cette demande à chaque instant tout au long de l’année.

La concurrence entre filières ne s’exerce donc pas sur des prix moyens, mais sur les prix instantanés, d’autant plus élevés que la demande est forte et nécessite ainsi de mobiliser des moyens plus coûteux, notamment énergies fossiles. Examinons sous cet angle cette nouvelle compétitivité…

Dans les pays du sud non producteurs de pétrole :
  • L’ensoleillement supérieur, la nébulosité inférieure et la latitude plus basse permettent une production supérieure, et moins fluctuante sur l’année, pour le même investissement, donc un prix encore plus bas.
  • Les filières nucléaire et hydraulique sont généralement inexistantes.
  • Les pointes de consommation dues aux climatisations sont en journée et surtout en été.
  • La filière photovoltaïque est compétitive par rapport à du pétrole importé
Malgré la variabilité de la production solaire, et parce qu’elle est plus ou moins en phase avec la consommation, cette filière permet une réduction des émissions de CO2 et une économie de combustibles fossiles. C’est l’application idéale. Le recours aux énergies fossiles restera nécessaire pour assurer la production de nuit, et plus encore en soirée, mais elles pourraient devenir minoritaires.

Dans les pays pétroliers tels qu’Emirats et Arabie Saoudite, bénéficiant  d’un prix d’extraction de l'ordre de 10% à 20% du prix de marché actuel, le solaire n’est jamais compétitif, sauf si le pays concerné considère le manque à gagner à l’exportation plutôt que le coût d’extraction. Il rejoint alors le cas précédent. Cette dernière approche les amène aussi à envisager aussi du nucléaire.

Mais la situation de la France, avec ses 43° à 50° de latitude nord et ses 92% d’électricité décarbonée, est fortement différente :
  • La production solaire est contra-cyclique: forte  à la mi-journée et en été, faible en hiver, nulle la nuit, alors que la consommation est faible en été, forte en hiver, avec des pointes au début ou à la fin des longues nuits hivernales.
  • Malgré cela, le tarif contractuel constant de rachat de l’électricité solaire incite les producteurs à choisir une faible inclinaison des panneaux pour optimiser la production estivale prépondérante, au détriment de la production hivernale beaucoup plus faible.
  • Malgré ses progrès spectaculaires, la filière solaire n’est devenue compétitive que par rapport à l’éolien et au fioul (tableau ci-dessus).
  • Sa « compétitivité » n’est donc réelle que lorsque :
    • Le nucléaire est saturé
    • L’hydraulique aussi
    • Les centrales à gaz et à charbon aussi
Une telle occurrence est rare, de l’ordre de 10% du temps au plan national. Elle peut être plus fréquente dans les régions dépourvues de centrale nucléaire (Bretagne et PACA). Mais ces occurrences sont presque toujours en hiver et de nuit…


Autrement dit, si une centrale solaire devait écouler sa production photovoltaïque à 70 €/MWh sur un marché parfaitement concurrentiel, elle ne serait capable de vendre qu’aux moments où elle ne peut pas produire !

Le stockage, déjà largement traité dans notre blog, est toujours un facteur d’augmentation important des coûts, en raison de son propre coût, toujours élevé en dehors des STEPs, et de son rendement, toujours inférieur à 100%. Il n’est donc pas de nature à améliorer une compétitivité insuffisante.

Bien entendu, dans les faits, la réglementation impose aux opérateurs de réseau d’absorber prioritairement les productions éoliennes et solaires au prix contractuel. Elle assure ainsi la viabilité de ces filières, et répercute les surcoûts à l’abonné par la CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité), au détriment de sa compétitivité ou de son pouvoir d’achat.

Il n’est pas pour autant absurde de vouloir aider une filière nouvelle. Mais il faudrait le faire en se rapprochant des conditions réelles de marché, en supprimant le prix forfaitaire du rachat obligatoire actuellement en vigueur, et en le remplaçant par un abondement par rapport au prix de marché : le producteur solaire reçoit en sus de sa facturation au prix de marché, un abondement égal, par exemple, à 50% de sa facturation, mais ne bénéficierait plus de la garantie d’écoulement.

