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lundi 25 novembre 2013

STEP - Station de Transfert d'Energie par pompage

STEPs de montagne
Principe

Le principe est fort simple : sur un site géographique approprié comportant un lac inférieur et un lac supérieur ayant une grande différence d’altitude, on établit au niveau du lac inférieur une station réversible reliée au lac supérieur par une conduite forcée (tuyau de gros diamètre résistant à la pression). Cette station comporte un ou plusieurs groupes constitués chacun d’une machine électrique synchrone couplée à une turbine hydraulique, toutes deux réversibles, pouvant fonctionner de deux manières :
  • en production, l’eau descend par la conduite forcée et fait tourner la turbine qui entraîne la machine. Celle-ci est alors un alternateur produisant l’énergie électrique écoulée par le réseau de transport.
  • en pompage, la machine utilisée en moteur synchrone consomme l’énergie électrique provenant du réseau et entraîne la turbine qui refoule l’eau du lac inférieur vers le lac supérieur via la conduite forcée.

Caractéristiques

Les paramètres caractéristiques d’une STEP sont donc :
  • Sa dénivellation h, aussi élevée que possible, typiquement plusieurs centaines de mètres déterminant une pression de plusieurs dizaines de bars.
  • La capacité Vs du lac supérieur, aussi élevée que possible, de l’ordre de plusieurs hectares de surface avec une profondeur moyenne de plusieurs dizaines de mètres. 1 million de m3 est assez typique.
  • La capacité Vi du lac inférieur, de préférence au moins égale à celle du lac supérieur (faute de quoi le lac supérieur ne pourrait  pas être rempli par pompage). A défaut, c’est la capacité du lac inférieur qui détermine le stockage maximum.
  • La longueur de la conduite forcée, aussi courte que possible, idéalement peu supérieure à h, pratiquement jusqu’à 10 fois h ou plus.
  • Le débit d’eau maximum qv, qui détermine :
    • la puissance maximum de la station, proportionnelle à débit x dénivellation,
    • la durée maximum de fonctionnement en production, égale à Vs / qv, qui doit atteindre 1 à 3 heures.
  • Les pertes qui ne permettent pas d’atteindre un rendement de 100%, dues :
    • à la turbine / pompe hydraulique qui ne dépasse pas 90%, voire moins si la dénivellation est faible.
    • aux pertes de charge dans la conduite forcée, d’autant plus importantes qu’elle est longue,
    • mais fort peu à l’alternateur/moteur dont le rendement dépasse souvent 99% pour les puissances élevées.

Le prix de stockage du Mwh 
  • décroit si dénivellation croît : Plus de pression, donc moins de débit dans une turbine aussi puissante mais plus petite et moins chère, conduite forcée de moindre section, et capacités des lacs plus réduites.
  • croît avec la puissance de crête en raison de:
    • la taille accrue de la conduite forcée, de la turbine et de la machine électrique,
    • la moindre durée d’utilisation annuelle des investissements, limitée par la capacité du plus petit des deux lacs.
Le rendement croît avec la dénivellation h, car les « pertes de charge » (pertes d’énergie dans un tuyau) sont indépendantes de la pression, mais croissent avec le débit.

Si  sa puissance maximum est élevée, la station peut, être constituée de plusieurs groupes (turbine + machine électrique) utilisés en parallèle, simultanément ou non selon la puissance électrique disponible ou recherchée.
Une STEP peut aussi produire de l’énergie électrique indépendamment du pompage préalable, selon le débit naturel du bassin versant du lac supérieur. C’est un cas très fréquent dans les STEP de montagne qui sont aussi des centrales naturelles de haute chute, également spécialisées dans la production aux heures de pointe, quand le prix de marché du Mwh est élevé.

A titre d’exemple réel, la plus grosse STEP française est à Grand’maison, dans l’Isère :
  • Dénivellé : h = 920 m
  • Conduite forcée : 8 km, soit environ 9 fois h
  • Capacité limitée par le lac inférieur à 15,4  millions de m3 correspondant à 35 Gwh.
  • Elle produit annuellement 1,4 Twh en heures de pointe.



