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jeudi 30 mars 2017

Cogénération : possibilités et limites selon Carnot



Résumé

La production d’énergie électrique passe toujours (sauf les PPV) par la production d’énergie mécanique, elle-même majoritairement produite à partir d’une énergie primaire thermique d’origine nucléaire, fossile ou renouvelable. Cette transformation entraîne des pertes résultant du principe de Carnot selon lequel le rendement de transformation est inférieur à (1 - T2/T1)   dans laquelle T1 et T2 sont les températures absolues du fluide thermodynamique (vapeur d’eau ou gaz de combustion) respectivement au début et à la fin du cycle de transformation. Il faut donc que T1 soit aussi élevée que possible, et T2 aussi basse que possible. Des pertes technologiques importantes et diverses s’y ajoutent.

La cogénération consiste à récupérer la chaleur restituée à la température T2 ainsi que les autres pertes thermiques. Elle n’a donc d’intérêt que si T2 n’est pas trop basse, en sachant qu’il n'est jamais intéressant d’augmenter délibérément T2 pour récupérer de la chaleur à une température plus élevée, car cela pénaliserait de presque autant la production d’énergie mécanique. La cogénération est donc limitée aux filières dont la technologie aboutit à une température T2 assez élevée. Ainsi :
  •       Toutes les filières (très majoritaires) faisant appel à des turbines à vapeur dont T2 peut être abaissée par des condenseurs refroidis par l’eau de la mer, des fleuves ou des réfrigérants atmosphériques, sont exclues quel que soit la mode de production thermique : électronucléaire, charbon, fioul, gaz.
  •         Les centrales à turbines à gaz auraient pu convenir, mais leur évolution vers les centrales à gaz à cycle combiné (un étage amont à combustion interne avec une T2 élevé qui devient la T1 de l’étage aval à vapeur) a débouché sur une T2 aval très basse permettant une amélioration spectaculaire du rendement, mais excluant la cogénération.
  •         Les installations de production électrique locales de petite ou moyenne taille à moteur diesel ou à gaz (naturel ou bio) dont le rapport de détente est limité, donc T2 assez élevée, sont propices à la cogénération.
Conclusion :

La cogénération est une amélioration relative permettant sans surcoût excessif, d‘ajouter une production thermique à une production électrique de rendement basique, mais le but premier en matière énergétique reste l’amélioration des rendements aux différents niveaux, et non de faire un bon usage d’un médiocre rendement.

La cogénération s’est néanmoins développée, notamment en Europe du nord, car elle améliore le rendement des moyens de production électrique décentralisés, bien que cette décentralisation soit une erreur stratégique majeure : comme pour tous les produits industriels, la production électrique de masse assure une haute mutualisation de moyens performants, et donc, finalement, une moindre trace carbone.

Message

La cogénération est souvent considérée comme étant presque verte en ceci qu’elle permet de disposer d’énergie thermique s’ajoutant à l’énergie électrique sans augmenter la consommation d’énergie primaire. Et l’on voit ce procédé équiper des éco-quartiers, être paré de toutes les vertus, et être envisagé dans des applications impossibles. Faisons la part des choses…

Base théoriques : Carnot-Clausius (2ème principe de la thermodynamique)

Les travaux de l’ingénieur français Sadi Carnot (1796 – 1832) sur l’énergie mécanique que les « machines à feu » sont capables de fournir, l’amènent à poser en 1823, à 27 ans, les bases qui conduiront au deuxième principe de la thermodynamique, en affirmant que :
  •    l’énergie mécanique pouvant être tirée de la chaleur ne dépend que de la différence des températures (et non pas des pressions) entre le début et la fin de cycle,
  •         le gaz ou fluide utilisé est indifférent,
  •         le cycle idéal, c’est-à-dire sans transfert indésirable de chaleur, doit être parfaitement réversible,
  •         dès lors, le mouvement perpétuel est impossible.



