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lundi 28 mars 2016

Véhicule 2,3 l/100 km : 2 - Moteur thermique



Résumé

La motorisation envisagée dérive du moteur 3 cylindres PSA récent, ramené à 666 cm3 par suppression d’un cylindre. Ce bicylindre de 34 KW aura le même bon rendement, mais avec une seule détente motrice par tour, il nécessitera un double volant amortisseur à l’entrée de la boîte de vitesses.

Moteur thermique

Rappelons que TOUTE l‘énergie mécanique d’un véhicule hybride non rechargeable vient du moteur thermique, et donc du carburant, soit directement en mode thermique, soit indirectement, après stockage dans la batterie, en mode électrique. Le rendement du moteur thermique est donc d’importance majeure.

Le rendement d’un moteur thermique donné est éminemment variable selon son point d’utilisation dans le plan « Couple vs. Vitesse de rotation ». L’optimum,  variable d’un moteur à l’autre, se situe généralement dans la zone autour de 50% de la vitesse maximum et de 75%  du couple maximum, ce qui correspond à environ 50% de la puissance maximum (et non pas 50% x 75% = 38%, car les maximum du couple et de la puissance ne sont pas au même régime).

Actuellement, les moteurs sont presque toujours trop puissants car dimensionnés pour l’agrément de conduite qui nécessite de bonnes accélérations. Le moteur devra ici être strictement dimensionné pour que la vitesse autoroutière corresponde au rendement optimum, au détriment de la capacité d’accélération. Le « downsizing » est ainsi à son optimum. Grâce à la motorisation hybride parallèle, l’appoint transitoire du moteur électrique, ainsi que la boîte de vitesses pilotée remédieront largement aux inconvénients de cette faible puissance permanente.

Solutions envisagées ou écartées:

Le moteur envisagé, à créer, dérive du récent 3 cylindres en ligne PSA, ramené à 2 cylindres, pour aboutir à une cylindrée de 667 cm3, une puissance de 30 KW à 6 000 t/min, et une courbe de couple assez plate de 62 Nm de 3 000 à 5 000 t/min, avec maintien du rendement.


  • La disposition « flat twin » apporte un meilleur équilibrage dynamique, mais est plus encombrante et complique la distribution, l’admission et l’échappement, et le refroidissement. Elle n’est pas envisageable.
  • La réduction de cylindrée unitaire en maintenant les  3 cylindres ne l’est pas non plus en raison de son poids et de son prix, et surtout car elle introduirait une baisse du rendement.
  • En variante, conserver le moteur PSA à 3 cylindres avec de petites modifications (allonger l’admission au-delà du point mort bas, réduire le volume de la chambre de combustion) pour lui donner un cycle d’Atkinson améliorant un peu le rendement grâce  un rapport de détente supérieur, mais réduisant la puissance maximum par baisse de le cylindrée d’admission. Seuls les motoristes pourraient en juger.
  • Le diesel, qui permettrait un gain de l’ordre de 10% en masse de carburant et en CO2, c’est-à-dire de 20% en volume, et 30% en coût, est exclu : trop cher et trop lourd pour un très petit moteur (injection « common rail » et antipollution « Euro 6 »), et amortissement du surcoût impossible avec une aussi faible consommation, sans parler de sa mauvaise image rémanente.


Régularisation du couple moteur

Il reste que le bicylindre envisagé, avec une seule explosion par tour, produit un assez couple irrégulier, qui demande à être filtré :


Il est théoriquement possible de régulariser le couple moteur en utilisant la machine électrique solidaire du même axe, qui serait motrice pendant les compressions, et génératrice pendant les détentes, mais cette solution nécessiterait une machine et une électronique de commande dimensionnées au couple de crête du moteur thermique (peu après le point haut de l’explosion) de l‘ordre de 500 Nm, trop élevé pour être envisagé, outre les pertes qu’elle engendrerait inévitablement du seul fait de son intervention.

Un flux magnétique radial engendré sans apport d’énergie par un aimant permanent, et parcourant un circuit magnétique à entrefer variable, et donc à réluctance et flux variables, selon le croquis ci-dessous, pourrait créer un couple variable suivant l’angle, en moyenne nulle sur un tour, s’additionnant au couple moteur. La coïncidence des axes R et S correspondait au point mort haut de l’explosion. Mais sa loi de  variation du couple selon l’angle serait fixe, alors que celle du moteur ne l’est pas, outre le fait que les couples envisagés conduiraient à un dispositif lourd et encombrant.






Véhicule 2,3 l/100 km : 3 - Rapports de transmission




Résumé
Le choix des rapports de transmission est déterminé à partir des zones de rendement optimum du moteur dans les différentes circonstances d’utilisation. Cet optimum amenant des rapports longs, l’agrément de conduite impose une boîte pilotée.


Dans la recherche de l’économie, la transmission a ici deux fonctions :
  • Non seulement permettre l’utilisation du véhicule dans toutes les conditions de vitesse, de pente et d’accélération, comme d’habitude
  • Mais aussi faire fonctionner le moteur dans sa zone du plan « Couple vs. Vitesse » apportant le meilleur rendement, contrairement à la pratique de la plupart des conducteurs de boîtes manuelles. 

Les courbes de rendement utilisées ci-dessous sont des courbes typiques estimées et construites par l’auteur à partir des données du constructeur. Des différences sur la position exacte de ces courbes ne changeraient pas la validité du projet, mais seulement les rapports de transmission.

Les 4 réseaux ci-dessous sont identiques en ce qui concerne la courbe de couple  et les hyperboles iso-puissance. Ils diffèrent par les couples requis selon la déclivité et les km/h en abscisses, paramètres qui dépendent du rapport de transmission.

Le quatrième rapport, à 40 km/h par 1 000 t/min, très long, est celui de l’économie : il doit maintenir dans la zone de rendement élevé les points de fonctionnement usuels en mode thermique permanent compris entre 80 et 160 km/h, pour un régime moteur variant de 2 000 à 4 000 t/min. Le point à 130 km/h est obtenu à 3 250 t/min et 42 Nm, dans la zone de rendement optimum. Il maintiendra cette vitesse sur une côte autoroutière de 2%, mais sans plus. Il ne permet pas d’utiliser la pleine puissance du moteur, et la voiture sera « molle ». C’est le rapport optimum à vitesse constante entre 90 et 130 km/h, occurrence très élevée sur route, voie rapide et autoroute.