Ci-dessous, à titre indicatif, le tableau de calcul d’une STEP en fonction de ses paramètres caractéristiques :







STEPs suisses et STEPs littorales


La Suisse, un bel exemple

 
                           Barrage de l’Oberaar 
  • La Suisse est pays très montagneux bénéficiant de nombreux lacs d’altitude favorables à l’installation de STEP et de centrales hydroélectriques de pointe.
  • La France, limitrophe de la Suisse, dispose d’un parc nucléaire très important, capable de fournir en heures creuses de l’énergie électrique produite en continu, dont le coût marginal est extrêmement bas.
  • Ces particularités sont utilisées dans l'intérêt commun par les opérateurs : la Suisse :
    • Importe, en heures creuses et à bas prix, de l’énergie électrique nucléaire française, qu’elle utilise pour ses besoins propres et pour remplir ses lacs de barrage d’altitude,
    • puis, aux heures de pointe, exporte au prix fort de l’électricité hydraulique vers la France.
  • Ainsi, les deux pays sont exportateurs nets :
    • en valeur pour la Suisse,
    • en énergie pour la France.

Ceci illustre parfaitement que :
  • le prix de marché du Mwh n’est en rien  constant, contrairement à ce que la plupart des tarifs grand public (sauf « EJP », devenu « Tempo », puis « Bleu ») pourrait laisser croire,
  • un Mwh produit quand on n’en n’a pas besoin (énergies fatales) ne vaut pas grand-chose, voire rien du tout.

 Compléments d’information :

STEP littorale

Il est possible d’utiliser un relief littoral élevé au relief naturel adapté, pour constituer une STEP entièrement artificielle en établissant un lac supérieur sur le plateau ou la montagne, la mer constituant un lac inférieur inépuisable.

Un bel exemple, ci-dessous, existe au Japon sur l’île d’Okinawa :


                                 STEP d’Okinawa au Japon  

Le littoral français est malheureusement dans l’ensemble peu élevé. Les zones ayant une dénivellation supérieure à 100 m (valeur très basse pour une STEP) sont restreintes :
  • La Haute Normandie du Tréport à Antifer, mais le niveau du lac (qui nécessite une vallée) atteindrait difficilement 100 mètres,
  • Hendaye,  à l’ouest de la frontière  pyrénéenne, sur l’Atlantique,
  • Cerbère, à l’est de la frontière pyrénéenne, sur la Méditerranée,
  • La côte méditerranéenne de Marseille à Menton, mais tout le littoral est fortement urbanisé et protégé.
Il est donc peu probable que la France métropolitaine établisse à moyen terme des STEP littorales. Il pourrait en aller différemment :
  • en Guadeloupe où la côte nord-ouest de Grande-Terre est tout à fait favorable,
  • en Corse, et notamment au Cap Corse
mais avec une autre difficulté : dans ces îles non connectées à la Métropole, il n’y a, ni actuellement, ni à un horizon prévisible, d’énergie électrique excédentaire renouvelable ou à bas prix qui puisse être stockée dans une STEP…




mardi 28 août 2012

Stockage de l'énergie éolienne en Allemagne "Les Echos"



Dans son numéro du 27 août 2012, cet excellent journal économique nous apprend que l’électricien allemand E.ON envisage la création d’une usine pilote pour stocker l’énergie éolienne sous forme d’hydrogène.

Une réflexion un peu plus approfondie permettrait de resituer le problème dans son vaste contexte