Le niveau de l’abondement pourrait être ajusté pour que sa charge ne soit pas supérieure à celle du tarif garanti, et aboutisse donc à la même CSPE. Il aurait l’énorme avantage de faire prendre en compte le moment de la production, ce qui amènerait des progrès dans la disposition des panneaux :
  • Panneaux plus inclinés pour privilégier l’hiver (prix de marché plus élevé) par rapport à l’été
  • Panneaux pivotants sur un axe incliné de 45° (latitude) pour suivre le soleil en journée, et augmenter ainsi les productions matinale et vespérale, pour la même raison.




jeudi 8 octobre 2015

2015 : La sécurité routière en question?



Résumé

Les chiffres 2015 du nombre de décès par accidents de la route en France, en croissance de 3% par rapport à 2014, sont présentés comme alarmants, et justifiant une répression accrue des excès de vitesse. En réalité, cette augmentation incontestable résulte probablement d'une augmentation du trafic estimée à 7%, résultant elle-même d'une baisse de 15% du prix des carburants. Le nombre de décès par milliard de kilomètres a donc probablement baissé d'environ 7% - 3% = 4%. 

Rien ne permet d'affirmer que la division par 2 de la baisse des décès depuis l'apparition des radars soit due à ces derniers. Inversement, la réduction à peu près constante (5,7%) du nombre de décès par millard de kilomètres depuis 40 ans ne permet pas d'affirmer que les radars n'ont servi à rien. On ne saura jamais quel est l'impact d'une amélioration donnée, car elle est toujours simultanée avec un grand nombre d'autres améliorations, relatives au comportement des conducteurs, aux infrastructures routières et aux véhicules.

L'amélioration de la sécurité routière doit être poursuivie, mais les arguments fallacieux sont à proscrire.

2015 : La sécurité routière en question?

Des informations alarmantes

Jeudi dernier 1er octobre, notre Premier Ministre Manuel Valls a fait une déclaration télévisée selon laquelle, sur les neuf premiers mois de l’année 2015, le nombre de décès par accidents de la route avait augmenté de 3% par rapport à l’année précédente, et qu’en conséquence la répression des excès de vitesse serait lourdement accrue, notamment par augmentation du nombre de radars et installations de leurres (radars fictifs), afin de faire baisser le nombre d’accidents.

Dans le plan suivant, le commentateur mentionnait que depuis l’installation de premiers radars routiers, le nombre de décès a été divisé par deux.

En politique, les choses les plus simples sont celles qui passent le mieux. Donc, la messe est dite…

Vraiment ?
Une analyse un peu plus détaillée est-elle superflue ?
Essayons !

Notre analyse du 18 mars dernier montre qu’à trafic constant, depuis 40 ans, le nombre de décès baisse en moyenne de 5,7% par an (modèle exponentiel) avec une régularité remarquable selon les courbes ci-dessous :



Les deux erreurs antagonistes

Les radars ont été introduits  en 2003, soit depuis 12 ans. La baisse significative des décès sur cette période est donc de (1+5,7%)12 = 1,95. Formellement, le chiffre du commentateur de la télévision est donc exact. Mais, contrairement à ce que laisse entendre ce commentateur, il ne traduit aucune causalité, car les causes de cette baisse sont très nombreuses et variées.

Les associations de défense  des usagers font remarquer que l’introduction des radars n’a introduit aucune discontinuité significative dans la courbe de baisse des décès par accidents de la route, et qu’ils n’ont donc servi à rien. Ce faisant, ils font exactement la même erreur que le commentateur, mais dans l’autre sens : la dérivée (pente) est à peu près constante, mais ceci ne prouve nullement que les radars n’aient pas contribué à cette décroissance régulière.

Alors, qu’en est-il ?