 Le troisième rapport, à 25 km/h par 1000 t/min, est celui du confort de conduite péri-urbain et routier, dans une vaste plage de 50 à 150 km/ obtenus entre 2 000 et 6 000 t/min h (maximum du moteur), avec côtes de 3% à la vitesse maximum, 5% à 130 km/h, 6% à 110 km/h et 7% à 90 km/h. Il sera optimum en faibles côtes de 4 à 6%, de 50 à 100 km/h, et peut franchir 8% à 70 km/h, à son couple maximum.


Le second rapport, à 16 km/h par 1 000  t/min, est celui de l’accélération en conduite urbaine et péri-urbaine, dans la plage de 30 à 90 km/h, correspondant à 1 900 à 6 000 t/min moteur. Il permet aussi de gravir une pente à 12% sur toute cette plage, et même 14% entre 50 et 80 km/h. Sur terrain plat, l’accélération sera en moyenne de 1,3 m/sec², soit une reprise franche. A vitesse stabilisée, il est optimum pour des côtes de 8 à 12% gravies à des vitesses entre 30 et 60 km/h., mais permet aussi 12% à 90 km/h au prix d’un moindre rendement. Il n’est optimum à vitesse stabilisé que sur des côtes de  6 à 14% correspondant à des routes de montagne.



Le premier rapport, à 8 km/h par 1 000 t/min, est le rapport permettant le démarrage, les manœuvres et les fortes déclivités, jusqu’à 30% à 44 km/h. Se situant en général à faible couple moteur, il n’est pas destiné à être utilisé en permanence, même en ville, d’autant que dans ce cas, le moteur électrique sera privilégié.

Le rapport « adapté » pour avoir la puissance maximum (34 KW) à la vitesse maximum, serait de 31 km/h par 1 000 t/min et permettrait 175 km/h, illicite en France sur la voie publique, en mode thermique seul. Il conduirait à augmenter beaucoup la consommation, ainsi que les coûts des pneumatiques et des freins. N’étant pas dans l’esprit du véhicule, il n’est pas retenu.

La marche arrière est obtenue sur le premier rapport par inversion du sens de rotation du moteur électrique. Les deux moteurs ayant le même couple, maximum, la capacité en côte est identique à celle du premier rapport en mode thermique, soit 30%, mais à vitesse plus réduite (19 km/h), ce qui n’a aucun inconvénient.

Le calcul des accélérations de 0 à 100 km/h résultant du seul moteur thermique aboutit à :
  • En mode économie, avec rapports intermédiaire limités à 4 000 t/min : 27 sec
  • En mode performance, avec rapports inférieurs montés à 6 000 t/min : 16 sec

Elles permettent de rouler dans un flux de circulation urbaine ou routière de façon normale, mais n’ont aucune de prétention sportive. L’apport du moteur électrique permettra de réduire significativement ces temps (message suivant).

Cette motorisation minimum assortie de rapports longs en ferait un véhicule peu agréable à conduire sur les deux rapports les plus longs. Ceci sera compensé de deux manières :
  • Une boîte pilotée performante, dépourvue de « trous » d’accélération s’impose donc, pour rétrograder rapidement et efficacement chaque fois qu’une accélération sera nécessaire.
  • L’apport transitoire du moteur électrique qui augmente de 50% la puissance disponible.



Véhicule 2,3 l/100 km : 4 - Hybridation électrique




Rappelons que l’hybridation électrique non rechargeable a trois fonctions :
  • la récupération :
    • d’énergie cinétique en ralentissement,
    • et d’énergie potentielle en descente,
  • l’apport d’une puissance supplémentaire transitoire pour réduire les inconvénients du « downsizing » du moteur thermique.
  • L’amélioration du rendement du moteur quand celui-ci travaille à un couple trop bas correspondant à un rendement inférieur à 25%, par consommation d’une puissance appropriée renvoyée à la batterie, afin d’augmenter le couple du moteur thermique.
Ces trois fonctions sont limitées par :
  • la puissance et le rendement de la machine électrique
  • et  la capacité et le rendement de la batterie
 La configuration envisagée ici est la plus simple, dite « hybride parallèle ». Les couples du moteur thermique et de la machine électrique (ce dernier positif, nul ou négatif) s’additionnent algébriquement car ils sont montés sur un arbre commun, mais peuvent être découplés. Le moteur électrique tourne toujours si le véhicule est en mouvement, alors que le moteur thermique peut être accouplé ou non au moteur électrique.

Physiquement, la machine électrique, de grand diamètre et faible épaisseur, s’intercale entre le moteur thermique et la boîte de vitesses.

Puissance d’une machine électrique

La courbe de couple d’une machine électrique a l’allure suivante, comparée à celle du moteur thermique envisagé plus haut :


Contrairement au moteur thermique inutilisable en dessous d’environ 1 300 t/min,  un moteur électrique « brushless » produit un couple constant dans une première plage de 0 jusqu’à une certaine vitesse de rotation, 62 Nm jusqu’à 2 300 t/min dans l’exemple ci-dessus.

Il dispose au-delà de cette vitesse d’une deuxième plage dans laquelle le couple maximum diminue quand la vitesse de rotation augmente, le produit des deux correspondant à une puissance constante, 15 Kw jusqu’à 6 000 t/min dans l’exemple ci-dessus.

Les couples maximum des deux moteurs sont ici choisis égaux, ce qui n’est nullement obligatoire.

Contrairement à un moteur thermique, la puissance nominale d’une machine électrique (moteur ou génératrice selon son utilisation) résulte de son échauffement qui est progressif. Elle peut être définie de deux façons :
  • La puissance nominale que le moteur est capable de fournir en permanence sans dépasser les températures admises dans ses bobinages.
  • La puissance de crête définie pour une durée déterminée en partant de la température ambiante sans dépasser cette même température admise.
Avec juste raison, c’est la seconde qui figure dans les documentations techniques des véhicules hybrides, car un véhicule hybride non rechargeable tire TOUTE son énergie du carburant, la machine électrique (tantôt moteur, tantôt génératrice) n’intervenant qu’à titre transitoire en déchargeant ou chargeant la batterie.