Sadi Carnot en uniforme de polytechnicien

Son ouvrage, dépourvu de bases mathématiques, mais étonnamment pertinent à une époque où la physique et la chimie étaient encore balbutiantes, resta toutefois méconnu jusqu’à ce qu’il soit redécouvert une génération plus tard, bien après sa mort, par les physiciens anglais William Thomson annobli en Lord Kelvin, 1824 – 1907), et allemand Rudolf Clausius (1822 - 1888) qui le complétèrent par l’échelle de température absolue, dite Kelvin, et par formule :  E = Q (1-T2 / T1) dans laquelle :
  •          Q est la quantité de chaleur (en joules) utilisée pour chauffer un fluide (la vapeur d’eau à cette époque)
  •          T1, dite source chaude, est la température absolue du fluide thermodynamique en début de cycle
  •          T2, dite source froide, est la température absolue du fluide thermodynamique en fin de cycle,
  •         E (en joules) est l’énergie mécanique maximum théorique qu’il est possible d’obtenir entre le début et la fin du cycle


William Thomson anobli en Lord Kelvin


Rudolf Clausius

Un bon rendement nécessite donc T1 aussi élevé que possible, et T2 aussi bas que possible, d’où l’usage dans les cycles utilisant la vapeur d’eau, de condenseurs refroidis par la mer, ou l’eau d’un fleuve, souvent après passage dans un réfrigérant atmosphérique. Ces derniers (photo ci-dessous) ne sont qu’une cascade dans laquelle une petite partie de l’eau du fleuve s’évapore en refroidissant le reste.  

Clausius généralisa ce principe par la notion d’entropie en 1865 définie comme :
S = ∫cycle dQ / T
 Dans laquelle :
·         S est l’entropie, en joules par degré
·         dQ est l’élément de transfert indésirable de  chaleur
·         T est la température absolue au moment du transfert
Selon cette définition, un cycle de transformation parfaitement réversible est à entropie nulle.

Insistons sur le fait que ces principes sont universels et s’appliquent quels que soient les fluides ou les mélanges de fluides considérés, et leurs changements d’états. L’énergie mécanique récupérable est un maximum théorique qui serait obtenu par une machine idéale sans frottements, sans échanges thermiques indésirables, avec des transformations réversibles, dites « isentropiques » sans laminage, ni turbulences. L’énergie mécanique effectivement récupérée est donc significativement inférieure à ce maximum théorique.

Rendement d’une conversion thermique / mécanique

Notations :
  •        Q1 est la chaleur fournie par la source chaude à la température T1
  •     Qp est la chaleur perdue par frottements, transferts de chaleur indésirables, turbulences et et irréversibilités dans le fluide,
  •          Q2 est la chaleur restituée à la source froide à la température T2

 Le rendement théorique d’un cycle de Carnot-Clausius dans la transformation de chaleur en énergie mécanique est :
η = E/Q1 = 1- T2/T1 = (Q1 - Q2)/Q1

Le rendement réel peut s’écrire :  
η = (Q1 – Qp - Q2)/Q1 = 1- Q2/Q1 – Qp/Q1

Cette expression montre bien qu’un cycle de Carnot-Clausius réel produit de la chaleur de deux manières :
  •       Chaleur restituée à la source froide, c’est à dire Q2 = Q1T2/T1, disponible à la température T2 relativement basse. C’est par exemple la chaleur des gaz d’échappement d’un moteur à combustion interne (à pistons ou à turbine)
  •     Chaleur Qp perdue comme indiqué ci-dessus, évacuée principalement l’eau de refroidissement dans les moteurs à combustion interne.


Rendement d’une cogénération

La cogénération est la réutilisation des pertes thermiques d’un cycle de Carnot-Clausius réel aux fins d’application en chauffage. Pour que ceci ait un intérêt, encore faut-il que Qp et Q2 soient disponibles à des températures notablement supérieures à la température ambiante.