Qualitativement, les radars ont probablement contribué à maintenir la baisse régulière du nombre d’accidents, qui aurait sans doute été moins rapide sans eux, mais qui se serait néanmoins poursuivie pour un grand nombre de raisons listées dans ce blog, qui se classent dans trois larges familles :
  • Le comportement des conducteurs
  • L’infrastructure routière
  • Les véhicules


Toutes sont importantes. Malheureusement, au plan scientifique, quand un résultat (le nombre annuel de décès) dépend d’un très grand nombre de variables (les innombrables facteurs d’amélioration de chacune de ces familles), il est absolument impossible de déterminer quelle a été l’influence de chacune. C’est frustrant, mais la science expérimentale est ainsi faite : pour déterminer l’influence d’une variable, il faut la faire varier dans  une large plage, dans les deux sens, et à plusieurs reprises, tout en conservant une valeur constante à toutes les autres variables. En la matière, ce n’est évidemment ni possible, ni même souhaitable !

La seule certitude est la proportionnalité au trafic, que l’on a une forte tendance à oublier. Il est vrai que les chiffres du trafic sont connus avec un an de retard sur le chiffre des accidents, ce qui peut contribuer à l’oubli. C’est ce qu’a fait Monsieur le Premier Ministre…

Or qu’est-il passé en 2014 ? La baisse massive du prix du pétrole a amené, après frais, marges et taxes, une baisse du prix du carburant proche de 15% selon l’indice INSEE. Divine surprise pour tous les usagers de la route qui ne cessaient de protester contre son prix antérieur !

Bien entendu, comme tous les marchés, le marché des carburants présente, comme on dit en marketing, une élasticité « marché-prix ». Autrement dit, de façon évidente, moins c’est cher, plus on en achète et plus on roule. Le chiffre précis de l’élasticité des carburants par rapport un prix n’est pas connu, au moins par nous, mais partons d’une hypothèse simple et plausible : en moyenne, l’usager a arbitré par moitiés entre dépenser moins, et rouler plus.

 Ceci laisse prévoir une augmentation du trafic de 7% (car 1,072= 1,15)

L’augmentation nationale des accidents mortels de 3% traduit donc probablement une baisse du taux de décès par téramètre (milliard de kilomètres) de 4%, légèrement inférieur au 5,7% attendu, mais dans le même sens, et pas si différent.

Par surcroît, l’écart entre 4% et 5,7% a une explication simple, sinon aisément quantifiable :
  • Le kilométrage annuel parcouru dépend du besoin en déplacements, mais aussi des ressources, de chaque utilisateur.
  • Manifestement une personne aisée, ou un professionnel, se déplacera principalement selon ses besoins, sans trop être freiné par le coût du carburant. A l’inverse, une personne modeste ne se déplacera que selon sa capacité à assumer les frais de carburant.
  • Il s’en suit que la moyenne de 50% d’économies a des composantes variées, les utilisateurs aisés ou professionnels ne modifiant guère leurs habitudes, tandis que les modestes étant plutôt à budget carburant constant.


Cette distorsion n’est pas neutre : les plus aisés ou professionnels ont les véhicules les récents, hautement sécurisés, et n’évitent pas les autoroutes plus sûres, payantes. Les plus modestes font l’inverse, avec des véhicules moins sécurisés utilisant moins les autoroutes, avec un taux de décès supérieur. L’augmentation du trafic porte donc plus sur des véhicules anciens, et moins sur les autoroutes.

Cette distorsion suffit certainement à expliquer l’écart entre le 5,7% attendu et le 4% réalisé. Mais on ne pourra en être sûr qu’après publication des chiffres de trafic établis par l’URF (Union Routière de France) pour 2014 et pour 2015.

En l’état actuel des connaissances, rien ne permet d’affirmer que la situation de la sécurité routière se soit aggravée. Les mesures répressives, dont on peut discuter le bien-fondé à l’infini, ne se justifient absolument pas par une aggravation que les chiffres, après analyse, ne montrent pas. Compte tenu de la stabilité du taux de baisse annuel sur 40 ans, il est hautement probable qu’elles n’auront aucun effet significatif. Le facteur déterminant des années à venir viendra manifestement des véhicules, grâce aux aides à la conduite.

Reste l’aspect social : faut-il rapporter le nombre de décès au kilométrage, seule méthode permettant des analyses, ou à la population, comme on le fait souvent, à tort pour comparer les pays entre eux, mais non sans raisons pour évaluer le coût humain des transports routiers ? Le débat est ouvert !