En première approximation, à une vitesse de rotation donnée, par exemple 2 300 t/min, l’écart de température entre les bobinages et l’ambiante, en régime permanent,  croît comme le carré de l’intensité (qui est proportionnelle au couple) selon la courbe noire du graphe ci-dessous. Depuis la température ambiante,  la température interne d’une machine  électrique croît et tend vers la température permanente selon une loi exponentielle décroissante. On voit sur l’exemple ci-dessous que, du point de vue thermique, une machine de puissance permanente de Pn, définie par 100° d’échauffement,  peut permettre 120% pendant 30 minutes, 160% pendant 20 minutes, 215% pendant 10 minutes, 390% pendant 5 minutes, etc…

Mais encore faut-il que l’électronique de commande soit conçue pour fournir  cette puissance électrique de crête, car elle n’accepte que peu ou pas de surcharge intermittente. Dans le graphe ci-dessous, nous l’avons limitée à 300%.


Cette puissance va être choisie selon les nécessités de son utilisation en récupération d’énergie potentielle ou cinétique étudiées ci-dessous.

Récupération d’énergie potentielle dans les déclivités

En bas du graphe ci-dessous relatif à ce véhicule de 900 kg, la courbe noire continue donne la déclivité nécessaire à l’obtention d’une vitesse naturelle (sans moteur) constante pour laquelle la gravité est équilibrée par les forces aérodynamique et  de roulement. Les courbes rouge ou bleues donnent cette même déclivité pour une puissance récupérée donnée fixe, étagée entre 1 à 20 KW.


 Aux vitesses basses, leur allure hyperbolique résulte de ce que  « puissance constante = vitesse x force », cette dernière étant proportionnelle à la pente. Aux vitesses élevées, les forces aérodynamiques cessent d’être négligeables et viennent relever la pente nécessaire pour obtenir une vitesse donnée. Si la pente est plus faible que le coefficient de roulement du véhicule, ici 1,5%, le véhicule ralentit.

A noter que chaque pente (en ordonnées) a deux intersections avec chaque courbe de puissance, correspondant à deux équilibres très différents :
  • Instable à vitesse basse et pente élevée : si la vitesse augmente, la force récupérée  diminue et le véhicule accélère irréversiblement.  Exemple pour la courbe des 5 KW : 5% à  43 km/h
  • Stable à vitesse élevée et faible pente : si la vitesse augmente, la force aérodynamique croît plus vite que le force de récupération ne décroît. Exemple pour la même courbe des 5 KW : 5% à 134 km/h
On constate qu’une puissance de 15 KW (pointillé bleu) permet de récupérer toute l’énergie correspondant à une descente de 10% jusqu’à 65 km/h, 8% de 60 à 80 km/h, et 7% au-delà. A 10 KW, les 10% seront limités à 42 km/h, puis 7% jusqu’à 65 km/h et 6% au-delà. Ces ordres de grandeur sont acceptables, car l’occurrence des situations non entièrement récupérées est faible.

Reste la question de la durée de cette puissance de crête. Remarquons qu’un véhicule descendant une déclivité de 10% à 20 m/sec (72 km/h) perd 2 mètres d’altitude par seconde, soit 1 200 mètres en 10 minutes. L’occurrence d’une perte d’altitude plus rapide est insignifiante. 10 minutes seront largement suffisantes.

Notons enfin que, aux rendements près,  l’énergie récupérée dans cette descente est inférieure (aérodynamique, frottements, rendement…) à :
1 200 m x 900 Kg x 9,81 m/sec² ≈ 11 MJ ≈ 3 KWh.
C’est une première approche de la capacité de la batterie. 

Récupération d’énergie cinétique dans les décélérations

L’occurrence des décélérations est beaucoup plus élevée que celle des descentes, notamment en trafic urbain ou périurbain. Il est donc nécessaire de récupérer l’énergie cinétique en décélération, c’est même là le principal atout urbain des véhicules hybrides. A 90 km/h,  l’énergie cinétique de notre véhicule type est de :
900 kg x (25 m/sec)² / 2 = 280 KJ ≈ 0,08 KWh
ce qui est très inférieur à la capacité de la batterie qui sera de plusieurs KWh selon la détermination déjà faite ci-dessus.

En revanche la puissance instantanée de la machine électrique limite sévèrement l’intensité du freinage récupératif, comme l’illustrent les trois graphes ci-dessus qui donnent respectivement la distance et le temps de freinage, ainsi que la décélération maximum, en fonction de la vitesse. La modélisation comporte un plafond  du freinage récupératif à 2,5 m/sec².
    
On y voit clairement que le freinage récupératif est très loin d’être un freinage d’urgence : à la vitesse maximum du véhicule, il n’apporte qu’une décélération de 0,15 à 0,30 m/sec², là ou un freinage classique apporterait jusqu’à 8 m/sec² sur sol sec. Ce dernier conserve donc son rôle essentiel, sans oublier que son occurrence est faible, donc peu importante dans le bilan énergétique. En situation normale, les distances d’arrêt, selon la courbe 15 KW du premier des graphes ci-dessus, peuvent aisément être anticipées par le conducteur :
  •         Arrêt à un péage autoroutier depuis 130 km/h en 1 000 mètres
  •         Arrêt sur encombrement en voie rapide urbaine depuis 90 km/h en 380 mètres
  •        Arrêt à un feu rouge en trafic urbain depuis 50 km/h en 75 mètres

3 graphes temps distance vitesse freinage

La presque totalité de l’énergie cinétique peut ainsi donner lieu à récupération, sans oublier la perte due au rendement de la batterie (≈ 80%) et à deux fois le rendement de la machine électrique (≈ 90%² = 81%), soit au total environ 60% réellement récupérés.

Apport de puissance complémentaire transitoire

L’analyse du 4ème rapport de transmission a montré qu’en mode thermique et à 130 km/h, la capacité en côte se limitait à 3%, alors que les côtes autoroutières atteignent couramment 4% et parfois 6%. A cette vitesse, le régime moteur est de 3 250 t/min pour un couple maximum de 62 Nm. Le moteur électrique de 15 KW au-dessus de 2300 t/min peut y ajouter 44 Nm, soit un doublement de la capacité en côte : le véhicule maintient sa vitesse de 130 km/h jusqu’à des côtes de 6%. Il exploite l’autoroute au maximum licite en toutes circonstances.

