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mercredi 15 octobre 2014

Air-Energie : Conclusion



Sans aucun doute, il est possible d’absorber de l’énergie électrique excédentaire en heures creuses pour comprimer de l’air qui est ensuite stocké, puis réutilisé pour restituer cette énergie électrique pendant les pointes de consommation. Par surcroît, l’air est gratuit, disponible en quantité illimitée, et son rejet dans l’atmosphère n’est en rien polluant. Un vecteur d’énergie idéal ?

L’analyse des principes  met en évidence un problème fondamental : pour les puissances élevées requises  par le stockage de l’énergie, les compressions et détentes, assurant respectivement l’absorption et la restitution, sont naturellement adiabatiques. Or nous avons vu que seules les transformations isothermes peuvent apporter un bon rendement, théoriquement 100%.

Il est donc nécessaire, pour se rapprocher de l’isotherme, de comprimer l’air en plusieurs étages séparés par des refroidisseurs, et de même, de le détendre en plusieurs étages séparés par des réchauffeurs. Ceci réduit, mais ne supprime pas totalement, les pertes dues aux transformations adiabatiques. Les échanges thermiques très importants doivent être faits avec des différentiels de température aussi réduits que possible par rapport à l’air ambiant, ce qui requiert des architectures complexes et coûteuses, lesquelles introduisent à leur tour une consommation d’énergie et des pertes de charge dans le circuit de transformation. Pour ces raisons le rendement de cycle (absorption + restitution) risque fort de se situer entre 30 et 40%.

Le stockage peut être envisagé de deux manières :

  • Dans des réservoirs construits à cet effet. Devant résister à des pressions très élevées, (sous peine d’être trop volumineux, ils sont très lourds, ce qui limite leur énergie massique à des valeurs autour de 160 Kj/Kg, sans que l’augmentation de la pression ou le choix de matériaux performants n’amènent d’amélioration décisive. Leur densité énergétique reste :
    • 5 fois inférieure à celles des batteries, qui absorbent et restituent directement l’énergie électrique, et dont le rendement est de l’ordre de 80%, avec l’inconvénient d’une durée de vie limitée
    • 20 à 25 fois à celle de l’hydrogène, dont le rendement est du même ordre que l'air-énergie
    • 10 fois supérieure à celle d’une STEP  de 1600 m de dénivellation, mais dont le stockage dans un lac de montagne est très bon marché, avec un rendement de 80% et une durée de vie pratiquement illimitée
  • Dans des dans des cavités géologiques existantes (anciens gisements de gaz, mines désaffectées, cavités naturelles étanches…) qui évitent la construction de réservoirs là où ils se trouvent, mais ne permettront qu’une pression très réduite par rapport aux précédents ; leur l’étanchéité restera à vérifier. La restitution pourrait comporter une part de gaz indésirables. Le risque géologique (analogue aux affaissements miniers) doit être analysé. La part d’inconnue reste importante. Cette solution, si elle se confirme, réduit le coût de stockage, mais pas celui du traitement, impose le lieu, et n’améliore pas le rendement.


Conclusion :

En matière de stockage d’énergie, l’air-énergie souffre de nombreux inconvénients :
  • Médiocre rendement
  • Stockage pondéreux, coûteux, et non exempt de risque technique ou environnemental
  • Interfaces complexes pour l’absorption et la restitution

En l’absence d’avantage décisif par ailleurs, il est peu probable qu’il puisse être utilisé pour du stockage énergétique proprement dit.

Au plan économique :
  • Le coût de traitement du cycle « air comprimé » dans une installation dont la complexité est au moins comparable à une éolienne,  dont le taux d’utilisation sera très bas, sans doute environ 10 % (éolienne terrestre 18%), sera grevé par des amortissements très lourds, et pourrait ainsi dépasser les 200 €/MWh.
  • Le rendement, avec une évaluation optimiste de 40%, conduit à multiplier par 2,5 le prix de l’énergie utilisée :
    • Si l’on part de l’énergie électronucléaire évaluée à 40 €/MWh, on arrive à un coût variable de 100 €/MWh, et à un coût complet de 300 €/MWh.
    • Si l’on part de l’énergie éolienne intermittente, qui est bien la principale motivation au stockage, à 100 €/Mwh, on aboutit à un coût variable de 250 €/MWh, et donc à un coût complet de 450 €/Mwh.