Rappelons-nous que la vie et la liberté sont deux valeurs essentielles. L’arbitrage entre les deux n’est donc pas simple quand elles viennent à être antagonistesMais ceci n’autorise pas à utiliser, sciemment ou non, des arguments fallacieux !


jeudi 10 septembre 2015

Transition énergétique : une loi pertinente?


Table des matières du blog www.8-e.fr

Sujets connexes sur la transition énergétique
Faisabilité des engagements recentrés (en construction)

Résumé

Selon le GIEC, l'urgence est la réduction mondiale des émissions de gaz à effet de serre, et donc du CO2, principal concerné. 

De ce fait, des engagements  de réduction d'émissions ont été pris aux niveaux européen puis au niveau français, aux fins de contribution et d'exemplarité, ce qui ne peut qu'être approuvé dans le principe.

Mais ces engagements lourds ont été "complétés" par d'autres engagements fort peu pertinents, soit redondants et insuffisants, comme la réduction des combustibles fossiles qui va de soi, soit inutiles et hors du sujet comme la réduction de la consommation énergétique finale, ou la part des renouvelables dans la production électrique, soit même nuisibles comme la limitation de la part du nucléaire (décarboné) dans la production électrique.

Il est nécesaire de recentrer cette loi  sur le seul sujet incontestable: la réduction des émissions de CO2, qu'il n'est pas nécessaire de détailler davantage, car elle ne pourra être obtenue que par une réduction de la consommation de charbon, de pétrole et de gaz, le premier étant de loin le plus émetteur.

Les objectifs de réduction des émissions de CO2, très lourds, ne pourront pas être tenus si on y ajoute des difficultés supplémentaires considérables d'origine idéologique, telles que la sortie du nucéaire. L'Allemagne, qui remplace ses centrales nucléaires décarbonées par centrales à lignite très émettrices et polluantes est un parfait contre-exemple! 

Développement

Les émissions de CO2 en France

Les recommandations du GIEC, qui résultent de modèles trop complexes pour être vérifiés, et que nous acceptons donc en l’état, portent exclusivement sur la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre, parmi lesquelles le CO2 anthropique (émis par l’homme) est le plus important. C’est évidemment un problème mondial majeur, mais en rien une pollution locale : rappelons que le CO2 est, à travers la photosynthèse, à l’origine de toute vie végétale. Il y a donc lieu d’orienter la politique énergétique nationale dans ce sens aux fins d’exemplarité, et de contributions aux efforts collectifs qui sont encore loin d’être universels.

Sachant qu’il n’y a pas de déforestation en France,  et que tous les projets de captation du CO2 ont été abandonnés, seule la réduction de consommation de ces trois énergies fossiles peut réduire directement l’émission de CO2.

Toutefois, pour un même apport énergétique, ces énergies fossiles amènent des émissions  très différentes: le charbon émet 64% de plus que le pétrole, et le gaz 21% de moins. Entre le charbon et le gaz, il y a plus qu’un facteur 2. Quand c’est possible, remplacer le charbon par le gaz permet de parcourir plus de la moitié du chemin vers une suppression des émissions, et ceci peut souvent être fait rapidement et pour un coût modique.



Les consommations de combustibles en France en 2013 (source SOeS) sont les suivantes :


Les émissions correspondantes de CO2 sont les suivantes :
 




Les engagements de l’Europe pris en 2007 étaient les suivants :

Emission de gaz à effet de serre (base 1990)
1 : -20% en 2020
Consommation énergétique finale (base 2012)
3 : -20% en 2020
Part des renouvelables dans la product. électrique
5     20% en 2020

Emission de gaz à effet de serre : 

L’engagement « 1 » résulte directement des recommandations du GIEC. Il est indiscutable dans son principe. Il a en plus un sens économique, car en dépit d’une récente baisse inattendue et sans doute passagère, les prix du pétrole et du gaz augmenteront inéluctablement à moyen et long terme, en conséquence d’une probable pénurie. Le report sur le charbon, dont le risque de pénurie est encore lointain, et dont le coût dépend principalement de l’extraction, est donc un risque écologique majeur qui renforce le sens à cet engagement.