Si une telle côte a une longueur de 6 km, soit une dénivellation de 6 000 x 6% = 360 mètres, ce qui est déjà beaucoup, parcourue en 6 000 m / 36,1 m/sec =  166 sec, l’énergie mécanique produite sera 15 000 w x 166 sec = 2,5 MJ, et l’énergie consommée 2,5 MJ / 90% = 2,8 MJ = 0,7 KWh. On est très loin de la capacité de la batterie,

Fonctionnement urbain en hyper-centre

Il peut arriver, et il arrivera de plus en plus, que des centres ville soient interdits à tous les véhicules thermiques. Analysons l’autonomie de notre véhicule en mode électrique.

Sa consommation urbaine (50 km/h maxi et arrêt tous les 500 mètres) est de l’ordre de 30 KWh aux 100 km. La décharge à 75% d’une batterie de 10 KWh, soit 7,5 KWh effectifs, permet donc de parcourir 25 kilomètres, alors que la traversée de Paris intra-muros fait moins de 15 km. Si ce trajet de 25 Km est effectué en 60 minutes, la puissance moyenne consommée est de 7,5 KW, compatible avec les 7 KW permanents admis par le moteur.

Selon une autre approche, la puissance requise à une vitesse constante de 50 Km/h est inférieure à 3 KW. La différence avec les 7,5 KW résulte du rendement (≈60%) de récupération de l’énergie cinétique qui intervient 24 fois selon le modèle utilisé..

Côtes en mode électrique sur le premier rapport

Le couple du moteur électrique doit permettre la même capacité en côte que le moteur thermique. La marche arrière est obtenue sur le premier rapport de transmission par inversion du sens de rotation du moteur électrique. Il permet de gravir 30% (très rare) à 18 km/h, ou 18% à 30 km/h en mode électrique, ce qui est largement suffisant.

Conclusion : Puissance de la machine électrique et capacité de la batterie
Compte tenu de ce qui précède, il est raisonnable d’adopter :
  • une machine électrique de 7 KW permanents, ou 15 KW pendant 10 minutes depuis l’état froid, avec une plage à puissance constante de 2 300 à 6 000 t/min, et une plage à couple constant (62 Nm) de 0 à 2 300 t/min.
  • Une batterie Li-Ion  de 10 KWh dont la masse est de l’ordre de 70 kg. Une étude serait évidemment nécessaire pour réduire ce chiffre, notamment selon la longévité de la batterie.


lundi 2 février 2015

Propulseurs électriques Torqeedo : mythes et réalités

Résumé

Le fabricant allemand Torqeedo propose une gamme de propulseurs électriques pour bateaux. L’analyse de ses informations  commerciales montre que ses produits sont sérieux, bien conçus, et à jour des techniques récentes assurant à la fois longévité et bon rendement : moteurs « brushless », réducteurs planétaires, packs de batteries lithium-ion dérivées de la gamme Johnson Controls pour  véhicules électriques, offre bien segmentée, et éventuellement choix d’hélices, assurant une bonne adaptation au bateau, qui va du kayak au gros voilier. Que des compliments sur les produits !

Mais la capacité limitée des batteries, si modernes soient-elles, oblige à réduire la puissance des moteurs pour préserver une certaine durée d’utilisation, qui reste modeste. Torqeedo l’a fait, car il n’y a pas d’autre solution ! Les véhicules électriques terrestres sont dans le même cas, ce qui les limite pratiquement à un usage urbain.

Bien loin d’expliquer ce point qui est évidemment peu vendeur, ou même de le passer sous silence, Torqeedo tente de démontrer à grand renfort d’arguments pseudo-techniques, qu’à puissance égale sur l’arbre d’hélice, un moteur électrique serait plus efficace qu’un moteur thermique. Il introduit ainsi une généreuse équivalence de ses moteurs avec des moteurs thermiques largement plus puissants. Par surcroît, il définit, contre tous les usages, la puissance de ses moteurs par la puissance électrique consommée et non par la puissance  mécanique, évidemment inférieure. En réalité :
  • L’hélice, montée sur l’arbre d’hélice, « ne sait pas » si cet arbre est lui-même entraîné par un moteur électrique, à essence, diesel, à vapeur, ou même par des pédales. Pour un couple et une vitesse de rotation donnés, l’hélice aura donc exactement les mêmes performances quel que soit le moteur en amont, du moment qu’il est capable de fournir ce couple à cette vitesse, c’est-à-dire cette puissance.
  •  Les arguments basés sur la courbe de couple plus plate d’un moteur électrique, n’ont aucun sens. A chaque vitesse de rotation, le couple effectif du moteur n’est pas son couple maximum, mais seulement celui que l’hélice requiert pour tourner à cette vitesse. Le couple maximum du moteur intervient exclusivement à la vitesse de rotation maximum qui correspond à la puissance maximum. En dessous de cette vitesse, le couple requis par l’hélice décroît très vite, en sorte que les deux types de moteurs ont alors des couples maximum très surabondants, non utilisés, et donc inutiles. La courbe plate d’un moteur « brushless » n’apporte donc strictement rien.
  •  Avec juste raison, Torqueedo vante l’intérêt des hélices lentes à grand diamètre et faible pas. Elles assurent en effet une bonne poussée malgré la faible puissance, mais ce, à moindre vitesse. Elles ne remplacent pas la puissance manquante !
Torqeedo y ajoute :
  • Des arguments écologiques, à prendre avec réserves, car l’énergie électrique utilisée est rarement verte, particulièrement en Allemagne, et les batteries ne le sont jamais. Voir notre message à ce sujet.
  • Des arguments économiques biaisés, faisant état de coûts identiques, mais sur la base d’une énergie mécanique produite très inférieure.
Le client doit être informé des limites inhérentes à cette technologie : autonomie très réduite malgré un poids fortement augmenté par les batteries. 

Mise à jour du 2 juin 2020 : Il reste que la gamme Torqeedo présente un intérêt évident pour certaines applications : remplacement de l’énergie humaine (kayaks, annexes), petits plans d’eau,  pêche, manœuvres de port, silence, interdiction des moteurs thermiques, et surtout facilité de démarrage : plus de lanceur, ni de stress lié au "Va-t-il démarrer?" Son fils ayant  acheté un Torqeedo 1003 pour les entrées et sorties de port de son petit voilier de course, l'auteur à fait de même pour son annexe gonflable de 2,5 m : Que du bonheur à démarrer sans effort et circuler lentement, mais silencieusement dans un port ou un mouillage jusqu'à la plage ! 