L’occurrence de prix atteignant ou dépassant ces niveaux sur la marché libre est rarissime, et n’atteint certainement pas 1%.

La filière air-énergie n’est donc pas viable pour le stockage de l’énergie.

Cette conclusion sans appel ne préjuge en rien de son intérêt dans d’autres applications de moindre puissance :
  • Nous avons souligné celui du véhicule PSA "Hybrid Air" en cours d’industrialisation
  • De nombreuses autres applications existent, notamment l’outillage pneumatique, et l’actionnement de vérins pour tous types d’asservissements…
  • Le véhicule à air comprimé (projet Tata Motors) fera prochainement l’objet d’une analyse dans ce blog. Nous n’anticiperons pas ses conclusions.




Air-Energie: Rendement et technologies




Résumé

Les rendements réels sont bien inférieurs aux rendements théoriques, non seulement en raison des imperfections et des turbulences crées par les aubage des compresseurs et turbines, qui viennent aggraver l’échauffement à la compression, mais aussi à cause de la présence des échangeurs qui vont créer des pertes de charge et consommer de l’énergie sans pour autant ramener les températures à l’ambiante. Un rendement effectif global de 40% sera difficile à atteindre.

Les technologies usuelles dans la production d’air comprimé industriel, d’une puissance de quelques kilowatts, ne sont pas transposables aux puissances en jeu dans un réseau, qui se chiffrent en dizaines de mégawatts. Il serait nécessaire de développer des compresseurs et turbines présentant des analogies avec les turbines à gaz de production électrique, mais néanmoins assez différentes car munies d’échangeurs de chaleur, en raison de la nécessité de maintenir l’air utilisé à une température s’écartant le moins possible de l’ambiante, pour rester quasi-isotherme. Ces machines restent entièrement à développer.

Rendement réels

Ne perdons pas de vue que les rendements théoriques, objet du précédent message, sont des résultats de calculs faisant abstraction de toutes sortes de pertes. Ils sont basés sur des compressions dites « iso-entropiques », c’est-à-dire parfaites. Ce  sont des maximums inatteignables, et les rendements réels seront largement inférieurs.

Les compressions et détentes, quelle que soient les technologies utilisées, donnent lieu à des turbulences, des frottements, des irréversibilités, qui se traduisent par la transformation d’énergie mécanique ou cinétique en chaleur dissipée pour l’essentiel, mais pas uniquement, dans l’air objet du cycle.

Entre les étages, les échangeurs de retour à la température initiale doivent évacuer une énergie calorifique considérable. Ils ne sont pas parfaits non plus :
  • Le retour à la température ambiante ne sera pas total, mais comportera un écart de plusieurs dizaine de degrés, voire une centaine,
  • Ils engendreront des « pertes de charge », c’est-à-dire une différence de pression entre leur amont et leur aval, avec dissipation d’une énergie égale à : débit-volume x différence de pression,
  • leur fonctionnement, vraisemblablement basé sur l’eau comme fluide caloporteur, nécessitera des pompes à eau et surtout des ventilateurs consommant de la puissance, à ajouter à la puissance absorbée, ou pire, à retrancher de la puissance restituée.


Modélisation

L’essentiel de ces pertes étant dissipées dans l’air traité, elles auront pour effet :
  • En compression, d’accroître la température au-delà de ce que les règles théoriques de la compression adiabatique laissent prévoir,
  • En détente, de réduire la baisse de température en-deçà de ces mêmes prévisions.