L’expression usuelle du rendement d’une installation de cogénération qui additionne les énergies électrique et thermique produites avant de les rapporter à l’énergie thermique primaire est fallacieuse, car seule la part de cette chaleur disponible à une température suffisamment élevée doit être prise en compte : l’eau tiède est difficilement utilisable, sinon pour élever des crocodiles à Pierrelatte à partir de l’eau réchauffée par les condenseurs de la centrale nucléaire du Tricastin à proximité immédiate, intéressante dans son principe, mais assez peu commune.

On peut toujours augmenter la chaleur Q2 en relevant la température T2 de la source froide, mais dans ce cas, une forte proportion de la chaleur ainsi récupérée sera à déduire directement de la production d’énergie mécanique. En théorie, c’est même la totalité, mais en pratique pas tout à fait, car Qp baisse aussi.

Il s’en suit qu’en règle générale, la cogénération :
  •       N’est pas applicable aux turbines à vapeur pour lesquelles on maîtrise le rapport de détente, et donc T2 dont la température est fixée un peu au-dessus de celle du fluide utilisé pour le refroidissement du condenseur, ce qui exclut toutes les centrales électronucléaires, au charbon et au fioul, et les anciennes centrales au gaz, ainsi que les centrales au gaz « vert » (méthane agricole) ou à la biomasse (bois et déchets végétaux).
  •    Est applicable uniquement aux moteurs à combustion interne dans lesquels le rapport de détente :
    •        est fixe et égal au rapport de compression, comme les moteurs diesel
    •        ou est  trop coûteux à augmenter, comme les turbines à gaz
ce qui amène à des températures d’échappement élevées, et donc réutilisables.

Tour d’horizon de ces principes

Le tableau ci-dessous récapitule les principales installations de transformation de chaleur en énergie mécanique, en donnant pour chacune leurs principales caractéristiques.


Le haut du tableau regroupe les installations à combustion interne, et les bas, celles à combustion externe.

Toutes ces installations consomment de la chaleur d’origine fossile ou nucléaire, et produisent de l’énergie mécanique. Dans tous les cas ci-dessus, cette énergie mécanique est transformée en énergie électrique par un alternateur dont le rendement est excellent, sauf les véhicules qui utilisent directement l’énergie mécanique pour leur propulsion, mais ceci ne change rien aux principes.

Nous avons vu que pour avoir un bon rendement de conversion, il faut que le fluide thermodynamique parte d’une température aussi élevée que possible, et parvienne par détente à une température aussi basse que possible. Examinons les limites :

La limite de température élevée T1 peut résulter de contraintes :
  •          De la physique dans les moteurs à pistons à combustion interne : un mélange stoechiométrique (proportions optimum) d’air et de carburant donne une température élevée, mais qui est ce qu’elle est. On ne peut pas l’augmenter, mais on peut la diminuer en réduisant la proportion de carburant. On pourrait l’augmenter en remplaçant l’air par de l’oxygène pur, pour un prix évidemment dissuasif, et en tombant probablement dans le problème ci-dessous.
  •          De la technologie : la température limite d’utilisation des matériaux constitutifs d’une turbine à gaz ou du cœur d’une centrale nucléaire, et particulièrement de ceux qui sont mobiles (aubes des turbines) : contrairement à ceux d’un moteur à pistons, les éléments d’une turbine, constamment immergés dans le fluide thermodynamique, sont à la même température que lui et soumis à une très forte force d’inertie (appelée à tort « centrifuge »).
  •          Dans le cas des machines à combustion externe (générateur de vapeur des centrales à charbon, à fioul ou nucléaires à eau primaire pressurisée, dites « EPR »), de la présence d’un échangeur qui réduit un peu T1.