Message 

Torqeedo est un fabricant allemand de propulseurs électriques de faible ou moyenne puissance pour applications nautiques. Ses produits paraissent sérieux et bien conçus, mais certains arguments contenus dans son catalogue 2015 sont critiquables car ils utilisent des arguties erronées pour masquer des faiblesses inhérentes à l’utilisation de batteries, qui sont de nature à induire l’acquéreur non averti en erreur.

Notre analyse critique repose sur les documents publiés par Torqeedo, mais pas sur l’expérience, car nous n’avons pas utilisé ces produits, ni effectué sur eux des mesures ou essais dont nous n’avons pas la possibilité. Voir mise à jour en fin du résumé ci-dessus.

Les produits Torqeedo sont sérieux et inspirent confiance

Moteur

Inventé en 1869, le moteur à courant continu est arrivé dès 1900, à un  bon rendement. Ses progrès ultérieurs ont porté sur le fer du circuit magnétique, les isolants, puis sur les aimants permanents à partir de 1960, éventuellement au néodyme depuis 1990. Le remplacement des balais de graphite frottant sur le collecteur, par une commutation électronique à partir de 1980 a permis, tout en conservant exactement son principe, une transformation radicale de ce moteur ainsi devenu « brushless » : le stator et le rotor sont permutés, les aimants tournent, les bobinages sont fixes, d’où une amélioration importante de la longévité,  du rendement et du silence.

L’éclaté publié en page 12 de la documentation Torqeedo confirme cette analyse, en montrant :
  • A gauche, la cloche grise tournante est l’inducteur constitué de :
    • un flasque en aluminium moulé et ajouré pour faciliter le refroidissement des bobinages,
    • supportant une virole extérieure cylindrique en acier refermant le flux magnétique,
    • et portant à l’intérieur les aimants permanents qui créent ce flux magnétique fixe.
    • Le flasque est solidaire d’un axe en acier
    • supporté par deux roulements à billes, un gros côté cloche et un plus petit côté pignon,
    • axe qui va jusqu’au au pignon central du réducteur en traversant l’induit fixe.
  • A l’intérieur de la cloche, l’induit portant le bobinage est fixé sur la structure en aluminium de l’embase. Ses sections (bobinages élémentaires) sont connectées au large circuit imprimé vert qui supporte aussi les capteurs à effet Hall en périphérie et les commutateurs électroniques, non visibles.
  • Au centre droit, un réducteur épicycloïdal dont les 3 satellites entraînent l’arbre d’hélice. C’est la meilleure architecture pour un réducteur, qui allie bon rendement, faible encombrement et bonne longévité.
  • A droite, l’arbre d’hélice très court est supporté par deux roulements à billes et, semble-t-il, un palier lisse avec joint tournant d’étanchéité (toujours un point faible, mais inévitable).

L’ensemble est de belle facture et inspire confiance : aucune critique de principe à formuler. La conception est conforme aux technologies actuelles, a certainement un bon rendement, mais ne présente pas d’innovation particulière.


 Batteries

Torqeedo préconise avec juste raison des batteries lithium-ion. Cette technologie récente a été développée d’abord pour des applications de mobilité (téléphones mobiles, ordinateurs, appareils photos…) par Sony qui l’a commercialisée en 1981. Elle a progressé rapidement grâce à sa généralisation dans la mobilité, tout en montant en puissance pour des utilisations dans l’outillage électroportatif, les cycles, les véhicules hybrides, et enfin dans les véhicules purement électriques (Zoé, Ampera, Up, Tesla…)

Les éléments de base sont regroupés en série et/ou en parallèle pour constituer des modules. Chaque module comporte une électronique de base gérant les inévitables dissymétries entres éléments. Les modules sont regroupés en pack comportant une électronique dite BMS « Battery Management System » qui assure la sécurité, la gestion de l’énergie, et de la température, et la métrologie des paramètres.



Torqeedo achète les packs dérivés de ceux des véhicules électriques à Johnson Controls,  groupe multinational, l’un des acteurs majeurs en la matière, dont le logo figure discrètement au milieu de la page 42.

Ces batteries constituent un progrès énorme par rapport aux batteries classiques plomb/acide sulfurique, avec une énergie spécifique (c’est-à-dire par unité de masse) environ 4 fois supérieure, due pour moitié à une tension par élément pratiquement double. Plus fiables et plus endurantes que les batteries classiques, elles n’en ont pas moins certaines limites :
  • Un vieillissement dans le temps, indépendant de l’utilisation, porte à la fois sur la capacité qui diminue, et sur la résistance interne qui augmente. Il est négligeable sur quelques années jusqu'à 30°C, mais peut être un problème les pays chauds ou en cas de stockage au soleil. Tablons sur 1% de capacité perdue par an.
  • Un vieillissement du à l’utilisation, qui entraîne une réduction de capacité de l’ordre de 20% pour 1500 cycles portant sur les 2/3 de la capacité.
  • Sur environ 5 ans à 300 cycles par an, la perte de capacité peut ainsi atteindre 20 à 30% sans être trop gênante. Mais elle est très dispersée selon de nombreux paramètres d’utilisation. Sur la durée de vie des propulseurs qui paraissent de très bonne qualité et qui n’ont pas de pièce d’usure, un changement de batterie sera probablement  nécessaire à terme.
  • La garantie de Torqeedo est d’ailleurs limitée à 9 ans, durée néanmoins audacieuse pour une technologie qui n’a que 10 ans, tout comme Torqeedo elle-même. Avant de signer le bon de commande, le client devra relire attentivement les termes de cette garantie, et vérifier que, en cas de problème récurrent,  Torqeedo dispose d’une assurance en responsabilité civile du fait du produit, sauf si la garantie est assurée par Johnson Controls, très grand groupe multinational dont la solvabilité est notoire.
Malgré toutes ces qualités, il faut resituer la quantité d’énergie en stock dans une batterie par rapport à celle d’un réservoir d’essence.