Ceci peut être modélisé simplement en ajoutant ou retranchant un correctif à la constante γ = 1,4. Nous avons adopté l’hypothèse vraisemblable, mais qui reste à confirmer, d’un correctif égal à 0,2, soit :
  • En compression :        γ = 1,4 + 0,2 = 1,6
  • En détente :                γ = 1,4 – 0,2 = 1,2

La dissymétrie ainsi introduite entre compression et détente permet d’envisager des rapports volumétriques k plus élevés en détente. Le cycle traité à titre d’exemple dans le diagramme ci-dessous comporte :
  • 3 étages de compression de k = 3, soit K = 33 = 27
  • 2 étages de détente de k = 5,2, soit K = 5,22 = 27

Les points de remise à température ambiante conservent un différentiel résiduel de 50°C, ce qui est une hypothèse optimiste.
 

Selon ces hypothèses, le rendement (calculé par la méthode des éléments finis, le calcul par primitives étant ici top fastidieux) ressort à 45 %. Ce pourcentage reste à corriger comme suit :
  • Il est certain que toutes les imperfections et turbulences du compresseur se transforment en chaleur (forme la plus dégradée de l’énergie), ici prise en compte par la valeur majorée de γ. En revanche, l’effet favorable des pertes qui réchauffent la détente ne sera pas totalement pris en compte dans l’énergie mécanique restituée par la turbine, à laquelle un coefficient de l’ordre de 90% doit donc être affecté.
  • Le rendement de la machine synchrone réversible peut être considéré comme très bon, de l’ordre de 99%² = 98%.
  • Le fonctionnement des échangeurs, et notamment leur ventilation, risque de consommer de l’ordre de 2% de l’énergie mécanique absorbée, puis 4% de l’énergie restituée, ce qui amène un coefficient supplémentaire de l’ordre de 98% x 96% = 94%.

Au global, on arrive à 45% x 90% x 98% x 94% = 37%

Ce rendement ne peut être atteint qu’au prix d’une architecture compliquée : 
Pour un stockage à 272 = 730 atmosphères, il faudra:
  • 2 x 3 = 6 étages de compression, 
  • 6 – 1 = 5 refroidisseurs très performants, 
  • 2 x 2 = 4 étages de détente, 
  • et 4 – 1 = 3 réchauffeurs non moins performants.

Et encore, cette évaluation faite à puissance maximum ne tient pas compte de ce que le compresseur et le turbine travaillent à pression variable, croissante pour le compresseur jusqu’au maximum (réservoir plein), décroissante pour la turbine à partir du même maximum. Une turbomachine a un point, ou une plage, de fonctionnement optimum. En sortir diminue inévitablement le rendement. Une solution est de réduire l’amplitude de la variation de pression, mais ceci est au détriment de la capacité du réservoir, dont nous verrons que c’est aussi un point critique.

On peut en conclure que le coût marginal de l’énergie restituée sera 2,7 fois plus cher que celui de l’énergie absorbée. Son coût complet devra y ajouter d’abord les frais de traitement, et notamment les amortissements des installations de compression et détente complexes décrites ci-dessous, puis le coût du stockage qui est traité plus loin.

l
Quelle technologie de compresseur et de turbine ?

L’air comprimé industriel utilise couramment 4 technologies :

  • Le compresseur à pistons illustré ci-dessous  par un schéma très classique établi par le fabricant Compair, et une photo issue de Michelin :




  

L’essentiel s’y trouve : des clapets antiretours actionnés par la pression, deux étages en série, soit environ k = 3 pour une pression de stockage de 1 bar x 3² = 9 bars, entrée à droite dans le gros cylindre et sortie à gauche depuis le petit cylindre. Pas d’échangeur thermique, ce rôle étant plus ou moins joué par les ailettes des cylindres dans un flux d’air crée par une grande hélice montée sur l’arbre du compresseur.  Voyons ce que dit l’ADEME de ce type d’installation très courante, fonctionnant en dessous de 10 bars :