Les énergies primaires peuvent être stockées ou non, selon leur nature, par difficulté croissante:
  • Le charbon, les lignites existent en gisements et peuvent très aisément stockés n’importe où, en vrac, en quantités illimitées, pratiquement sans aucune infrastructure. La biomasse est dans le même cas.
  • L’uranium, avant ou après très traitement, doit être stocké dans des conditions très sécurisées, mais son très faible volume par rapport à son énorme énergie utilisable en fait une énergie primaire très facile à stocker.
  • Le stockage du pétrole et ses dérivés liquides est facile car il se fait à la pression atmosphérique, mais requiert néanmoins des infrastructures : réservoirs, canalisations, bassins de rétention, sécurisation.
  • Le GPL est stockable à l’état liquide à température ambiante, sous pression modérée, ce qui limite la taille et le coût des réservoirs.
  • Le gaz naturel n’est stockable qu’à l’état gazeux, donc sous pression élevée, c'est-à-dire difficilement. Mais comme son approvisionnement est réalisé le plus souvent par gazoduc, les variations de la demande sont absorbées principalement par variations du débit des gazoducs.
  • L’énergie hydraulique de haute chute est stockable par la présence d’eau dans le lac supérieur, dans les limites de capacité de ce dernier.
  • L’énergie électronucléaire fournie par un réacteur est disponible quand on le souhaite, sous réserve de l’avoir prévu, car il ne permet pas une variation rapide de la puissance produite. En outre, pour des raisons liées à l’usure des barres d’uranium, il est largement préférable de ne l’utiliser qu’à puissance maximum ou nulle, ce qui n’est pas un gros inconvénient quant on dispose d’un parc important.
  • L’énergie géothermique (à l’exclusion des pompes à chaleur dites « géothermiques » ) est toujours disponible, et n’est limitée que par la puissance de l’installation d’extraction.
Toutes les énergies ci-dessus sont, à des degrés divers, adaptables à la consommation. Au contraire, les énergies ci-dessous sont dite « fatales », (du latin fatum = destin) c'est-à-dire que leur survenance, aléatoire ou prévisible selon les cas, ne peut pas être corrélée au besoin :
  • L’éolien qui survient quand il y a du vent, et pas trop, ne fournit sa puissance nominale qu’environ 18% (terrestre) à 25% (offshore) du temps.
  • L’hydraulique au fil de l’eau, ou marémotrice (Rance, hydroliennes de Bréhat), prévisibles, mais pas modifiables,
  • Le solaire photovoltaïque ou thermique qui produit quand il y a du soleil, c'est-à-dire principalement à contre-cycle, la consommation énergétique étant minimum en été.
Le rôle des distributeurs d’énergie est d’utiliser à chaque instant le moyen de production le plus approprié, et donc le moins cher et/ou le moins polluant. Il utilise en priorité les énergies fatales, marginalement gratuites, s’il y en a, puis l’énergie de base qui est en France le nucléaire, ce qui lui permet de couvrir environ 50% de la consommation maximum, soit la totalité des besoins pendant environ 60% du temps. S'il  çà ne suffit pas, il recourra en supplément à l’hydraulique de haute chute, puis aux combustibles fossiles, chers, et émetteurs de CO2.
La question du stockage de l’énergie électrique est fort ancienne, aussi vieille que la distribution électrique :
  • Les batteries ne permettent qu’un stockage dérisoire, très coûteux et pas du tout écologique, en raison de leur coût et de leur faible durée de vie. Il est définitivement impossible, même dans les technologies les plus modernes telles que le lithium-ion, de stocker ainsi l’énergie d’un réseau.
  • Une solution hydraulique limitée existe dans les pays pluvieux et montagneux : lorsque la demande est faible, on utilise l’énergie électrique disponible pour « turbiner », c'est-à-dire pomper l’eau du lac inférieur vers le lac supérieur. La Suisse s’en est fait une spécialité : elle turbine aux heures creuses avec de l’énergie électro-nucléaire bon marché importée de France, et exporte aux heures de pointe vers ses trois voisins de l’énergie électro-hydraulique au prix fort.
  • Pour l’essentiel, l’adaptation de l’offre à la demande est faite par variation de la  production à partir d’énergies primaires aisément stockables, et non par stockage de l’énergie électrique.
Dans ce contexte, l’annonce des Echos est pour le moins surprenante, à plusieurs titres :