Nature
Energie en stock /Kg
Rendement moteur
Energie finale disponible /Kg
Essence
11 KWh   (1)
20% (3)
2,2 Kwh
Batterie Li-Ion
0,12 KWh (2)
90% (4)
0,11 Kwh
(1)    Soit 45 MJ/Kg / 3,6 = 12 KWh/Kg ramené à 11 KWh/Kg pour intégrer la masse du réservoir =10% du carburant
(2)    D’après catalogue Torqeedo, page 30, 2 batteries 26 v x 104 Ah chacune pesant en tout 48 Kg, soit 26 x 104 x2 / 48 = 120 Wh = 0,12 KWh
(3)    Moteur 4 temps à allumage électronique
(4)    Moteur « brushless »

Malgré le mauvais rendement du moteur thermique qui résulte du principe de Carnot-Clausius, à masse égale, un facteur 20 apparaît ! Et encore ce facteur n’est-il qu’un minimum initial, car, contrairement à la batterie, la masse du réservoir vide est très inférieure à celle du réservoir plein. De ce fait, le facteur moyen est plutôt 36 !  Il explique pourquoi la capacité des batteries, très limitée malgré la technologie lithium-ion, amène à réduire la puissance des moteurs afin de préserver la durée de fonctionnement. Torqeedo tente de minimiser ce problème en alléguant d’un meilleur rendement d’hélice dû au moteur électrique et justifiant la notion d’équivalence, mais nous verrons ci-dessous que ces allégations sont dénuées de tout fondement.

Torqeedo n’échappe pas aux lois de la physique

L’hélice marine a été inventée en 1835. C’est une technologie arrivée à maturité depuis longtemps, et il ne faut plus en attendre d’avancée décisive. En revanche, l’adaptation de l’hélice au bateau reste un point essentiel à traiter pour chaque bateau, qui laisse parfois à désirer. Il est probable que la relativement faible puissance des moteurs électriques (limitée uniquement par la capacité des batteries) a amené Torqeedo à optimiser cette adaptation, notamment grâce à une offre bien segmentée par type de bateau, et pour certains moteurs par un choix d‘hélice, ce qui est une très bonne chose, mais qui n’a pas pour effet d’augmenter la puissance disponible !

Torqeedo utilise en pages 10 et 11 trois définitions distinctes relatives à la  puissance:

La « puissance au moteur » électrique, selon eux définie par « courant x tension ». Cette définition est un abus de langage, car en réalité relative à la puissance consommée. La puissance du moteur est toujours être définie par sa puissance mécanique sur l’arbre, soit « couple x vitesse angulaire ». La différence entre les deux, liée aux pertes cuivre, fer, aérodynamiques, et frottements dans le moteur, est de l’ordre de 10% dans la gamme envisagée. Le passage ambigu de « du » à « au » semble être un alibi au gonflement artificiel de la puissance affichée.

La « puissance à l’arbre d’hélice » = « couple x vitesse angulaire ». C’est exact. Elle est utilisée par tous les fabricants de propulseurs marins, et ne diffère (peu) de la puissance du moteur que par le (bon) rendement d’un éventuel réducteur ou renvoi d’angle.

La   « puissance de propulsion », que Torqeedo définit par : « poussée x vitesse du bateau ». Cette définition de circonstance est recevable, mais elle n’est jamais utilisée pour une raison simple : elle dépend fondamentalement du bateau et des éléments extérieurs. Examinons ce point en détail ci-dessous :

Puissance de propulsion : adaptation de l’hélice au bateau
Graphe ci-dessous : « Force propulsive vs. Vitesse du bateau »
En abscisses, la vitesse du bateau en m/sec. (Pour mémoire, 1m/sec = 2 nœuds moins 7%)
En Ordonnées, les forces exprimées en newtons.
Le produit XY en chaque point du graphe est la puissance propulsive.

  • Les trois courbes analogues (non liées au bateau) donnent les forces propulsives d’un même propulseur équipé d’hélices successivement courte, médiane ou longue. Dans chaque cas, la force propulsive :
    • est maximum à vitesse nulle ou très faible (coque est très lourde et large, avec du vent et/ou des vagues contraires, ou simplement amarrée au quai !)
    • décroît quand la vitesse croît,
    • et devient nulle au synchronisme : l’hélice se « visse » dans l’eau sans la déplacer, comme dans un écrou». (On s’en approche avec une coque est très fine et légère, avec du vent et/ou des vagues portants, ou simplement remorquée à cette vitesse !)
  • La puissance propulsive étant le produit « force x vitesse », elle est nulle à vitesse nulle et au synchronisme. Elle est maximum respectivement en C, M et L.
  • En ces trois points, les courbes sont tangentes à l’hyperbole iso-puissance propulsive en pointillé noir.
  • La résistance de carène est la force qu’il faut vaincre pour faire avancer le bateau (hors accélérations). Elle est nulle à faible vitesse, croît d’abord lentement, puis plus vite à l’approche de sa vitesse de carène, jusqu’à déjauger éventuellement et se réduire. La courbe donnée en exemple est celle d’un bateau en immersion. Elle coupe l’hyperbole iso-puissance entre C et M.
  • Dans cet exemple, l’hélice idéale serait donc proche de C, car elle permettrait d’aboutir à la puissance propulsive maximum.
  • La nature du moteur utilisé ne rentre nullement en ligne de compte : le moteur électrique n’a aucun avantage mystérieux !
  • Une hélice, qui ne se résume pas à son pas,  doit donc avoir des paramètres (pas, diamètre, nombre de pales…) adaptés au bateau et au moteur via la transmission pour que  pour que la vitesse maximum du bateau,  par vent et mer calmes, soit obtenue à la puissance maximum du moteur. Rien ne permet d’affirmer :
    • ni que l’adaptation des hélices de moteurs thermiques soit systématiquement mauvaise,
    • ni que celle des hélices de moteurs électriques soit systématiquement bonne ! 
  • la puissance de propulsion ne peut donc pas caractériser un propulseur indépendamment du bateau sur lequel il est monté, et encore moins autoriser des comparaisons avec d’autres propulseurs. Sans doute ce concept obscur est-il destiné à noyer le poisson dans l’eau !
  • Torqeedo aurait dû publier pour chaque couple « moteur + hélice »,  4 paramètres significatifs :
    • La poussée à vitesse nulle (ce qu’elle a fait)
    • La vitesse de synchronisme au régime maximum
    • La poussée et la vitesse correspondant à la puissance de propulsion maximum que le moteur ne peut développer qu’au régime maximum.
    • Ou, mieux, les courbes ci-dessus (bleue, rouge, verte) depuis la vitesse nulle jusqu’au synchronisme.
Comme plusieurs de ses concurrents, Torqeedo avance une notion d’équivalence. Selon elle, un moteur électrique serait capable des mêmes performances qu’un moteur thermique de puissance supérieure, et serait donc équivalent à cette puissance. Son argumentaire en page 11 est le suivant suivant :