Rendement de la production (moteur, transmission, compression) : environ 0,55
Rendement du transport réseau (pertes de charges ponctuelles et réseau, fuites) : environ 0,6
Rendement de l’utilisation finale (moteur, fuites…) : environ 0
,3
 Rendement global : 0,55 x 0,6 x 0,3 = 0,1   
soit environ 10 %
Par comparaison, notre courbe (à la fin du message « compresseurs à étages »)  donne pour un cycle à 10 bars un rendement théorique de 58% en 2 étages, ou 33% en 1 étage, et apparaît donc très optimiste ! Il en va de même pour la seule production où l’évaluation est de 55% à rapprocher de notre courbe qui donne 76%. Il est vrai qu’il s’agit ici de petites puissances, que le refroidissement est sommaire, et que le rendement n’est pas le paramètre primordial des applications et outils pneumatiques.

  • Les compresseurs à palettes, à vis, à lobes, illustrés ci-dessous (sources Wikipedia, inconnue, et Elmo Riestchle). Les deux sont réversibles.

 



 

Plus récemment, une nouvelle famille estapparue : les compresseurs à spirales, utilisées principalement en réfrigération. Contrairement à une idée répandue, ces rouleaux en forme de spirales ne sont pas en rotation : seules les biellettes d’excentrement (1ère ligne du schéma ci-dessous) le sont.  

  • Les deux rouleaux sont des surface cylindriques (ce qui ne veut pas dire « de révolution ») minces dont la section perpendiculaire à l’axe est une spirale arithmétique définie en coordonnées polaires par : r = k θ /2π
  • Leurs centres sont parallèles, à la distance k
  • L’un des rouleaux est fixe
  • L’autre a un mouvement de translation circulaire, de rayon k/2
  • Le gaz, ici l’air, est aspiré à la périphérie
  • Le volume entre deux droites de contacts est réduit progressivement du fait de la translation
  • L’air comprimé sort axialement, au centre.




Technologies envisageables

Pour qu’un stockage réparti d’énergie électrique de réseau ait un sens, il devrait être capable de restituer  au moins 100 Mwh en 2 ou  3 heures, soit une puissance de  33 à 50 Mw. Encore faudrait-il avoir 200 tels stockages pour apporter au niveau national un complément de 10 Gw, qui ne constitue qu’une partie de la pointe.
Ill est très peu probable que les technologies usuelles ci-dessus, habituellement limitées à quelques kilowatts puissent être extrapolées à plusieurs dizaine de Mw.
Il serait manifestement  nécessaire de recourir à des compresseurs rotatifs axiaux ou centrifuges présentant des analogies avec ceux utilisés dans la partie amont des turbines à gaz de production électrique.
Ci-dessous, turbine à gaz Siemens de 340 Mw.



Le fonctionnement d’un compresseur axial ou centrifuge, ou d’une turbine, requiert des vitesses linéaires des aubages très élevées, proches de la célérité du son à la température considérée. Dans l’aéronautique, ceci est obtenu par une vitesse de rotation très élevée, au bénéfice de l’encombrement et du poids qui y sont critiques. Au contraire,  dans les installations fixes, la vitesse de rotation est pratiquement imposée à 3 000 t/min, qui est la vitesse d’un alternateur bipolaire à 50 Hz (la plus élevée possible en couplage direct au réseau), monté sur la même ligne d’arbre que le compresseur et la turbine. Les vitesses périphériques élevées sont obtenues grâce à un grand diamètre comme l’illustre la photo ci-dessus.

Néanmoins, ils s’en distingueraient considérablement par :
  • la présence, entre les étages de compression (dont chacun regrouperaient probablement plusieurs « étages » d’aubages), de refroidisseurs (ou réchauffeurs) d’air, utilisant probablement l’eau comme fluide caloporteur refroidi (ou échauffé) à l’extérieur, en convection forcée (auxiliaires consommateurs d’énergie). On peut imaginer que les aubages fixes soient creux et parcourus par de l’eau à la température ambiante.
  • des pressions finales beaucoup plus élevées,
  • le fait que la partie turbine, dont le fonctionnement est longuement différé, serait certainement complètement distincte de la partie compresseur, car ne fonctionnant pas en même temps, mais néanmoins couplée à (et découplable de) la même machine synchrone réversible.