Consommation énergétique finale : 

L’engagement « 3 », heureusement non juridiquement contraignant, peut être obtenu de deux manières :
  • Par amélioration de l’efficacité énergétique (isolation, pompes à chaleur, covoiturage, rendement des moteurs et de l’éclairage...), qui est souhaitable, mais n’est finalement qu’un un moyen de tenir l’engagement « 1 »
  • Par réduction des prestations (baisser le chauffage, voyager moins, réduire l’éclairage …), soit une régression du niveau de vie qui n’est pas souhaitable, ou une régression de la population, encore moins souhaitable.

Cet engagement « 3 » ouvre la porte à la pénurie délibérée en tant que moyen de réduire les émissions de CO2, ce qui est difficilement acceptable si l’on remarque que (Statistiques mondiales 2011):
  • Un résident français émet 40% de moins qu’un allemand, et 68% de moins qu’un américain. 
  • La France n’émet que 1% du CO2 anthropique mondial

Relatif aux moyens, et non au résultat, il n’est ni équitable, ni nécessaire, et peut être supprimé.

Part des renouvelables dans la production électrique: 

L’engagement « 5 », strictement interne, n’a aucune relation avec les objectifs du GIEC. La production électrique française est décarbonée à 94%, cas unique dans le monde, et exemple à suivre.  La production électrique française est à 79% du nucléaire, 12% hydraulique, et 3% pour la biomasse ou de l’incinération des déchets, tous décarbonés. Si les 6% manquants pour arriver à 20% doivent résultent des énergies dites « vertes » dont la production est aléatoire (éolien) ou contra-cyclique (photovoltaïque) au détriment du nucléaire, on aboutira, comme en Allemagne, a un accroissement de la production thermique (actuellement 6%) assurant le relais, ce qui va dans le sens contraire des recommandations du GIEC. Cet engagement résulte en réalité de positions idéologiques et politiciennes. N’étant pas juridiquement contraignant non plus, cet engagement doit être supprimé.


La loi française sur la transition énergétique

Elle a complété et relevé ces engagements comme ci-dessous :

Emission de gaz à effet de serre (base 1990)
1 : -40% en 2030
2 : -75% en 2050
Consommation énergétique finale (base 2012)
3 : -20% en 2030
4 : -50% en 2050
Part des renouvelables dans la production électrique
5 :   23% en 2030
6 :   40% en 2050
Consommation de ressources fossiles (base 2012)
7 :  -30% en 2030
Part du nucléaire dans la product. électrique 2025 (78% en 2014)
8 :   50% en 2025

La loi française sur la transition énergétique comporte 8 engagements, dont 3 (n° 1, 3 et 5) sont repris de l’engagement européen antérieur auxquels s’ajoutent les engagements 2, 4, 6, 7 et 8.

Emission de gaz à effet de serre :

L’engagement «1 » à : -40% en 2030 est renforcé par un engagement « 2 » extrêmement ambitieux, à -75% en 2050.  Mais les deux sont conformes aux recommandations du GIEC, et sans doute nécessaires, mais ne seront utiles que si les principaux pays émetteurs (USA, Chine, Allemagne…) font un effort important, sinon équivalent. Ces engagements ne peuvent être tenus qu’à la condition nécessaire, mais pas suffisante, de ne pas fabriquer de difficulté supplémentaire, notamment d’origine idéologique.

Consommation énergétique finale

L’engagement « 3 » : -20% en 2030 est reporté de 10 ans, mais renforcé par un engagement « 4 » très ambitieux à -50% en 2050. Diviser par 2 la consommation énergétique finale avec une population croissante (+10% selon l’INSEE) suppose de multiplier l’efficacité énergétique par environ 2,2, ce qui ne pourra se faire qu’avec des investissements énormes (bâtiment, automobile, certaines industrie…) qui devront compenser les secteurs ou peu de progrès sont possibles (sidérurgie, avions…), entraînant une augmentation des coûts qui répartiront la pénurie.  La condition ci-dessus est encore plus valide, et la faisabilité reste à démontrer. Cet engagement porte sur les moyens, alors que seul le résultat (émettre moins de CO2) compte : qu’importe que cette consommation énergétique finale demeure élevée si elle est décarbonée ? Cet engagement, hors du sujet, peut être supprimé sans inconvénient.