Quand y aura-t-il des excédents ?
La question du stockage ne se pose que si la production éolienne est excédentaire. Dans le cas de l’Allemagne, en anticipant sa sortie du nucléaire ainsi compté pour zéro, il faudrait que les productions fatales (hydraulique au fil de l’eau, éolienne et photovoltaïque cumulées),  excèdent la consommation du pays au même moment, situation actuellement hautement improbable, même avec l’installation de 10 GW d'éolien offshore prévue en Mer du Nord. Il faudrait pour cela la conjonction d’une consommation très basse, c'est-à-dire en plein été, avec des vents forts, et du soleil, très  improbable. Quand bien même serait-elle obtenue, ce n’est pas la totalité de la production qui pourrait être stockée, mais uniquement l’excédent. Cà n’aurait évidemment aucun sens de stocker de l’énergie électrique d’origine éolienne tout en produisant de l’électricité thermique !

Comment les transformer en hydrogène ?
Considérons donc qu’il s’agit d’une expérience anticipant un futur lointain. Le choix de l’hydrogène pose des questions supplémentaires, déjà abordées dans ce blog à propos du stockage de l’énergie photovoltaïque : http://www.8-e.fr/2012/01/une-centrale-solaire-qui-stocke.html.

Si on ne veut pas utiliser d’hydrocarbures (ce serait un comble !), et l'électrolyse à froid d'une solution alcaline étant exclue en dehors de ses vertus pédagogiques, il y a deux manières d’utiliser de l’énergie pour produire de l’hydrogène à partir de l'eau, :
  • Par le cycle iode/soufre en trois réactions successives à températures élevées (200 à 900°C) qui aboutissent à :  H2O --> H2 + ½ O2
  • Par électrolyse d’acide sulfureux (H2 SO3) selon cycle de Westinghouse à chaud aboutissant à :  H2O --> H2 + ½ O2 
Notons que compte tenu du paragraphe précédent, cette installation de transformation ne sera, elle aussi, que très rarement utilisée, ce qui pose des problèmes multiples, et notamment celui de l’amortissement de l’investissement correspondant qui viendra grever le coût de l’hydrogène produit.

Que faire avec l’hydrogène ?
Les problèmes liés au stockage de l’hydrogène ont déjà été abordés dans ce blog à propose des véhicules à hydrogène :  http://www.8-e.fr/2012/03/vehicules-hydrogene.html . Résumons nous en disant que son stockage à l’échelle de l’énergie d’un réseau n’est envisageable ni à l’état liquide, ni à l’état gazeux, en raison de ses propriétés physiques extrêmes.

De ce fait, l’idée de le mélanger au réseau de gaz naturel n’est pas absurde, a l'avantage d'être simple, mais apparaît limitée :
Le gaz dit "naturel" doit satisfaire à la norme « G20 » relative au pouvoir calorifique (PCS et PCI), à la densité, et surtout à l’indice de Wobbe à partir desquelles les caractéristiques des  brûleurs et des appareil sont définies. L’adjonction d’hydrogène au gaz naturel ne serait possible que dans des limites étroites, qui dépendent d’ailleurs des propriétés réelles du gaz naturel auquel il serait incorporé afin que le mélange reste conforme aux normes.

Le transformer en gaz synthétique ?
En général, pour produire industriellement de l’hydrogène, on part du méthane, principal constituant du gaz naturel, selon trois procédés classiques déjà abordés dans ce blog (lien ci-dessus):
  • Le vaporeformage du méthane : CH4 + 2 H20 --> CO2 + 4 H2. 
  • L’oxydation partielle d’hydrocarbure, établie ici pour du méthane : 2 CH4 + O2 + 3 H20 --> 2 CO2 + 6 H2. 
  • Le reformage autothermique est une combinaison des deux précédentes : 3 CH4 + O2 + 4 H20 --> 3 CO2 + 10 H2 . 
Ici, on se pose curieusement le problème inverse: comment fabriquer du méthane à partir de l’hydrogène et de l'oxygène ?
La réaction est théoriquement très simple : C + 2 H2 à CH4. Mais cette simplicité n'est qu'apparente, car le carbone ne brûle pas dans l’hydrogène. Les pouvoirs calorifiques respectifs laissent même prévoir que cette réaction serait endothermique: d’où viendrait la chaleur? 