La partie turbine alimentée par de l’air à pression élevée et température ambiante est encore plus originale, car il n’en existe, à notre connaissance, aucune application dans cette gamme de puissance. On est très loin des turbines de fraise de dentiste ou d’outillage pneumatique !

L’ensemble pourrait être conforme au schéma ci-dessous :




Son principe de fonctionnement est simple :
  • En absorption, le réseau alimente la machine synchrone qui fonctionne en moteur, alors couplé au compresseur qui remplit le réservoir d’air comprimé à haute pression. L’échangeur du compresseur est alimenté en eau à température ambiante froide qui ressort tiède et se refroidit dans l’échangeur extérieur en ventilation forcée.
  • En restitution, l’air comprimé entraîne la turbine, alors couplée à la machine synchrone fonctionnant en alternateur. L’échangeur de la turbine est alimenté en eau à température ambiante qui ressort très froide,  et se réchauffe dans l’échangeur extérieur en ventilation forcée.



Air-Energie: Compresseurs et turbines à étages




Résumé

L’utilisation de plusieurs étages de compression consécutifs, ou de plusieurs étages de détente consécutifs, permet de limiter le rapport volumétrique de chaque étage et donc d’améliorer son rendement.

Mais ceci suppose que les étages soient séparés par des refroidisseurs (après compression) ou réchauffeurs (après détente) ramenant l’air à la température ambiante. Cette architecture permet une amélioration substantielle des rendements théoriques, qui passent du désastreux au médiocre, autour de 50%, mais au prix de transferts thermiques élevés : pour la compression typiquement 2 fois l’énergie restituée, et 1 fois pour la détente. Ces transferts doivent être réalisés avec de faibles écarts de température, ce qui requiert des échangeurs très volumineux. 


Pourquoi les étages améliorent-ils le rendement ?

Nous avons vu dans le message précédent, intitulé «Adiabatique ou isotherme »  qu’un cycle adiabatique direct du type : « compression directe à stockage à détente directe » débouchait sur un rendement théorique désastreux tel que 26% à 27 bars, ou 15% à 215 bars. Nous examinons ci-dessous jusqu’à quel point des compresseurs et turbines à étages séparés par des refroidisseurs ou réchauffeurs ramenant l’air à la température ambiante, peuvent améliorer le rendement, et quels sont les transferts thermiques qu’ils nécessitent.

Ci-dessous, 3 diagrammes Pression vs. Volume sont relatifs à une compression, et à la détente consécutive, dans un rapport global de volume K = 27, réalisées :
  • soit directement,
  • soit en 2 étages,
  • soit en 3 étages.

Un « étage » est constitué d’un compresseur (ou turbine), qui comprime (ou détend) l’air avec pour effet indésirable de le chauffer (ou refroidir). Il est suivi d’un échangeur thermique qui refroidit (ou réchauffe) l’air jusqu’à la température initiale (ambiante).

Dans tout ce qui suit les pressions et volumes sont en progression géométrique d’un étage à l’autre, en sorte que le rapport volumique par étage k est lié au rapport volumique global K par la relation simple : K = kn, où n est le nombre d’étages. Ici, 27 = 5,2² = 33 d’où les 3 graphes suivants :

Les bases théoriques ont déjà été publiées dans le message air comprimé principes. Rappelons-les :


Ce tableau s’applique à chacun des cycles élémentaires composant un cycle à étages. Il faut y ajouter la détermination des surfaces (=énergie) gagnées résultant de l’étagement, par le formule :
  Energie/(P0 V0) = n - 1 - n K(-1/n) + K-1
Où K est le rapport volumétrique global, et n le nombre d’étages.