La température basse T2 résulte de la température initiale et du rapport de détente adiabatique :
·   Pour les moteurs à pistons à combustion interne, qu’ils soient diesel ou à gaz naturel ou biogaz, T2 ne dépend que du rapport de détente, et reste toujours inférieur à l’optimum. On peut augmenter ce rapport au prix d’une perte de puissance par le cycle d’Atkinson, rarement utilisé. Le gaz en fin de cycle est encore très chaud, faute de détente suffisante, et cette chaleur est réutilisable :
o  pour le chauffage dans la totalité des véhicule. En fait, les pertes par l’eau de refroidissement Qp (frottements dans le cylindre et pertes de chaleur indésirables ne résultant pas de Carnot-Clausius,) sont suffisantes et plus faciles à utiliser. Le chauffage d’habitacle (à l’exclusion de la climatisation) est donc gratuit : il n’augmente pas la consommation.
o     pour de la cogénération par récupération de la chaleur des gaz d’échappement (Q2) par un échangeur. Cette chaleur s’ajoute à celle (Qp) résultant de l’eau de refroidissement et peut être utilisées pour du chauffage urbain.


·      Pour les turbines à gaz simples, le rapport de détente n’est limité que par le coût d’un nombre plus élevé d’étages de turbine. T2 n’est pas très élevée, et la chaleur disponible seulement à l’état gazeux. La récupération est possible, mais peu usitée.
·      Pour les turbines à gaz à cycle combiné, T2 est très bas, ce qui leur permet d’afficher plus de 55% de rendement, un chiffre jamais égalé auparavant, toutes technologies confondues, avec pour contrepartie l’impossibilité de récupérer la chaleur d’une eau à peine tiède : pas de cogénération possible.


Conclusion :

La cogénération est une amélioration relative permettant sans surcoût excessif, d‘ajouter une production thermique marginalement gratuite à une production électrique de médiocre rendement.  Le but premier en matière énergétique reste l’amélioration des rendements aux différents niveaux, et non de faire un bon usage d’un médiocre rendement, surtout si l’on cherche prioritairement à réduire les émissions de CO2.

Exemple : si on chauffe un bâtiment avec de l’électricité produite par une centrale à gaz à cycle combiné (rendement 55%) alimentant des pompes à chaleur aérothermiques (rendement 200%) on arrive à un rendement global de 110%, plus de deux fois supérieur au rendement global d’une centrale de cogénération, et à émettre moitié moins de CO2.

La cogénération s’est néanmoins développée, notamment en Europe du nord, car elle améliore le rendement des moyens de production électrique décentralisés, bien que cette décentralisation soit une erreur stratégique majeure : comme pour tous les produits industriels, la production électrique de masse assure une haute mutualisation des moyens, et donc :
  •      une moindre puissance installée nécessaire (tous les abonnés ne consomment pas en même temps)
  •       un moindre investissement à puissance égale par effet d’échelle ( un alternateur de 1 GW ne coûte pas 100 000 fois plus cher qu’un alternateur de 10 KW)
  •          un meilleur rendement (≈ 99,9% à 1 GW, contre ≈ 90% à 10 KW)
  •          et une moindre trace carbone, surtout si l’on se décide à fixer un prix universel du CO2. 


mercredi 5 décembre 2012

La transistion énergétique: Synoptique 2011

« Transition » (substantif féminin) : « passage d’un état à un autre ».

On ne peut donc pas débattre de cette « transition énergétique » sans avoir une connaissance claire de l’état de départ. La dernière situation énergétique connue est celle de l’année 2011, qui fait l’objet du présent message. Sa  mise en ligne est liée à la publication par l’INSEE et le SOeS des statistiques 2011, pas encore complètes après 11 mois!  Pourquoi ces services de l’Etat sont-ils aussi lents, alors que de très grands groupes internationaux sont capables d’établir leurs comptes consolidés en quelques jours à chaque fin de période ?