« Les moteurs électriques peuvent fournir la même puissance de propulsion avec une puissance beaucoup plus faible à l’arbre de l’hélice. Ce qui s’explique par les différences de courbes caractéristiques du couple des moteurs électriques et celle à essence. Tandis que la courbe du couple d’un moteur à essence présente un pic proéminent avec un point de fonctionnement limité auquel le moteur donne le couple maximum, la courbe du couple en fonction de la vitesse des moteurs électriques est beaucoup plus plate, d’où un couple élevé disponible à toutes les vitesses de rotation. C’est pourquoi les moteurs électriques peuvent entraîner les hélices avec un rendement nettement supérieur. »

Cette revendication est absurde dans son principe même: L’hélice, montée sur l’arbre d’hélice, « ne sait pas » si cet arbre est lui-même entraîné par un moteur électrique, à essence, diesel, à vapeur, ou même par des pédales. Pour un couple et une vitesse donnés, l’hélice aura donc exactement les mêmes performances quel que soit le moteur en amont, du moment qu’il est capable de fournir ce couple à cette vitesse, c’est-à-dire cette puissance. Examinons le plus en détail l’allégation sur les couples :

Quel couple est nécessaire ? Graphe « Couple vs. Vitesse de rotation »
En abscisses, la vitesse de rotation est exprimée en % de la vitesse de rotation à puissance maximum en A.
En Ordonnées, les couples à l’arbre d’hélice sont exprimés en % du couple à puissance maximum en A.

  • La courbe du couple maximum typique d’un moteur thermique (sans turbo), qui croît avec la vitesse de rotation jusqu’à un maximum situé aux alentours du mi régime, et décroît ensuite jusqu’à la vitesse maximum qui correspond à la puissance maximum (point A du graphique, pour Adapté).
  • La courbe du couple maximum d’un moteur à courant continu en régime permanent, qui est à peu près indépendant de la vitesse de rotation. La puissance maximum correspond donc aussi à sa vitesse maximum, au point A. (Cette courbe n’est plate que si l’intensité est constante. Au-delà d’une certaine vitesse, la « force électromotrice » du moteur atteint la tension de batterie, et alors le couple maximum chute brutalement faute d’intensité.)
  • La courbe (en trait plein) du couple requis par une hélice adaptée permettant d’exploiter toute la puissance du moteur (elle dépend évidemment du bateau).
    • Par définition, il est maximum et égal au couple du moteur (quel qu’il soit) en A. C’est donc en ce point, uniquement, que le couple moteur est déterminant.
    • Il  décroît très vite en dessous de la vitesse de rotation maximum, et se trouve donc très inférieur au couple maximum du moteur (quel qu’il soit) à des vitesses de rotation tant soit peu réduites.
    • La forme des courbes de couple n’a donc aucune importance : la courbe plate du moteur électrique n’apporte strictement rien de plus.
  • Les hyperboles en trait fin noir sont les courbes d’iso-puissance à 100%, 75%, 50% et 25% de la puissance maximum. Dans la pratique, la courbe 100% se réduit au seul point A. L’intersection de ces hyperboles avec la courbe verte donne les points de fonctionnement réels à ces puissances.
  • Les courbes des couples requis par :
    • Une hélice de pas trop court (en trait mixte vert) : au régime maximum du moteur (quel qu’il soit), le couple requis est inférieur à la capacité du moteur, et la puissance absorbée en C n’est que d’environ 70% de la puissance du moteur, par manque de couple.
    • Une hélice de pas trop long (en pointillé vert) : le couple maximum du moteur est atteint en L (intersection avec la courbe bleue ou rouge selon le cas), sans  parvenir au régime maximum. La puissance maximum absorbée n’est que d’environ 90% (électrique) ou 97% (thermique) de la puissance du moteur par manque de vitesse.
    • Dans les deux cas, la vitesse du bateau se trouve réduite, par non utilisation de toute la puissance du moteur.
  • Les rendements (=énergie produite / énergie reçue) n’ont rien à voir avec les courbes de couple.
  • L’argumentation de Torqeedo est dénuée de tout fondement. L’excellent niveau de leurs réalisations techniques laisse perplexe sur la possibilité d’une erreur.
En s’appuyant sur son allégation d’équivalence, Torqeedo publie le comparatif ci-dessous qui n’a aucun sens :



Il doit être clair que les performances d’un système de propulsion ne dépendent que de deux facteurs :
  • La puissance mécanique à l’arbre d’hélice (couple x vitesse angulaire), et peu importe de quelle manière cette puissance a été obtenue.
  • L’adaptation au bateau de l’hélice et de la transmission. Avec une hélice adaptée au bateau et à la puissance, la vitesse maximum ne dépend que de la puissance. Toutefois, à puissance égale, entre deux bateaux ayant la même coque et la même puissance, mais pas le même poids, et donc différents, le plus rapide sera évidemment le plus léger : le poids des batteries est un paramètre défavorable… 

Les mérites des grandes hélices à pas court sont vantés par Torqueedo avec juste raison : elles permettent de faire avancer des bateaux alourdis par les batteries  avec un rendement correct à vitesse modérée malgré une puissance insuffisante, mais ce dernier point est soigneusement passé sous silence !