   





Dans ces graphes, la convention des couleurs est inchangée et complétée :
  • -          Jaune au-dessus de l’adiabatique : pertes d’absorption
  • -          Jaune en-dessous de l’adiabatique : pertes de restitution
  • -          Jaune (ensemble) : pertes totales du cycle 
  • -          Vert : énergie restituée du fait des cycles élémentaires
  • -          Bleu : énergie restituée du fait de l’étagement
  • -          Vert + bleu : énergie totale restituée
  • -          Toutes couleurs confondes : énergie absorbée.

Le simple examen visuel des graphes montre de façon évidente que le passage de 1 à 2, puis à 3 étages :
  •  réduit fortement les pertes, tant d’absorption que de restitution
  •  réduit la puissance absorbée (réduction = zone non colorée sous  l’adiabatique en pointillé rouge
  •  augmente la puissance restituée (vert + bleu)


Ce bon résultat vient de ce que les graphes à 2, puis 3 étages se rapprochent de l’adiabatique, et réduisent ainsi substantiellement les pertes. Mais il est nécessaire de quantifier pour conclure.

Rendements mécaniques : résultats détaillés

Nous avons passé un peu de temps à modéliser un compresseur (ou turbine) à étages. Les formules figurent plus bas en annexe. Regardons les résultats dans les réseaux ci-dessous (une courbe par nombre d’étages), en considérant d’abord séparément l’absorption et la restitution :




 Par rapport au cycle direct (1 étage, courbe la plus basse ci-dessus), l’amélioration est très nette dès 2 étages, et sans différence notable entre l’absorption et la restitution.  Le pointillé horizontal à l’ordonnée 100% est l’isotherme, qui est la limite des autres courbes quand le nombre d’étages croît indéfiniment.
Le rendement théorique du cycle complet figure ci-dessous. Il est établi dans l’hypothèse où le nombre d’étages est la même pour la compression et pour la détente, ce qui ne va pas de soi, comme nous le verrons plus bas.


On y confirme que dès k = 10, le rendement théorique d’un cycle direct est très mauvais (moins de 33%), ce qui impose des étages avec refroidissements (ou réchauffements) intermédiaires. Leur nombre dépend de la pression de stockage : 
  • Pour un réservoir construit à cet effet, des pressions jusqu’à 700 atmosphères (k = 700), ou plus, sont envisageables, mais ils nécessitent 4 étages (k=5,2) pour un rendement théorique médiocre de 57% (courbe jaune)
  • Pour un réservoir naturel dont les pressions seront plus limitées, mais les volumes beaucoup plus grands, et, sous réserve d’investigations complémentaires, une pression de 40 bars (soit 400 mètres d’eau) serait sans doute un maximum, atteignable avec 3 étages (k = 3,4) et un rendement théorique de 62%.


Un cycle quasi-isotherme

L’évolution ultime serait un compresseur, ou une turbine, dans lequel chaque étage d’aubages serait suivi d’un refroidisseur qui limiterait le différentiel de température entre l’air en cours de compression et l’ambiance,  à un maximum de n °C par rapport à l’ambiance. Ce différentiel serait évidemment positif en compression et négatif en détente. Nous avons traité l’exemple ci-dessous, dans lequel K=27 comme précédemment, avec Δt < 50 °C.

On obtient le cycle ci-dessous : la compression est d’abord adiabatique, puis devient vite, dès le point A, quasi-isotherme, la courbe de compression étant alors celle de l’isotherme décalée de 50°C vers le haut, et ce, jusqu’à la pression maximum. Le palier de réduction de volume par refroidissement à pression constante est très court.
Il en va de même pour la détente, adiabatique jusqu’au point B, puis décalée de l’isotherme de 50°C vers le bas, jusqu’à la pression atmosphérique.

 



La faible surface jaune entre ses courbes de compression et de détente laisserait prévoir un rendement théorique acceptable, évalué à  64% par la méthode des éléments finis. Mais il est plus facile d'énoncer des hypothèses que de réaliser cette insatllation presque idéale...