La réaction de Senderens et Sabatier (1902), élargie par le procédé Fischer-Thropsch développé en Allemagne dans les années 30 et largement utilisé pendant la deuxième guerre mondiale, permet la synthèse du méthane à partir du monoxyde de carbone en utilisant le nickel comme catalyseur : 3 H2 + CO --> CH4 + H2O. 
Partant du carbone et de l'oxygène pur résultant de l'une des deux réactions citées plus haut, la réaction globale devient :  
C + 1/2 O2 + 3 H2 --> CH4 + H20
Cette réaction n'utilise que 1/3 de l'oxygène produit par l'électrolyse. Finalement: 
  • Un tiers de l'hydrogène obtenu grâce à l'énergie éolienne sert à fabriquer... de l'eau de synthèse! 
  • Les deux tiers de l'oxygène produit peuvent se vendre au prix de l'oxygène résultant de la distillation de l'air liquide, beaucoup moins cher.
  • Par surcroît, il faut du carbone, qui viendra très probablement du coke, carbone presque pur issu de la distillation du charbon. Et on est revenus aux énergies fossiles ! On a réussi à transformer une énergie renouvelable en énergie non renouvelable! Beau sujet d’étude pour E.O N…
Une variante de cette réaction de Sabatier  permet, à température et pression élevées, avec un catalyseur de ruthénium sur alumine,  la production de méthane à partie d'hydrogène et de gaz carbonique (dioxyde) selon la réaction: CO2 + 3 H2 --> CH4 + H2O
  • Là encore, un tiers de l'hydrogène  sert à fabriquer de l'eau de synthèse!
  • Le CO2 doit être pur. Il pourrait provenir des futurs captages de CO2 à la source. Comme ce CO2 résulte lui-même d'une combustion du carbone ou d'un hydrocarbure, l'équivalence avec la variante précédente se confirme.
  • Pour que ce procédé soit économiquement justifié par rapport au précédent, il faut que soit le prix du carbone (issu des hydrocarbures ou du charbon) soit très élevé, soit que l'émission de CO2 soit très taxée: aucune de ces conditions ne sera atteinte à court ou moyen terme. A très long terme, c'est une voie possible.

Et quel sera le coût de ce méthane provenant :
  • de hydrogène issu l’énergie éolienne, la plus chère qui soit après la photovoltaïque,
  • dont un tiers est perdu dans la synthèse du méthane,
  • par des installations de production d’hydrogène et de synthèse de méthane rarement utilisée, donc coûteuses,
  • à partir du carbone probablement fossile,
  • ou à partir de captage de CO2 très onéreux?
Il sera très loin d'être compétitif par rapport au gaz naturel importé par gazoduc, l’énergie thermique la moins chère après le charbon, auquel il prétend s’additionner, et donc se substituer pour partie.

Conclusion
Rappelons la hiérarchie des énergies : 
  • Les énergies « nobles », aisément convertibles entre elles, ou en énergie thermique, avec un très bon rendement :
    • Mécanique (inclus hydraulique et éolien) statique ou cinétique
    • Electrique (issue de l’énergie mécanique, photovoltaïque, ou électrochimique)
  • L’énergie thermique (d’origine chimique, géologique, solaire thermique ou nucléaire) qui ne peut se convertir en énergie mécanique qu’à travers le principe de Carnot-Clausius, lequel  implique un mauvais rendement, typiquement 20% à 50%.
C’est donc a priori une mauvaise solution que de transformer, aux fins de récupération, de l’énergie électrique en énergie chimique destinée à produire de l’énergie thermique.

En outre, si ce procédé permet théoriquement de récupérer des excédents de production, il ne participe pas aux pointes de consommation électrique, qui devront être satisfaites par les moyens de production disponibles au moment où elles surviendront, même s’il n’y a pas de vent. Le terme de stockage est donc abusif, il s'agit tout au plus de récupération. En Allemagne, il ne réduira pas les pointes de consommation électrique par report sur le chauffage au gaz, puisque le chauffage électrique y est pratiquement inconnu.