Rendements

Examinons objectivement la chaîne des rendements dans les trois hypothèses ci-dessous

Hypothèses 
Moteur thermique
Moteur électrique
Electricité thermique
Moteur électrique
Electricité nucléaire
Energie primaire
Pétrole
Charbon
Chaleur de fission
Rendement de distillation / conversion
98%
35% (Carnot)
33% conventionnel
Rendement de transport
95%
90%
Energie en stock à bord
Essence
Electricité
Rendement de stockage
100%
80% (Batterie)
Rendement moteur
20% (Carnot)
90%
Rendement transmission
95%
95%
Energie finale arbre hélice / primaire
18%
22% à 20%
Rendement d’hélice
Non lié au mode de production de l’énergie mécanique
  • Il est clair que sur la chaîne complète, l’avantage du moteur électrique est peu significatif, d’autant que le rendement de 20% ici adopté pour un moteur hors-bord à essence est un chiffre pessimiste faute d’information fiable de leurs fabricants.
  • Dans l’automobile, les moteurs à essence dépassent 35% au point optimum, et les diesels 40%. Avec ces chiffres la comparaison passe en faveur des moteurs thermiques.  
  • A l’inverse, si l’électricité est produite par une centrale à gaz à cycle combiné (malheureusement rares et sous-utilisées) dont le rendement atteint 58%, la comparaison revient en faveur du moteur électrique.
  • Si elle est produite par une centrale nucléaire, le rendement de Carnot n’a aucune importance, et il n’y a pas d’émission de CO2. Mais ceci est une spécificité française.
On le voit bien : le véritable enjeu du rendement et de l’émission de CO2 n’est pas dans le moteur électrique ou non, mais dans la manière de produire l’électricité ! L’utilisateur souhaitant limiter ses émissions de CO2 utilisera donc un hors-bord allemand Torqeedo en France métropolitaine. Mais s‘il est aussi antinucléaire, il devra rester au Café du Port !

A propos des rendements, Torqeedo publie les éléments suivants :


Ces données très fantaisistes et biaisées appellent les commentaires suivants :
  • Le « Rendement global » n’est pas défini : on peut ainsi raconter ce qu’on veut !
  • En quoi le Torqeedo ne serait-il pas un hors-bord électrique classique ?
  • Qu’est-ce que c’est qu’un « moteur électrique de traîne » ?
  • Le rendement des hors-bords à essence est placé dans une fourchette trop large (un facteur 3 entre 5% et 15%) et très basse. Elle n’est envisageable que pour des vieux moteurs hors-bords 2 temps sans injection directe, utilisés dans de mauvaises conditions, et en incluant son rendement de Carnot-Clausius, ce qui fausse la comparaison (voir notre tableau ci-dessus).
Torqeedo n’échappe pas aux lois de l’économie

L’argumentation développée en page 44, copiée ci-dessous, est surprenante :


Analysons les chiffres de la première colonne (les autres sont proportionnels) pour 150 cycles par an, basés sur un amortissement de la batterie en 9 ans, durée de la garantie contractuelle annoncée :
  • L’énergie utilisée dans 150 cycles de décharge à 80% est de : 150 x 12,8 KWh x 80% = 1 536 KWh consommés, soit encore après rendements de 90% (moteur) et 95% (réducteur), de 1 300 KWh à l’arbre d’hélice. 
  • 2 413 € de carburant correspondent à 1 600 litres d’essence à 10 KWh/litre, soit 16 000 Kwh avant rendement, soit encore 3 000 KWh à l’arbre d’hélice après rendement de Carnot (20%) et de renvoi d’angle (95%).
Manifestement, l’équilibre économique suggéré ne correspond pas à l’égalité des prestations ! A coût de consommation égal, le moteur thermique aura fourni 2,3 fois plus d’énergie. Ceci reste vrai au prix français de l’électricité, car, dans les chiffres Torqeedo, l’amortissement de la batterie est, à juste titre, très prépondérant sur le prix du carburant. Par surcroît, le bateau dans sa version électrique sera plus lourd d’environ 300 Kg, donc consommera plus d’énergie, notamment s’il déjauge difficilement ou plus du tout. S’il est peu utilisé, l’amortissement annuel étant constant, le prix (amortissement inclus) devient prohibitif.

La propulsion électrique, bien qu’échappant aux lourdes taxes sur les carburants (TICPE et TVA afférente), est finalement beaucoup plus chère, à cause du prix et du poids des batteries, même lithium-ion. Voir message à ce sujet.

Sont-ils vraiment écologiques ?

Indéniablement, les propulseurs électriques ont des avantages importants :
  • Silence de fonctionnement, particulièrement appréciable en eaux plates : lacs, canaux, rivières…
  • Aucune pollution atmosphérique locale
En revanche, et compte tenu de l’absence d’« équivalence » :
  • Leur bilan carbone peut n’être pas aussi bon qu’annoncé, suivant que la recharge est faite en France continentale ou ailleurs, car il faut comparer les émissions de CO2 totales pour une même énergie mécanique produite.
  • Il faut intégrer aussi les émissions liées à l’achat et au remplacement de la batterie. Loin d’être négligeables, elles peuvent être prépondérantes.
  • Ces sujets ont déjà été traités par notre message  relatif aux voiliers à moteur électrique remplaçant des diesels. S’agissant ici de remplacer des moteurs hors-bords à essence dont le rendement est moins bon, une correction s’impose, mais elle ne change pas les ordres de grandeur.
  • Ajoutons que l’argument parlant de la légèreté des propulseurs est lui-même un peu léger : il oublie simplement le poids des batteries, largement prépondérant !

 Conclusion

Les moteurs électriques sur batteries sont appropriés pour la propulsion des bateaux de faible puissance dans certaines applications particulières, parmi lesquelles :
  • Utilisation sur lacs et canaux : faible distance à parcourir, restrictions d’utilisation des moteurs thermiques, pêche
  • Très petites embarcations, non susceptibles de recevoir un hors-bord thermique : canoës, kayaks (analogie avec les vélos électriques qui ne sont pas des cyclomoteurs)
  • Annexes de port
  • Engins de plage
  • Moteurs de voiliers, notamment de régate, réservés aux manœuvres de port

Les produits proposés semblent sérieux et de bonne qualité, bien que nous n’en n’ayons pas l’expérience, mais ils ne peuvent pas remplacer les moteurs thermiques dans leurs applications usuelles.

L’argumentation développée par Torqeedo est erronée à plusieurs égards. Notre message a pour objet de rétablir la réalité technique et d’informer le client des limites inhérentes à cette technologie : autonomie très réduite et poids fortement augmenté par les batteries. On peut légitimement se demander si Torqeedo prend ses désirs pour des réalités, ou enjolive sciemment la vérité : faute de preuves, nous ne conclurons pas.