Synoptique global de l’énergie en France
Les tableaux de chiffres sont nécessaires à l’analyse, mais ils peinent à donner une vision globale propre à une bonne synthèse. Nous avons essayé d’y remédier par le synoptique ci-dessous qui montre les flux d’énergie :
  • partant des énergies primaires (en haut),
  • allant vers les utilisations (à gauche),
  • avec l’intervention de l’énergie électrique (en violet, du centre vers les utilisations),
  • sans oublier les énormes pertes de conversion des énergies primaires thermiques en énergies  finales mécaniques ou électriques (en beige, en bas).
Chaque flux annuel d’énergie est représenté avec une largeur proportionnelle à ce flux. Ils sont exprimés en TEP (Tonne Equivalent Pétrole), en noir, avec mention complémentaire de l’énergie électrique en MWH (Mega Watt Heure), en bleu,  sur la base  1 TEP = 11,63 MWH, en bleu, pour les énergies mécanique ou électrique. Pratiquement, on utilise  les multiples :
                MTEP = Million de TEP
                 TWH = Millions de MWH    
(Kilo = 103 = 1 000, Méga = 106 = 1 000 000, Giga = 109 = 1 000 000 000, Téra = 1012= 1 000 000 000 000)

Méthodologie

Les chiffres officiels INSEE et SOeS sont la meilleure source, et incontestables. Toutefois, ils mettent sur le même plan et additionnent:
  • des énergies primaires thermiques utilisées directement, comme le gaz et le fioul de chauffage
  • ou au contraire transformées en énergie mécanique ou électrique avec un rendement de l’ordre de 30% dû au 2ème principe de la thermodynamique, comme les carburants
  • et des énergies primaires mécaniques ou électriques, comme l’énergie hydraulique, éolienne  ou photovoltaïque.
Nous corrigeons ce défaut de principe de l’INSEE pour mettre en relief les énergies primaires et secondaires réellement utilisées ou fournies. Pratiquement, ces corrections se limitent à deux ajouts, mais  sont d’importance considérable :
  • L’énergie nucléaire primaire est évidemment la chaleur fournie par le réacteur, chaleur qui est ensuite utilisée par une turbine à vapeur conventionnelle pour entraîner un alternateur, alors que l’INSEE considère l’électricité nucléaire comme primaire. Il y a entre les deux un rendement conventionnel de 33% que nous prenons en compte. Ainsi cette chaleur d’origine nucléaire peut être valablement comparée avec la chaleur provenant des énergies fossiles, étant toutes réellement primaires.
  • Les carburants utilisés dans les transports n’ont pas d’autre objet que de fournir l’énergie mécanique nécessaire au mouvement du véhicule, qui est la véritable énergie finale, et non pas l’énergie thermique du carburant. Nous rétablissons celle-ci avec un rendement estimé de 25 à 30 % selon les moteurs utilisés.
Ces ajouts correspondent aux chiffres situés à l’extérieur du périmètre en pointillé mixte violet, alors que tous les chiffres à l’intérieur de ce périmètre sont strictement ceux de l’INSEE. On rétablit ainsi l’importance  relative des différents flux.


Regardant les énergies primaires (haut du tableau), on est frappé par la place prépondérante de deux poids lourds :
  • Les énergies fossiles (49,5%), presque entièrement importées, promises à une  raréfaction  rapide (pétrole 31,4%), assez rapide (gaz 14,3%) ou à moyen terme (charbon 3,8%), très émettrices de CO2, mais difficiles à remplacer en raison d’un rapport énergie/masse imbattable : plus de 10 KWH par Kg pour tous les hydrocarbures.
  • L’énergie thermique nucléaire (43%), entièrement destinée à être transformée en énergie électrique avec un médiocre rendement de 33%. L’utilisation de la chaleur, notamment issue de la source « froide », c'est-à-dire du condenseur, est techniquement possible, notamment pour du chauffage urbain, mais l’eau tiède ayant la fâcheuse propriété de se refroidir assez vite, cette utilisation nécessiterait de mettre le réacteur au cœur de la ville…
  • Les énergies renouvelables (7,5%) sont très diverses. Remarquons que les 3 principales (l’hydraulique, le bois de chauffage et les déchets urbains, soit les 3/4 du renouvelable) sont fort anciennes. L’éolien et le photovoltaïque dont on parle tant, souvent à tort et à travers, ne représentent que 7% du renouvelable, ou 0,5% du total primaire.
 Suivons ensuite les flux d’énergie électrique, en violet, sur la droite, du haut vers le bas, puis vers la gauche :