Les Echos ne disent rien du financement de cette installation pilote. On peut raisonnablement penser qu’elle est lourdement subventionnée par le Gouvernement allemand qui chercherait ainsi à donner des gages à ses nombreux « Grunen » très actifs qui n’ont rien compris aux questions énergétiques. Ce ne peut être qu’une décision hautement politique, à l’approche des élections. Ce peut aussi être un vecteur d'image pour E.ON, grand exploitant de centrales an charbon, les pires en termes d'émission de CO2.

Il existe pourtant une voie pour réduire les émissions de CO2 sans augmenter le nucléaire, à condition toutefois de ne pas en sortir non plus : une modulation profonde des tarifs instantanés de l’énergie électrique par « yield managment », à l’instar des billets de transports aérien ou ferroviaire, et pour des raisons très similaires. La révolution numérique le permet, à un coût très modéré, et avec une véritable incitation individuelle à une consommation raisonnée et étalée… Voir notre message à ce sujet. Ce serait une autre décision politique, économiquement cohérente, mais pas si facile à faire accepter à une opinion publique qui aime la stabilité des prix, même quand celle-ci est une fiction.


mercredi 25 janvier 2012

Une centrale solaire qui stocke l'énergie?

TF1 a présenté à 20h lundi dernier (23 janvier 2012) comme une grande nouveauté une installation étudiée par l’Université de Corse pour stocker l’énergie produite par des panneaux solaires au moment où l’on n’en n’a pas besoin, afin de la restituer au moment des pointes de consommation. Ce stockage est effectué sous forme d’hydrogène et d’oxygène gazeux comprimés obtenus par électrolyse,  et restitué sous forme électrique par une pile à combustible, selon le schéma ci-dessous :

 

 Le principe est bon, çà ne peut que fonctionner.

Est-ce une nouveauté ? Pas vraiment…
  • L’électrolyse de l’eau a été réalisée dès 1800, et est devenue industrielle dès que le réseau électrique s’est développé, autour de 1900.
  • L’effet pile à combustible a été découvert en 1840. Les premières piles à combustibles dignes de ce nom ont été développées vers 1950, utilisées dans le domaine spatial (Apollo), puis commercialisées comme unités autonomes de production d’énergie électrique, mais restent coûteuses et de durée de vie limitée.
Le stockage de l’énergie électrique est un vieux problème, qui n’a que peu de solutions :
  • Les batteries d’accumulateurs ont des performances énergétiques désastreuses, une durée de vie limitée, un rendement acceptable de l’ordre de 70% en décharge/charge, et sont tout sauf vertes. 
  • Les volants d’inertie ont été envisagés, mais ils sont finalement encore moins bons que des batteries.
  • Les stockages thermiques seraient très mauvais si leur utilisation finale n’était pas thermique et locale, car la reconversion en électricité ne se ferait qu’avec un rendement déplorable (Principe de Carnot)
  • La seule bonne solution, malheureusement limitée, est le pompage d’eau dans des centrales hydrauliques réversibles, qui renvoie au niveau de la retenue supérieure l’eau pompée dans le lac inférieur. Son rendement est de 80%. Elle est parfaitement écologique. Mais elle n’est possible qu’en montagne, avec de l’eau: les suisses s’en sont fait une spécialité. Un important projet est en cours dans île de Gomera (Canaries) pour stocker l’énergie des éoliennes sous forme d’eau de mer renvoyée en altitude dans le cratère d’un volcan. Mais là bas, il y a les alizés, un volcan, pas de voitures, et pas de chauffage.
  • Le recours à un stockage chimique est une idée très ancienne, mais pratiquement jamais réalisée en raison des contraintes de mise en œuvre et d’un rendement médiocre.


Un rendement désastreux

Rappelons d’abord qu’un panneau solaire ne produit, en moyenne sur l’année, qu’environ 15% de sa puissance nominale, celle d’un panneau perpendiculaire aux rayons du soleil au zénith. Ce 15% est une moyenne pour la France. Admettons qu’en Corse, il monte à 20%. Ces taux très bas expliquent le coût très élevé de l’énergie photovoltaïque, car si le soleil est gratuit, les panneaux ne le sont pas, et leur durée de vie est limitée.