Transferts thermiques

Ci-dessus, les transferts thermiques ont été évoqués à propos des refroidissements après compression, et des échauffements après détente, qu’ils soient subis (au cours du stockage ou par mélange dans l’atmosphère), ou voulus pour se rapprocher de l’isotherme. Ils correspondent à des variations de température à pression constante, qui figurent sur les graphes,  mais ils n’ont pas été quantifiés par les aires, puisque celles-ci ne représentent que l’énergie mécanique.

Une compression ou détente isotherme n’est jamais dépourvue de transfert de chaleur. C’est au contraire le transfert de chaleur qui permet de conserver le caractère isotherme, ou quasi-isotherme.

L’analyse théorique des transferts de chaleur dans l’hypothèse de compresseurs de 1 à n étages, ayant pour limite l’isotherme pour un nombre « infini » d’étages, débouche sur les graphes suivants, qui donnent en valeur absolue :
  •  la chaleur de compression à évacuer pour refroidir,
  •  la chaleur de détente à apporter pour réchauffer

 pour revenir ainsi à l’isotherme. Ces chaleurs sont exprimées par rapport à l’énergie mécanique restituée (et non par rapport à P0 V0).

Chaleur de compression :



Ce graphe inclut le transfert de chaleur résultant du dernier étage, soit que ce refroidissement s’effectue naturellement dans le réservoir de stockage, soit qu’il soit effectué par un échangeur pour ne pas pénaliser la capacité de ce réservoir.
La chaleur à évacuer dépend relativement peu du nombre d’étages, et représente de 1,2 (avec K = 100 = 2,55) à 1,4 (2 étages avec K = 20 = 4,5²) fois l’énergie restituée.
Un nombre élevé d’étages rapproche ce ratio de l’isotherme, ce qui traduit le meilleur rendement d’absorption.
Ce graphe illustre bien le comportement de l’absorption, mais ne traduit en rien le rendement du cycle. Si on rapporte la chaleur de compression à l’énergie restituée, le graphe est tout autre :


Il montre bien l’impact catastrophique d’un nombre d’étages insuffisant sur la chaleur de compression. Ceci s’ajoute à l’impact tout aussi catastrophique sur le rendement de compression, déjà vu plus haut.

Chaleur de détente :




Dans ce graphe, contrairement aux deux précédents, le transfert de chaleur résultant du dernier étage est exclu, car ce réchauffement se produit pratiquement par mélange dans l’atmosphère, et est donc gratuit et sans importance.

Sans surprise, la chaleur est à zéro pour un sel étages, puisque le dernier refroidissement n’est pas décompté. C’est aussi ce qui explique l’écartement plus grand des courbes en comparaison avec le graphe analogue pour la compression.

Un nombre d’étages élevé n’a pas d’intérêt à cet effet (mais en conserve pour le rendement mécanique). Les courbes sont d’autant plus proches de l’isotherme que le nombre d’étages est élevé. Le flux thermique augmente  avec le nombre d’étages, mais rappelons que c’est au profit du rendement mécanique. La chaleur à apporter représente 0,8 à 1,2 fois l’énergie restituée.

Compensation :
Rappelons que les flux thermiques nécessaires, évacués à la compression, et apportés à la détente, ne se compensent pas, parce qu’ils ne sont pas simultanés, et parce qu’ils doivent être réalisés à des températures proche de l’ambiante, sauf à être moins efficaces !

Conclusion – exemple :
Une installation de stockage absorbant 10 Mw (mécaniques ou électriques) pendant 2 heures, devra aussi évacuer simultanément autour de 13 Mw de chaleur. La même installation (mais pas la même machine) restituant ensuite 10 Mw (ce qui est très peu à l’échelle des besoins nationaux en pointe) pendant 1 heure devra aussi absorber simultanément autour de 10 Mw de chaleur. Ces transferts devraient idéalement être effectués avec un différentiel de température très faible. Ce cauchemar d’ingénieur risque de coûter très cher, tout en restant très loin de la théorie exposée ci-dessus.