L'électricité est aux ¾ nucléaire, mais cette moyenne sur l’année cache une réalité plus complexe. Rappelons que la puissance installée du parc nucléaire est de 63 GW (soit environ 50 GW effectifs après taux de disponibilité d’environ 80%), alors que la puissance demandée par le réseau varie dans des proportions considérables, de 20 à plus de 100 GW. Les pointes extrêmes sont courtes. Ceci signifie qu’environ 60% du temps, la demande peut être satisfaite par le nucléaire seul, auquel s’ajoutent néanmoins un petit apport des énergies "fatales" (celles qu’on utilise parce qu’elles sont là : l’hydraulique de basse chute, l’éolien..).

Si la demande croît, on recourt à l’hydraulique de lac, et si c’est insuffisant, aux centrales thermiques. Ces dernières ont une capacité de production élevée, peuvent démarrer presque sans préavis, sont souples, mais produisent des KWH coûteux et chargés en CO2. Au-delà, on importe et on cherche à dissuader la consommation.

Examinons ensuite les utilisations, sur la gauche du tableau :


  • Les activités professionnelles représentent 26 % de la consommation, très répartie entres les différentes énergies possibles. On ne peut en tirer aucune conclusion globale à ce stade.
  • Le secteur résidentiel et tertiaire, autrement dit logements, bureaux, écoles, hôpitaux, administrations, atteignent 53 % de l’énergie consommée, qui se répartissent entre :
    • le chauffage qui atteint 44%, dont environ la moitié par gaz ou fuel, et un quart par électricité.
    • les consommateurs électriques spécifiques qui ne dépassent pas 9%.
    • C’est ici que l’on voit l’intérêt du chauffage par pompes à chaleur qui, selon leur technologie, permettent un chauffage égal à 2 à 3,5 fois la puissance électrique consommée
  • En dehors de la petite exception ferroviaire (moins de 1% des utilisations), les transports n’utilisent que du pétrole, et en quantités considérables : 46 MTEP, soit 56% de la consommation française. Comme indiqué plus haut, ce synoptique rajoute la conversion de ce pétrole (et des biocarburants pour un faible part) en énergie mécanique. Cette conversion est faite par des  moteurs thermiques dont le rendement effectif en situation n’excède pas environ 25% (essence) à 30% (diesel), chiffres plausibles ici pris par hypothèse, qui aboutissent à 14,1 MTEP Le rendement d’un turboréacteur, plus difficile à définir puisqu’il fournit une poussée statique et non une puissance, n’est pas meilleur pour les mêmes raisons. Tout le reste, soit environ 35 MTEP, est dissipé en chaleur perdue.
On ne peut pas raisonner correctement sur la problématique de l’énergie sans examiner ces pertes en elles-mêmes 