Ces taux sont une moyenne sur l’année : il sont évidemment supérieurs en été et inférieurs en hiver, au moins dans un facteur 3. Or c’est en hiver que les pointes de consommation sont, et de loin, les plus importantes, alors que la production sera au plus bas, voire insignifiante par temps couvert. Pas de chance !

L’électrolyse introduit des pertes importantes : la tension nécessaire est largement supérieure à la tension électrochimique d’électrolyse. L’énergie récupérée sous forme chimique ne représente que 60% environ de l’énergie électrique utilisée. En revanche, une cuve d’électrolyse est un dispositif simple et peu coûteux.

Le stockage étant nécessairement sous forme gazeuse, il nécessite des réservoirs volumineux résistant à une pression très élevée, et donc très lourds et coûteux. Ce stockage sera nécessairement limité.



Pour assurer la transformation inverse, la pile à combustible était en concurrence avec un groupe électrogène à moteur thermique alimenté à l’hydrogène (zéro émission) plus alternateur. La pile a été retenue parce que son rendement est meilleur : environ 50% contre 30%. Mais son prix est très élevé, et sa maintenance est lourde.

Cette « usine à gaz » (oui, oui, l’oxygène et l’hydrogène sont des gaz !) aboutit à un rendement final de 60% x 50% = 30% de l’énergie fournie par les panneaux, ou encore de 30% x 20% = 6% de la puissance nominale des panneaux… Et encore, ces résultats ne tiennent pas compte de l’énergie perdue dans la compression des gaz en vue de les stocker.

Une énergie récupérée hors de prix

L’énergie photovoltaïque reste de très loin la plus chère, de toutes, avec un prix de rachat par ERDF au détail récemment ramené à 0,45 €/KWh. ERDF devra la retransformer en moyenne tension pour l’acheminer vers son lieu d’utilisation où elle sera revendue en moyenne 0,12 €/KWh, et ce, principalement en périodes de basse consommation pendant lesquelles le prix « spot » de l’énergie électrique sur les marchés internationaux est inférieur à 0,05 €/KWh.

Du seul fait que le rendement du stockage envisagé n’excède pas 30%, le prix de revient des KWh différés va monter à 0,45 / 30% = 1,50 €/KWh, et ce, avant amortissement du coût de l’installation de stockage. Ils seront revendus, au détail, 12 fois moins cher, et finalement refacturés à tous les abonnés ERDF dans la dernière ligne "CSPE" de la facture : « Contribution au Service Public de l’Electricité ».

Il existe, heureusement, d’innombrables manières de réduire les émissions de CO2 sans perde de vue à ce point les contraintes économiques !

Est-ce la bonne solution ?

Le principe utilisé est satisfaisant pour l’esprit, de par sa symétrie :
  • oxygène et hydrogène séparés puis recombinés
  • électrolyse et pile à combustibles utilisant le même couple électrochimique.

C’est un beau sujet pour une Université, et peu importent le rendement et le coût.