Part des renouvelables dans la production électrique  

L’engagement « 5 », sans aucun lien avec les objectifs du GIEC et strictement français, se trouve un peu augmenté à 23%, mais  retardé à 2030, et complété par l’engagement « » à 40% en 2050. Les effets pervers de cet engagement, déjà mentionnés ci-dessus, se trouvent ainsi lourdement aggravés, sans l’excuse d’une influence des « Grunen » d’outre-Rhin. C’est donc l’activisme d’une petite minorité française d’écologistes, qui a obtenu un tel engagement, concédé pour des raisons politiciennes, qui n’apporte rien et doit donc absolument être supprimé.

Consommation de ressources fossiles

Le très surprenant engament « 7 » ne prévoit qu’une réduction de 30% de la consommation de combustibles fossiles d’ici 2030. Comme TOUTE l’émission de CO2 résulte de l’utilisation de combustibles fossiles, on voit mal comment ce 30% pourrait se traduire par une réduction de 40% des émissions de CO2 à la même date. Le seul écart entre consommation et émission est le captage de CO2, tellement coûteux et incertain que tous les projets sérieux ont été abandonnés. Cet engagement est à la fois insuffisant par rapport à l’engagement « 1 », et inutile puisque redondant avec lui. Il doit donc être supprimé.

Part du nucléaire dans la production électrique

C’est l’engagement 8 qui limite cette part à 50%. Elle est actuellement de l’ordre de 79%. Cette spécificité française n’est en rien un inconvénient : le coût de l’uranium en tant que source d’énergie thermique étant est très bas, la France a bénéficié d’une énergie électrique beaucoup moins chère que celle des pays comparables, et notamment de l’Allemagne. Son exploitation n’émet pas de CO2. Sans être à proprement parler renouvelable, les stocks connus d’uranium permettent plusieurs siècles d’exploitation selon les technologies et dans les volumes actuels, et énormément plus avec des surgénérateurs. La filière au thorium, plus chères, mais encore plus sûre car à sécurité positive (toute panne provoque l’arrêt naturel de la réaction) exploiterait des ressources qui sont pratiquement illimitées. Les risques potentiels d’exploitation et de stockage des déchets sont parfaitement maîtrisés dans la technologie des réacteurs PWR (Westinghouse / Areva / EDF), seule utilisée en France (Voir développement ci-dessous).

Dans ce contexte, ramener la production nucléaire de 79% à 50% n’a aucun sens : la réduction de la production n’entraîne pas automatiquement une réduction proportionnelle du nombre de centrales. Mais surtout, comment remplacer les 29% perdus ? Outre leur prix extravagant, les énergies vertes fatales et contra-cycliques  en sont incapables, car les seuls moyens réellement possibles de stockage de l’énergie électrique sont les STEPS (centrales hydrauliques réversibles) limitées en capacité, et seulement dans les zones proches des montagnes. La seule « solution » est celle utilisée en l’Allemagne : on ferme des centrales nucléaires et on construit des centrales au charbon, très émettrices de CO2, ou pire, au lignite avec le même inconvénient plus des quantités monstrueuses de poussières imbrûlées. Cet engagement est évidemment aux antipodes des recommandations du GIEC et doit impérativement être supprimé.

Loi sur un objectif recentré

Les analyses ci-dessus montrent que les émissions de CO2 seront plus facilement réduites si la loi sur la transition énergétique se recentre sur deux étapes d’un même objectif très ambitieux :

Emission de gaz à effet de serre (base 1990)
1 : -40% en 2030
2 : -75% en 2050

Tous les autres sont en effet insuffisants (7), inutiles (3, 4, 5 et 6) ou nuisibles (8).
Ainsi formulée, la loi devient plus claire et moins coûteuse, donc plus réaliste car le coût est toujours un obstacle à l’action et un frein au développement économique.

Un message en préparation évaluera la faisabilité de ces objectifs recentrés. En première analyse, le 1 est difficile, mais peut-être pas hors de portée, alors que le 2 est totalement irréaliste.