Elles sont monstrueusement élevées : 118 MTEP, soit 48% de la puissance primaire totale consommée en France. Qui sont les coupables ? Les moteurs, au sens large : moteurs de véhicules, turbines à gaz ou à vapeur qui transforment l'énergie thermique (d'origine chimique ou nucléaire) en énergie mécanique:
Mais ces moteurs ont deux avocats, ou plutôt deux physiciens qui en on fait la théorie:
  • Le français Sadi Carnot (1796-1832) a posé le 2ème principe de la thermodynamique selon lequel le rendement de conversion de l’énergie thermique en énergie mécanique ne peut pas dépasser  1 - T2 / T1, où T1 et T2 sont les températures initiale et finale du fluide thermodynamique, exprimées en ° Kelvin (= °C + 273).
  • Partant des travaux du précédent, l’allemand Rudolf Clausius (1822-1888) a généralisé cette théorie avec la fonction entropie : (E = ∫ dq / T). Nous y reviendrons dans un message ultérieur consacré aux fonctions thermodynamiques "enthalpie" et "entropie".
La pratique étant toujours moins favorable que la théorie, les rendements de conversion  des  moteurs thermiques à pistons sont de l’ordre de 35% (essence) à 40% (diesel) à leur point de fonctionnement idéal dont les conditions réelles sont assez éloignées, dans la pratique plutôt 25% à 30%. Les turbines à gaz et à vapeur ne font pas beaucoup mieux, et les turbines à vapeur des centrales nucléaire plutôt moins bien, en raison de leur source chaude dont la température est limitée par la présence d’un échangeur entre l’eau primaire (celle qui refroidit la cœur) et l’eau secondaire (dont la vapeur alimente la turbine). Seules les récentes turbines à cycle combiné (turbine à gaz suivie d’une turbine à vapeur) arrivent à dépasser largement les 50%. Véolia annonce 58%. Les progrès technologiques ont permis, et permettront encore, de grapiller quelques points, mais sans changer radicalement la face des choses.

Ces lois de la physique n’ont pas que des inconvénients : elles permettent aussi la pompe à chaleur, qui restitue 2 à 3 fois plus d’énergie thermique qu’elle ne consomme d’énergie mécanique. C’est un frigo à l’envers : on refroidit l’air ou le sol, voire l’eau d’un lac ou de la mer si on en a, et l’énergie thermique gratuite ainsi récupérée dans la nature vient s’additionner à l’énergie mécanique (d’origine électrique) consommée. Son classement en "énergie renouvelable" par l’INSEE est très discutable, dans la mesure où elle n’est en aucun cas autonome, mais toujours liée à une consommation d’énergie mécanique, donc pratiquement à un moteur électrique.

Il faut retenir de tout cela que :
  • Il y a des énergies nobles (mécanique et électrique), aisément convertibles l’une dans l’autre, avec un excellent rendement, ou en chaleur avec un rendement de 100%.
  • L’énergie thermique est d’autant moins noble, c'est-à-dire d’autant plus difficile à transformer en énergie mécanique, qu’elle est disponible à basse température : l’eau tiède, même en grande quantité, ne permet pas de faire de la vapeur à haute pression pour faire tourner des turbines. Pour être convertible, l’énergie calorifique doit être disponible à haute température, c'est-à-dire plusieurs fois supérieures à la température ambiante (~300°K) qui sera, par la force des choses, à peu près celle de la source froide.
  • C’est vrai à l’envers : le rendement (très supérieur à 100%) d’une pompe à chaleur utilisant de l’énergie mécanique sera d’autant meilleur que les températures T1 (fluide de chauffage)  et T2 (air ou sol) seront proches.
Il ne faut pas perdre de vue les autres pertes, même si elles sont minoritaires :
  • Les rendements de conversion : cokéfaction du charbon, distillation du pétrole, transformation  de tension électrique…
  • Les rendements de transport : énergie consommée, perte en lignes électrique…
Utilisations non énergétiques

Trop souvent oubliées, et constituées principalement de produits de distillation du pétrole, accessoirement de gaz naturel,  elles sont loin d’être négligeables, avec 12,5 MTEP, soit plus que la totalité du fuel de chauffage domestique. Mais, contrairement à ce dernier, ces utilisations sont très difficilement remplaçables, s’agissant ici d’une utilisation en tant que matière première d’un grand nombre de produits de synthèse résultant de la pétrochimie, notamment les plastiques, résines, lubrifiants…