On pourrait pourtant envisager et étudier d'autres solutions, plus industrielles, qui produiraient beaucoup plus d’énergie grâce à un meilleure utilisation de l'oxygène, sans émettre de CO2.
  • La pile à combustible peut parfaitement fonctionner avec de l’air, et fournira sensiblement la même énergie électrique sans consommer d'oxygène.
  • L’oxygène pur peut alors être utilisé comme unique comburant du fioul, ou demain du gaz qui va arriver en Corse (tant qu’on en a) pour alimenter directement une turbine à gaz, ou la chaudière d'une turbine à vapeur. Les fumées sont ainsi constituées exclusivement de vapeur d’eau, qui se sépare par condensation, et de gaz carbonique pur, aisément captable.
  • Cette turbine à gaz serait très spécifique : température plus élevée contraignant sans doute à une pression plus basse, et pourrait être suivie d'une turbines à vapeur pour constituer une centrale à cycle combiné de très bon rendement global sans émission de CO2.
  • En variante plus simple: l'oxygène pur est utilisé pour faire du reformage autothermique du méthane (gaz naturel) selon la réaction thermiquement neutre:                                                     CH4 + 0,34 O2 + 1,32 H20 --> CO2 + 3,32 H2 
  • qui donne, en volume, près de 10 fois plus d'hydrogène qu'elle ne consomme d'oxygène, soit 5 fois plus que celui résultant de l'électrolyse. Cet hydrogène pourrait être utilisé dans la pile à combustible, ou dans une turbine conventionnelle hydrogène / air.
  • Parce qu’il est pur, et contrairement à la totalité des centrales thermiques où il est mélangé à l’azote, ce gaz carbonique est très facile à liquéfier à température ambiante par compression (60 à 70 bars), et ensuite à transporter sur un site approprié, notamment pétrolifère, pour être réinjecté dans le sous-sol.
L’oxygène fourni à partir des panneaux solaires ne sera sans doute pas disponible en quantité suffisante pour alimenter une turbine à gaz, même petite, ou une unité de reformage, mais cette idée pourrait s'appliquer hors de Corse à une électrolyse à partir de centrales électro-nucléaires en heures creuses, pour contribuer aux consommations de pointe sans émission de CO2. Le coût risque de rester élevé en raison des contraintes de stockage de l'oxygène et de l'hydrogène, mais celui-ci est en partie réduit par le passage par le reformage, eu égard au facteur 10 cité plus haut entre l'oxygène stocké consommé et l'hydrogène fourni immédiatement utilisé.

Le problème est-il bien posé ?

En général, réduire les émissions de CO2 résultant des pointes de consommation qui obligent à recourir aux centrales thermique, est une bonne idée, quoique pas nouvelle, mais pourquoi devrait-on le faire particulièrement à partir des panneaux photovoltaïques ?

Rappelons les chiffres France 2010 selon l’INSEE pour les énergies vertes :

Eolien
Photovoltaïque
Energie en MTEP
0,83 MTEP
0,05 MTEP
% énergie électrique (38 MTEP)
2,2%
0,1%
% énergie finale (170 MTEP)
0,5%
0,03%

Il est clair que vue son insignifiance et son coût, l’énergie photovoltaïque différée n’a aucune chance de réduire significativement les crêtes. Le stockage envisagé n’a pas d’autre valeur que l’enseignement… ou la satisfaction des électeurs et militants écologistes qui n’ont pas vraiment compris le problème.

En Corse, dont le réseau n’est pas relié à la France (donc pas de nucléaire), la consommation électrique est couverte :
  •            à 30% par l’hydraulique locale
  •           à 50% par une centrale thermique au fioul, selon photo ci-dessous (CO2)
  •           à 20% par des importations de Sardaigne (CO2)
  •         une centrale au gaz (CO2) rendue possible par l’arrivée en Corse du réseau de gaz naturel est en projet

  
Paradoxalement, l’arrivée du réseau de gaz en Corse va réduire significativement les émissions de CO2, non pas en raison du remplacement du fioul par du gaz, mais parce que ce gaz sera distribué directement dans les villes. Utilisé dans des chaudières à condensation il permet un rendement proche de 100% (sur PCS (1)), alors qu’un chauffage à l’électricité d’origine thermique ne dépassera pas un rendement cumulé de 35% en général, 50% s’il s’agit d’une centrale à gaz à cycle combiné. Les émissions de CO2 liées au chauffage domestique électrique en Corse ont donc un potentiel de réduction de plus de 50%, même si les technologies utilisées ne sont pas vertes !

(1) PCS = Pouvoir Calorifique Supérieur, mesuré avec des fumées à moins de 100 °C, c'est à dire après condensation de la vapeur d'eau, et donc récupération de la chaleur latente de condensation.Les fabricants ont tendance à afficher le rendement sur PCI (Pouvoir Calorifique Inférieur avant condensation), qui leur permet d'afficher des rendements supérieurs à 100%, mais dépourvus de sens.